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Photo, son et vidéo au bout du sans fil

25 juillet 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Lors des deux auditions publiques des demandeurs de licence de téléphonie cette semaine, la salle d'audience est restée aux trois quarts vide. Souvent avec conviction, parfois gauchement, les concurrents potentiels de Mauritius Telecom (MT) ont pu défendre leurs projets. Mais tous proposent Internet et les appels vers l?étranger moins chers et à une vitesse plus importante que celle de l'opérateur national.

Le directeur de l'ICTA (organisme régulateur) Ashok Radakissoon, s'est fait jusqu'ici l?avocat du grand public. Soulevant les questions embarrassantes, évoquant les ambiguïtés, il est inlassablement revenu sur ce que le public mauricien tirerait de tout cela. Meilleure qualité et meilleur prix pour son téléphone et Internet, ont répondu la quinzaine de demandeurs de licence. Tout cela reste à voir. Mais les prix et les nouveaux services proposés, surtout avec la technologie sans fil, commencent à faire rêver.

Du coup, on en oublierait presque la Telecom Tower où Meg Pillay, son directeur, et ses techniciens, ont déjà dessiné les contours de la téléphonie de demain pour faire face à la compétition. Or la réponse de MT à ses concurrents fait penser que la fiction pourrait vite devenir réalité?

L?arme que MT fourbit secrètement a été en partie dévoilée presque par hasard par la bouche de Meg Pillay. A un journaliste qui lui reprochait de ne pouvoir disposer d?un réseau ADSL à Flic-en-Flac pour une connexion Internet à grande vitesse, le directeur de MT devait promettre l?ADSL dans cette région dans trois semaines et éventuellement dans toutes les régions à forte densité de population à travers l?île dans les mois à venir.

<B>connexion internet sans fil</B>

Puis, sans crier gare, il annonce le futur : « Au-delà de l?ADSL, MT envisage l?introduction à Maurice de la troisième génération de mobile pour un débit à grande vitesse sur portable. Sur votre ordinateur de votre bungalow à Flic-en-Flac, mais également à partir de la plage ou de n?importe où, vous pourrez vous connecter à travers ce système sans fil à Internet. Vous pourrez travailler, envoyer textes, photos et séquences vidéo à votre bureau tout en regardant la télévision américaine en direct par exemple de la plage. De votre portable vous pourrez parler et voir votre ou vos correspondants. La visiophonie et le Multimedia Messaging System (MMS) arrivent. »

Pendant un moment, certains se demandent si le directeur de MT plaisante. C?est le futur qu?il se propose de faire débouler sur nos plages. Et il est sérieux. A quand la réalisation de ce rêve ? « Au plus tard dans le premier semestre 2004, MT lancera son projet pilote 3G.»

La 3G, dont parle le directeur de MT n?est ni plus ni moins que l?avenir de la téléphonie à en croire les experts internationaux. C?est la technologie sans fil troisième génération, d?où le nom 3G, que seuls les opérateurs très solides mettent en place en ce moment à coup de milliards. Ce sont des services à très haute vitesse d'accès à Internet et de transmission de données, y compris à partir d?un téléphone mobile. Ce qui permet le passage du Small Messaging System (SMS) au Multimedia Messaging System (MMS). La 3G permet une vitesse 20 fois plus supérieure à celle de la meilleure technologie actuellement utilisée par MT pour l?Internet, soit l?ADSL.

Cette nouvelle technologie est aussi la clé d'un vaste éventail de services Internet qui seront offerts sur les ondes à travers le monde. Les experts disent déjà qu?elle sera le lien essentiel entre l'Internet à l'écran et les possibilités croissantes des téléphones cellulaires, des agendas électroniques et des autres appareils sans fil. Ce système est déjà utilisé au Canada, aux Etats Unis, au Japon, dans certains pays européens et à Hong Kong. Ailleurs, l?investissement énorme que représente cette technologie fait que les opérateurs ne sont pas pressés pour le moment.

<B>sans débourser un sou</B>

A partir de 2005, ce sera la grande mouvance vers la 3G, estiment les techniciens de MT. Mais combien MT, qui vient d?investir plus de Rs 1 milliard dans le câble sous-marin à fibre optique (SAFE) déboursera-t-elle pour la 3G ?

« Trop tôt pour le dire. Ce n?est pas le montant de l?investissement qui fait tiquer MT, que ce soit dans le réseau fixe numérique et intelligent, que ce soit pour le mobile GSM ou les satellites, ou le câble SAFE, qui représentent tous des investissements lourds chiffrés à des milliards.» Il semble que l?opérateur historique et national de Maurice ait les bonnes cartes en main. Au moment où il est menacé par la concurrence résultant de la libéralisation, il parvient à entrer dans l'univers 3G sans débourser un sou pour son projet pilote. Un important équipementier des télécommunications lui offre gratuitement les équipements de pointe pour mener à bien son projet.

Maurice a été choisie parce qu?elle est une référence mondiale en termes de télécommunications. Si le projet pilote donne des résultats concluants, MT investira alors pour proposer la 3G à la population.

