Publicité
?Gomez et Tavarès? un ?buddy-movie? marseillais
Par
Partager cet article
?Gomez et Tavarès? un ?buddy-movie? marseillais
?Un pour tous, tous pourris.? Voilà à peu près la morale de cette histoire. On peut dire que ce film choisit bien son moment pour débarquer sur nos écrans, avec tout ce qu?on lit dans les journaux ces jours-ci. La corruption, sous toutes ses formes, a toujours fasciné le septième art ? surtout lorsqu?il s?agit de celle de fonctionnaires censés protéger la veuve et l?orphelin ? et le sujet a été abordé sur tous les modes : film noir, film d?action, comédie policière, et bien d?autres.
Gomez et Tavarès est donc l?histoire d?un gabelou corrompu qui rencontre un autre encore plus pourri que lui. Les deux, bien qu?étant réunis tant pour les besoins d?une enquête policière mouvementée que par leur passion commune pour l?argent mal acquis, ne sont pas du tout faits pour s?entendre mais ils auront à unir leurs forces pour faire face à de très gros requins. Il n?est pas vraiment nécessaire d?en dire plus, vu que les scénaristes eux-mêmes ne se sont pas donné beaucoup de mal, se contentant du fait que l?histoire soit cohérente (plus ou moins) et qu?elle présente à chaque détour, un prétexte (bon ou mauvais, peu importe) à des coups de feu, poursuites, explosions ou le tout à la fois. Ce qui est malgré tout un progrès, comparé aux dernières sorties du moment.
Gilles Paquet-Brenner a sorti son premier long métrage, Les jolies choses, il y a deux ans. Une ?success-story? assez grinçante racontant comment une jeune femme devenait une grande vedette de la chanson à force de duperie et de cynisme qu?elle assumait pleinement. La distribution réunissait quelques grands noms du monde du spectacle (Patrick Bruel, Stomy Bugsy, Ophélie Winter ?casting digne d?une soirée sur M6? commentait un critique) et il y avait Marion Cotillard dans le rôle principal. Malgré certains aspects branchés, gratuits et tape à l??il, l?ensemble de la critique y trouvait quand même quelques ?jolies choses?, notamment le fait que le film arrivait à garder le spectateur dans un état de trouble permanent. De son propre aveu, le réalisateur avait cherché à livrer une ?uvre personnelle tout en attirant le plus grand monde possible dans les salles. On pouvait parler d?un film d?auteur destiné au grand public.
Cette deuxième livraison marque donc un net changement de ton. ?Ce film n?est pas tellement un fantasme de réalisateur mais plutôt un fantasme de spectateur. J?avais vraiment envie de voir le film qui me plairait dans ce genre. Quand j?ai entendu la chanson ?Gomez et Tavares?, il y a deux ans, j?y ai vu ce que je cherchais, des personnages avec beaucoup plus d?aspérités que ce que l?on a l?habitude de voir, par exemple dans le cinéma américain, dans les buddy movies et les comédies d?action, un truc un petit peu plus insolent?, déclare Gilles Paquet-Brenner dans un entretien.
Gomez et Tavarès se veut donc avant tout un divertissement. Le ton est très proche de celui de Beverley Hills Cop et la formule américaine a été transposée à Marseille et ses environs. Ce qui nous fait donc le flic de Beverley Hills ?avé l?acceng, peuchère !? et ce qui donne un petit côté assez sympathique. Titof (Max Tavarès, dans le film) est pressenti comme se voulant une version française d?Eddie Murphy : grande gueule, frimeur, indiscipliné mais malhonnête, lui ; de belles demoiselles portant sur elles pour moins d?un kilo de vêtements et de belles voitures pour les poursuites ; le tout sur un fond sonore omniprésent voire envahissant, de rap-disco-techno.
?C?est une satire, attention, et un peu une démonstration par l?absurde?, déclare le réalisateur, plus loin dans le même entretien. ? C?est vrai qu?ils (les personnages) sont tous assez individualistes, obsédés par le pognon, mais c?est ce qui les rend finalement aussi sympathiques et drôles. C?est ce qui m?intéressait dans ces personnages. De mon point de vue, c?était vraiment bien de garder toute la structure du buddy-movie, avec des figures imposées qui sont toutes dans le film. Mais une fois qu?on a un cadre comme ça assez strict, à l?intérieur on peut jouer, et c?est ce que je me suis employé à faire. J?avais envie d?un film très glamour, et à la fois référencé par rapport au cinéma que j?ai aimé, comme le western spaghetti ou les films de la Blaxploitation, qui ont été des courants artistiques très importants et très intéressants. Et puis ça permet aussi de donner au film une couleur plus singulière que les productions américaines qui nous arrivent tous les jours. Gomez et Tavarès n?a rien à voir avec Les jolies choses, mais ça reste un film très personnel, que j?ai initié, écrit, et que vraiment j?assume complètement.?
Vu de cette façon, évidemment. Mais, peut-être qu?on aurait préféré un peu plus d?outrance, puisqu?il s?agit d?une satire. Dans les personnages, d?abord, le film étant centré autour d?eux. Une fois leurs dehors présentés, ils restent étonnamment creux ou plats ? les acteurs étant assez mal à l?aise ?, alors qu?on les aurait voulu avec des traits plus forcés (pour la caricature) comme dans le cinéma italien d?autrefois. Tout comme au lieu de suivre un parcours bêtement linéaire, cette histoire à l?américaine aurait pu avoir été écrite avec des rebondissements les plus improbables, voire même jusqu?à devenir carrément abracadabrante.
<B>Dernière prestation de Jean Yanne</B>
Le produit étant destiné aux 16-20 ans, on voudra bien passer sur certains aspects (musique et dialogues, notamment) qui ne se justifient qu?en étant dans le ton du moment. Tout comme on passera sur l?accumulation de ?références du genre? (couple policier mal assorti, belle jeune femme en détresse mais suffisamment débrouillarde pour tenir jusqu?au générique de fin, le chef qui s?avère être de mèche avec les méchants) qui finissent par n?être une suite de lieux communs, puisque l?entreprise a pour but de nous divertir.
Ceci d?autant plus que le divertissement se veut sans prétention, dans lequel cas on peut lui pardonner bien des maladresses et même quelques effets complètement ratés. A condition que tout cela nous divertisse, bien entendu.
Il est évident, au fur et à mesure qu?on avance dans Gomez et Tavarès, que Gilles Paquet-Brenner lorgne du côté de Quentin Tarentino sans jamais réellement oser l?approcher, mais il est indéniable aussi que malgré tous ses défauts patents, le film parvient malgré tout à divertir.
D?abord, en raison même des défauts et des maladresses accumulés, le film finit par devenir sympathique; tout comme un idiot le deviendrait. Et puis, il y a quand même de bons moments dans ce film, bien que ce soit des instants que l?on doit surtout aux personnages secondaires (dans les familles des deux policiers, principalement) paradoxalement plus intéressants que les personnages principaux.
Mais, au final, si jamais ce film devait se rappeler à notre bon souvenir, ce sera peut-être pour ses quelques à-côtés intéressants : Marseille et ses environs ; l?apparition de Noémie Lenoir (entrevue dans le dernier Astérix, limitée ici par son rôle mais il est sûr qu?on la reverra) dans un rôle plus conséquent. Ce fut aussi la dernière prestation de Jean Yanne; véritable pan de l?histoire du cinéma à lui tout seul, l?acteur sera resté égal à lui-même.
Publicité
Publicité
Les plus récents