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Quand les acteurs mauriciens parlent...
Le théâtre s?active. Les mauriciens se secouent, sortent de leur léthargie et de leur somnolence pour découvrir des pièces rodriguaises ou encore indiennes. Depuis vendredi, le Festival de Théâtre de Port-Louis leur offre tout ce que le pays produit de meilleur en matière de création. Certes, les auteurs et dramaturges ne sont pas légion. Mais leur génie est inestimable. Délicatement, pudiquement, quelques uns de ces prodiges jettent la lumière sur l?indicible, le processus de leur écriture. Ils content l?historique des pièces qu?ils présentent et livrent leurs préoccupations. Un artiste est le témoin de la vie et le théâtre en est une représentation, le miroir de ces choses qui affectent l?homme et qui l?influencent dans sa vie quotidienne. Gaston Valayden s?attaque à cette idée dans Mediapoli. Une idée qui d?ailleurs l?accompagne depuis longtemps : l?influence des médias sur l?homme. Ces proches à qui vous rendez visite et qui ont l??il rivé sur la télé. L?avidité du peuple à lire n?importe quoi. L?actualité ? Une internaute de 12 ans fugue avec un marine. David Kelly parle à la BBC et se suicide. Les déclarations du ministre de l?information irakien. Mon téléphone portable. Le vrai et le faux du cas MCB-NPF.
?Je n?écris pas, je crie?
?La voix tou la voix, la voix ène sel la voix et la voix ène sel qualité la voix.? Les titres de presse de l?intrigue de Mediapoli sont éloquents. Et encore plus lorsqu?ils sont distribués par Madame Zean-Louis ! L?écriture se fait d?un trait. Gaston Valayden devine la pièce à mesure que le travail se fait. Dans sa tête, la mise en scène est déjà orchestrée. Il la fait par distanciation, en avance, pendant l?écriture? Les rouages de la scène, Gaston Valayden les connaît. Son expérience de comédien en est certainement pour quelque chose. Pour lui, ce sont d?abord les comédiens qui enrichissent ses pièces. Ils se les approprient et en donne leur interprétation. Ainsi, si la sensibilité de la pièce touche ses acteurs, s?ils y croient, alors le public sera également conquis.
?Je ne suis pas un écrivain. Je n?écris pas, je crie, avec toutes les voix de ceux qui travaillent avec moi?, s?exclame Henri Favory. L?importance de la collaboration avec les acteurs, Henri Favory en est aussi conscient. Il fait de la formation, de la direction. Il joue. Il connaît tous les aspects de l?éclairage, des costumes, du maquillage? Mais il ne peut pas écrire sans entendre les acteurs dire son texte. Son écriture se finalise pendant le travail de mise en scène. Il écrit avant, pendant et après cet exercice. Il note les lapsus, les inversions. Tout ce qu?il rédige porte la contribution des acteurs. Pendant les répétitions, il trouve ses phrases définitives. Il mentionne Flaubert qui faisait passer son texte ?au geuloir?. C?est-à-dire qu?il le finalise en le lisant à haute voix. L?auteur de Madame Bovary trouvait cela intéressant.
Sa pièce, Fantezi, Henri Favory veut bien nous la dévoiler mais ?sans en parler?. Le secret et le suspense planent autour de Fantezi. Il lâche qu?elle est avant tout, en tout et pour tout, une expérimentation. Dans le contenu d?abord. Il essaie d?inventorier tous les scénarios possibles et de jouer avec. Il n?y a pas un fil conducteur, une histoire, un trame narrative.
Un des contenus, c?est le théâtre lui-même. Une sorte de mise en abîme. La fiction et la réalité. Il n?y a pas qu?un thème. Henri Favory prend le risque que le spectateur se perde. La relation homme-femme, le mariage et le divorce, l?éducation, la langue créole, les personnages disent tout et se contredisent. Même les comédiens s?égarent. La forme n?échappe pas à cette expérimentation. La trame n?est pas empreinte de la complexité des relations humaines. Il y a seulement une succession de moments. L?acteur joue autrement. Par exemple, des personnages qui interprètent un défilé de mode et qui, tout à coup, engagent un discours qui n?a rien à voir avec ce qu?ils font. Une espèce de folie, un décalage. Sur scène, les protagonistes dans des costumes de fantaisie chantent, dansent et font des tours de magie. ?Après 30 ans, tu te remets en question. Soudain sérieux, tu essaies autre chose?, explique Henri Favory.
Les visages du comique
Dans un autre registre, Miselaine Soobraydoo a concocté Dérapaz pour les Komiko. Déjà, au vu des répétitions, il semble bien que la pièce sera un succès. Elle s?inspire de la vie de tous les jours, sur les réalités mauriciennes. Elle scrute ce qui arrive aux gens et enregistre ce qu?elle voit autour d?elle, directement, au marché, dans le bus, ou en regardant les voitures passer.
Ces scènes de vie deviennent des outils pour Miselaine Soobraydoo. De là naissent ses comédies burlesques, dramatiques, sentimentales ou ses drames familiaux. Pour elle, ?le créole fait rire les Mauriciens. La façon que c?est joué, les gens rient.? Qu?il s?agissent donc d?un drame ou d?une comédie le rire est quand même garanti. Miselaine Soobraydoo dispose de toute une palette d?astuces pour provoquer l?hilarité. Les sujets sont vastes : imiter le chinois, l?homosexuel maniéré ou faire intervenir le mari battu. La physionomie des gens est une autre source d?inspiration. Les personnes obèses ne manquent d?ailleurs pas dans les films comiques. Le caractère constitue une autre panoplie. Miselaine Soobraydoo déclenche le rire à travers les erreurs humaines. Ces erreurs que chacun commet sans le savoir. Elle rit des travers des gens, ceux qui parlent le français avec un accent, ceux qui sont trop orgueilleux ou qui vivent au dessus de leurs moyens? Et le public rie avec elle. Le déguisement n?est pas en reste. L?auteur avoue sa tendresse pour les clowns qui font rire les enfants.
Pour constituer sa pièce, Miselaine Soobraydoo choisit d?abord son thème principal puis les sous-thèmes. Place ensuite à la mise en scène. Après avoir obtenu une trame, la troupe procède à un découpage et travaille les scènes. Pour les indications sur les caractères, les horoscopes sont d?une aide précieuse. Les comédiens dialoguistes ajoutent leurs ingrédients puis répètent jusqu?à ce que tout cadre avec les dialogues définitifs. Les membres de la troupe doivent être des comédiens tout-terrain qui jonglent de personnage en personnage. Ils doivent être des acteurs accomplis. ?Etre naturel, c?est ça l?élément clé chez un comédien?, remarque Miselaine Soobraydoo.
Le travail de Rowin Naraïdoo et de l?atelier Pierre Poivre avec la pièce Nu Mem mérite de faire l?objet de thèses universitaires? Le silence est d?or.
Jean-Bernard BARBEAU
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