Quel sera le prix de l?utilisation de cette technologie de pointe par les consommateurs mauriciens ? Difficile à dire, explique MT. Mais la tendance mondiale est au passage à la 3G, comme on migrait dans le passé de la télé noir et blanc à la couleur.

Un sondage mené par le département Telecoms de Taylor Nelson Sofres (TNS) dans 10 pays européens indique que les utilisateurs de mobiles intéressés par la technologie 3G sont prêts à payer un prix plus élevé pour ces services. Ainsi, 42 % de ceux équipés de téléphones portables en Europe sont intéressés par les nouvelles applications de la 3G.

Le sondage montre également que parmi les utilisateurs de mobiles exprimant un intérêt pour les applications de la 3G, la plupart d'entre eux sont intéressés par l'envoi et la réception d'e-mails (77 %), ou par l'utilisation du visiophone (77 %). Ils sont en revanche moins intéressés par le téléchargement des fichiers musicaux ou le visionnage de clips vidéo (47 % et 40 %), même si ces services recueillent des scores assez élevés.

Maurice compte 425 000 utilisateurs de mobiles, partagés entre MT et Emtel, un concurrent qui dispose déjà d?un réseau sans fil. MT compte ainsi porter sur le terrain de la technologie la guerre des télécommunications que génère la libéralisation. Rares sont en effet ses concurrents qui ont la capacité de la suivre sur ce terrain. À part Emtel et le géant indien Mahanagar Telephone Nigam (MTN) on voit difficilement qui, parmi ceux qui demandent en ce moment des permis, aura les moyens d'investir dans la technologie 3G. Une telle entreprise de la part des concurrents serait encore plus hasardeuse si MT se trouve déjà dans ce créneau. L?exiguïté du marché mauricien rendrait alors l?amortissement des investissements très difficile, voire impossible.

En lançant son projet pilote en janvier prochain, Mauritius Telecom prend déjà une avance sur Emtel et MTN. Avance qui pourrait être irréversible. Si malgré tout des concurrents décident de se lancer dans l?aventure, la bataille se jouera sur le prix de l?achat de la licence 3G. En effet, le Dr Krishna Oolun de l?ICTA affirme que la licence 3G n?est pas normalement allouée à tout le monde et que c?est aux enchères que les bandes sont vendues aux opérateurs utilisant la 3G.

<B>50 % moins cher que MT</B>

Ainsi, Vodafone a payé £ 450 millions pour s?octroyer une licence 3G. C?est une bataille de géants que la plupart des demandeurs pour la téléphonie sur le territoire mauricien ne pourront même pas envisager. Ils se contenteront donc de jouer sur les prix avec une technologie conventionnelle.

Ainsi, Olivier Caron, directeur délégué de XTS Télécom, installé à la Réunion et dans les départements français d'Outremer, demande un permis pour offrir des appels internationaux aux Mauriciens. Il estime que ses prix seront 50 % moins chers que MT dans ce secteur malgré les frais d?interconnexion et un permis qui lui coûtera Rs 10 millions la première année et Rs 5 millions l?année suivante. Son groupe compte installer des cabines publiques à Maurice pour ces appels internationaux qui seront disponibles à domicile et dans les bureaux pour sa clientèle.

Ils sont en fait une quinzaine à estimer pouvoir offrir téléphone (pour appels internationaux) et Internet moins cher que MT. Mais ces demandeurs de permis n'inquiètent pas MT. A la Telecom Tower où l?on accueille favorablement la libéralisation et la concurrence, on estime que tous ces petits opérateurs disparaîtront très vite du paysage.

Lors de la libéralisation des télécommunications en France en 2000, des permis avaient été octroyés à une centaine d?opérateurs. Moins de trois ans après, il n?en reste que huit. Un seul nom pourrait actuellement faire peur à MT, celui de Mahangar Telephon Nigam, le numéro un indien du téléphone. «Il est le seul à disposer du know-how, de la technologie, de l?expertise, et des finances nécessaires pour tenir la dragée haute à Mauritius Telecom», confie un technicien de MT qui connaît bien cette compagnie indienne.

<B>Un central de 100 000 lignes</B>

MTN défend son dossier après-demain devant l?ICTA. Mais d?ores et déjà, on sait qu?elle compte commencer ses opérations à Maurice avec un central de 100 000 lignes et utiliser la technologie sans fil Code Division Multiple Acces (CDMA). Or, le CDMA permet également la 3G. La technologie CDMA2000 1XRTT 3G permet d'offrir rapidement et à moindre coût un accès mobile à grande vitesse à Internet ainsi que d'autres services 3G. «Du même coup, l?opérateur double ses capacités de transmission de la voix, permettant d?améliorer la qualité et de prolonger même la durée de la pile des téléphones », déclare Eros Spadotto, le vice-président à la direction et chef du service des technologies de l'information de TELUS Mobilité du Canada, qui s?est lancé dans la 3G.

Devant la tournure des événements, le directeur de l?ICTA, Ashok Radhakissoon, se frotte les mains. Il est satisfait que la libéralisation pousse ainsi les opérateurs à chercher à offrir au grand public le futur dès demain.

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