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Les réformes microéconomiques vitales pour la compétitivité

22 juillet 2003, 20:00

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Des politiques fiscales et monétaires saines sont importantes, mais à elles seules, sont insuffisantes pour améliorer la productivité des entreprises sur laquelle repose en définitive la compétitivité d?un pays. Michael Porter, de l?université de Harvard en donne les raisons.

Les réformes macroécono miques ne suffisent pas pour améliorer la compétitivité d?un pays. La vraie compétitivité d?un pays, celle qui assure un meilleur niveau de vie à ses habitants, dépend de la qualité du tissu microéconomique. C?est ce que soutient, Michael Porter, de l?université de Harvard dans une étude intitulée Building the Microeconomic Foundations of Prosperity : Findings from the Microeconomic Competitiveness Index.

Les résultats de cette étude permettent de dégager une forte corrélation entre le niveau de développement des pays, le revenu par habitant et le degré de sophistication des entreprises et la qualité de l?environnement des affaires.

Pour Michael Porter, la compétitivité d?un pays n?est en fait que la somme de la productivité des entreprises. La vraie compétitivité se mesure en termes de productivité. La productivité augmente quand un pays accroît les exportations de biens et de services qu?il peut assurer de manière productive, argue l?auteur de l?étude.

La productivité des entreprises détermine le niveau de vie de la population. La productivité permet à un pays de soutenir des salaires élevés, une devise forte, un retour attrayant sur le capital et un niveau de vie élevé.

Ainsi, le vrai défi en termes de développement économique est de créer les conditions pour une croissance rapide et soutenue de la productivité.

L?environnement général compte. Des politiques fiscale et monétaire saines, un encadrement légal crédible, des institutions démocratiques stables contribuent à une économie saine. Mais à elles seules elles ne suffisent pas.

Ce sont les entreprises qui créent la richesse et la quantité de richesse créée dépend de leur niveau de sophistication, des pratiques opérationnelles et de la qualité de l?environnement microéconomique.

L?étude démontre que dans les pays développés qui ont déjà adopté les politiques macroéconomiques appropriées, ce sont les réformes au niveau microéconomiques qui ont permis de renverser le problème du chômage, d?accroître les exportations et de traduire la croissance économique en une amélioration des conditions de vie.

Au classement des pays selon leur indice de compétitivité microéconomique, l?Angleterre par exemple est passé de la septième à la troisième place grâce, justement, à des efforts récents pour entreprendre des réformes microéconomiques.

Les pays en développement trébuchent toujours sur le plan microéconomique. Certains ont engagé des réformes macroéconomiques et financières pour attirer des capitaux étrangers. Ces flux peuvent doper la croissance et créer l?illusion du progrès par d?énormes chantiers de construction.

Pour Michael Porter toutefois, cette illusion ne durera pas sans réformes microéconomiques. La croissance ne sera pas au rendez-vous car les emplois et les exportations ne se matérialiseront pas, les salaires stagneront et les retours sur les investissements seront décevants. L?Argentine est un exemple de ce type de scénario. Les investissements massifs dans les infrastructures publiques masquaient des sévères faiblesses au niveau microéconomique.

A un stade initial de développement, une économie compte sur des avantages comparatifs basiques tels que des salaires bas et l?accès aux matières premières. Mais la poursuite du développement implique l?évolution vers des avantages compétitifs plus sophistiqués. Ce qui constituait une force à un stade antérieur devient une faiblesse.

La sophistication de la stratégie des entreprises nécessite une main-d??uvre mieux formée, une meilleure infrastructure, de meilleurs fournisseurs et davantage de pression compétitive.

Ouverture des marchés

Michael Porter identifie quatre facteurs déterminant dans l?environnement microéconomique qui doivent évoluer pour permettre aux entreprises d?entrer dans une compétition plus sophistiquée. Ils sont : la qualité des intrants, le contexte de la stratégie et de la rivalité entre entreprise, les conditions de la demande sur le marché et l?existence des industries de soutien ou inter-liées.

Le gouvernement joue un rôle crucial pour déterminer l?environnement des affaires. L?Etat peut influencer la qualité de la main-d??uvre à travers la formation. Le cadre régulateur détermine la qualité de la demande domestique. Elle sera sophistiquée et exigeante si les lois pour la protection des consommateurs sont efficaces. Une demande locale exigeante est déjà un apprentissage de la compétition internationale.

Le succès économique dépend de l?habileté d?un pays à évoluer d?un stade de développement à un autre en adaptant son environnement des affaires et ses politiques.

Avancer d?un stade de développement à un autre est un processus complexe. Les réformes doivent être abordées avec intelligence car l?influence d?un aspect de l?environnement microéconomique dépend de l?état des autres. Les liens entre les réformes microéconomique et macro économique sont importants.

Des investissements massifs de l?Etat dans le développement des ressources humaines ne donneront pas de résultats à moins que l?environnement microéconomique ne crée les circonstances pour une demande de main-d??uvre sophistiquée dans les entreprises. La privatisation ne va pas créer de richesses à moins que les entreprises ne puissent améliorer leur efficience et qu?elles ne soient sous la pression de la concurrence.

L?ouverture des marchés doit également tenir compte de l?environnement microéconomique. Si les entreprises locales n?améliorent pas leur productivité elles ne profiteront pas de l?ouverture des marchés mais seront au contraire attaquées par les produits importés sur leurs marchés domestiques.

Cadre régulatoire

En Asie, ce sont les faiblesses microéconomiques qui ont causé beaucoup de tort. Les pays d?Asie ont libéralisé le marché des devises et cela a provoqué un énorme flux de capitaux étrangers.

Néanmoins, en l?absence de réformes dans des secteurs tels que la politique de compétition, l?encadrement du marché financier, et le gouvernement d?entreprise ont encouragé une mauvaise allocation des capitaux étrangers dans des investissements non productifs tels que l?immobilier et des projets d?infrastructure de prestige, écrit Michael Porter.

Les importations ont augmenté mais en l?absence d?une amélioration réelle de la compétitivité, cela a mené à des déficits commerciaux insoutenables et à l?incapacité de repayer les dettes.

Contrairement aux réformes macro-économiques qui sont pénibles pour la population, les réformes microéconomiques apportent, elles, des améliorations concrètes pour les citoyens.

Mettre fin aux cartels et monopoles peut faire baisser le prix du téléphone ou de l?électricité, argue Michael Porter. Des réformes au niveau du cadre régulatoire peuvent réduire les inefficiences et améliorer la qualité des biens et services.

?Si les citoyens voient les entreprises et le monde des affaires en train de se réformer ils accepteront plus facilement de faire des sacrifices et seront moins enclins à se joindre aux groupes antiréformes?, poursuit l?auteur de l?étude.

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