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entre faits divers et faits d?hiver

26 juillet 2003, 20:00

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«Ce n?est pas une vie ! », lance Jean qui partage sa condition de sans domicile fixe avec quatre hommes, France, les deux Vinod et un quatrième qui ne veut pas donner son nom. « Je ne vous dirai rien car je ne me considère pas comme un SDF. Mo pas là-dans moi et mo péna pou dire ou narien ! » Et pourtant, selon ses compagnons d?infortune, il n?est pas mieux loti qu?eux.

« C?est une vie de chien et parfois, quand j?y pense sérieusement, j?ai même envie d?aller me pendre. Pendant l?hiver, notre existence est encore pire. Pou gouvernema couma dire nous pas existé. Alors comment voulez-vous que l?on prenne soin de personnes qui n?existent pas ? », ajoute Jean, le plus bavard. « De toute façon, cela ne vaut même pas la peine d?en parler aux journalistes, on sait que rien ne changera pour nous », souligne l?un d?eux.

« Il fait froid et nous avons faim. Nous n?avons rien à manger ni à boire », ajoute l?un des deux Vinod. À voir leur mine, c?est plutôt « à boire » qu?ils semblent surtout penser. Cela leur fait oublier leurs nombreux soucis, mais surtout la honte d?être clochard. « Parfois, quand nous nous réveillons dans la rue, nous voyons des gens qui vont travailler. Beaucoup nous jettent un regard de dédain. Nous nous sentons humiliés, coupables », dit Vinod. Ils n?ont pas seulement froid dans leur corps, mais aussi dans leur c?ur. « On nous reproche de boire, mais que voulez-vous qu?on fasse ? D?ailleurs, qu?avons-nous d?autre à faire ? C?est le seul moyen de nous réchauffer un peu pour pouvoir affronter le froid », raconte France.

En été, ils peuvent se permettre de dormir en plein air, comme du côté de Marie Reine de la Paix. Mais en hiver, ils sont obligés de chercher un endroit à l?abri du vent et du froid. Dans des maisons abandonnées par exemple, comme cette femme qui a élu domicile dans des ruines de La Butte. « Pour nous, l?hiver n?est pas seulement inconfortable.

Il y a aussi les risques de maladies comme la grippe et la pneumonie. Sans compter que certains cinglés peuvent nous tuer à tout moment, comme cela a été le cas il n?y a pas longtemps », renchérit Jean.

France, lui, se félicite d?avoir un moral d?acier qu?il aurait acquis, dit-il, en prison. « Si mo cerveau ti faible, longtemps mo ti pou fini gagne bézé. Rezma mo encore tini sinon pas conné couma mo ti pou été zordi. » Effectivement, le bonhomme est très costaud et les longues années passées dans la rue ne semblent pas avoir entamé sa robuste constitution.

C?est le moment de prendre des photos. « Attendez ! nous lance brusquement Jean, pour les photos, il faut payer ! » Devant notre étonnement, il change de ton. « Ce que nous voulons vous dire c?est que nous avons froid et faim et quelques pièces peuvent nous permettre de nous payer quelques paires de dholl puri, vous comprenez ? » Bien sûr ! Mais manque de chance, nous n?avons rien sur nous. « Alors pas d?argent, pas de photos ! » Inutile d?insister. Et soudain, contre toute attente alors que nous nous apprêtons à ranger l?appareil, France nous lance d?un ton bourru : « Écoutez, pour moi ça va ! De toute façon, je m?en fous de manger ou pas. Vous pouvez y aller. Faites votre travail ! » Cette fois, tous se taisent. Ils donnent l?impression d?avoir beaucoup de respect pour le colosse. Puis, en lisant dans leurs regards vides, nous devinons qu?ils pensent déjà à autre chose. À la nourriture qu?il va falloir trouver ou à la froide nuit qui les attend dans quelques heures. Leur calvaire est loin d?être fini.

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