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l?homme aux mille maquettes
Un ?il vif, étincelant, des mains qui bougent dans tous les sens, se saisissent d?un outil, puis d?un autre sur un vieil établi.
Le tout sent à la fois l?eau de pluie et le bois : nous voilà dans l?univers du parfait charpentier. Les cheveux grisonnants, les mouvements habiles et sûrs qui ne lâchent guère prise sur sa muse ? le bois ? on donnerait volontiers à Sada Mootealoo le rôle de Gepetto, créateur de Pinocchio. Sauf que cet homme de 55 ans n?insuffle pas la vie aux pantins, mais marie couleurs et matières pour fabriquer des bateaux, des avions, des jeux et d?autres objets aux multiples facettes.
Cette belle aventure avec le bois a débuté en 1998. « Après mon service militaire et quelque temps dans la police à Londres, j?ai pris ma retraite. Lorsque je suis rentré au pays, mon frère m?a cédé sa maison mais il avait tout emporté. Je me retrouvais donc avec un domicile vide. J?ai alors acheté du bois et j?ai commencé à fabriquer un lit, une chaise, une table etc. », raconte Sada Mootealoo. Son père, Michel, sévère et autoritaire, lui avait appris à travailler le bois et à manier les outils du menuisier pendant son enfance.
<B>Les images du vécu</B>
Un coup de scie ou de marteau par-ci, un passage de rabot par-là, et les meubles sont enfin achevés ! Mais des petits restes de bois, couverts de poussière, tapissent le sol. Il fallait s?en débarrasser. à moins que? Une idée lui traverse alors l?esprit. Pourquoi gaspiller la plus infime parcelle de bois ? « Je me suis mis à aiguiser le bois avec des ciseaux pour lui donner la forme d?un poignard. Cela me plaisait de voir naître quelque chose de mes propres mains », raconte-t-il. Quelques secondes d?une brève satisfaction et voilà qu?une nouvelle idée lui vient en tête. Du coup, le petit couteau se métamorphose en bateau. Mais Sada Mootealoo ne s?arrête pas là. Il va en faire plus, beaucoup plus? Ainsi, il se plonge dans les images de son vécu, dans les livres envoyés par ses enfants qui vivent en Angleterre avec son épouse, dont il s?est séparé dans les années quatre-vingt-dix. Il songe alors aux avions de chasse, ceux qu?il a vus à l?époque de ses dix-huit ans, lorsqu?il s?est engagé dans l?armée britannique.
« Quand j?avais 16 ans, mon père, furieux de mon échec scolaire, m?a expédié à Londres. J?ai été pris en charge par mon frère aîné, mais après mes études, je me suis secrètement engagé dans l?armée. J?étais déjà fasciné par l?uniforme des soldats de la Special Mobile Force que j?avais vus à Maurice quelques années plus tôt. En Angleterre, l?image d?un camarade de classe transformé en soldat, n?a cessé de m?obséder », relate-t-il. En annonçant la nouvelle à Eddy, son frère, il reçoit une raclée. Mais qu?importe, il sait bien qu?il ira jusqu?au bout de son rêve.
Le 20 juin 1966, il quitte le toit familial et va à Winchester, à une centaine de kilomètres de Londres, pour suivre un entraînement dans le régiment des Green Jackets. Puis viennent les voyages : Singapour, Malaisie, Allemagne, États-Unis. Sada Mootealoo se laisse peu à peu imprégner par les cultures, les contraintes et les craintes que l?on éprouve sur le terrain. « Quand ou ène soldat, l?entraînement là vraiment intensif. Nou conné ki balle là fausse ou ki éna mise en scène, mais la frayeur li touzour là. Tout séki nou ti pé vive ti ène l?aventure formidable. » Il ressent profondément la brutalité splendide des paysages et des êtres qui y vivent. À 42 ans, il a fait son temps, mais n?a pas connu de grande bataille. Il suit une formation d?ingénieur et décroche le grade d?Artificer Quarter Master Sergeant. Par la suite, il obtient un poste au ministère de la Défense, ce qui lui permet de devenir spécialiste des armes. C?est alors qu?il finit par troquer l?uniforme d?officier contre celui de policier pendant quatre ans. En 1995, il quitte la Grande-Bretagne et retrouve enfin ses racines.
La vieille photo qui immortalise le général Montgomery venu passer ses troupes en revue, suspendue au mur du salon, renaît de ses cendres. Frappé par ces souvenirs du passé, il fabrique alors un avion de chasse. Ce nouveau passe-temps lui permet de reconstituer l?histoire du monde, la beauté des clichés d?antan et une époque que les plus jeunes n?ont pas connue.
« Un soir, je jouais aux cartes. J?ai tout laissé tomber et je me suis retrouvé dans l?arrière-cour à sculpter du bois pour confectionner des avions qui avaient la forme de carreaux ou de piques. »
<B>Une fontaine de billes</B>Pour fabriquer ses ?uvres, Sada Mootealoo scie des copeaux de cyprès ou de pin. L?essentiel, c?est que les tons se marient bien sur une même planche, dit-il. Pendant des heures et même des jours, Sada Mootealoo s?échine, recouvre ses petits bijoux de vernis ou les peint en mêlant des teintes de holi à la colle.
Mais depuis quelque temps, c?est la mer qui l?attire. Le catamaran qu?il a récemment vu au Caudan l?a inspiré et il a décidé d?en fabriquer un. Confiez-lui un morceau de bois et il en fera une ?uvre d?art. « Je ne commercialise pas mes maquettes, mais je les fabrique pour les offrir ou pour les conserver à la maison. »
Il refuse cependant de se cantonner aux maquettes. Ainsi, il ajuste des plateaux en bois à des morceaux de verre et hop ! une fois la table retournée, on peut disputer une partie d?échecs avec des pions faits maison. Il a même fabriqué une fontaine de billes du plus bel effet. Sur ses murs, on trouve aussi des sculptures et des poissons aux formes anguleuses. Chez Sada Mootealoo, c?est un véritable univers en miniature qui s?offre au visiteur.
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