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La solidarité pour défense

20 juillet 2003, 20:00

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Certains optent pour les grilles de sécurité et les volets roulants. D?autres recourent aux moyens humains. Le Neighbourhood Watch, la surveillance des quartiers, en est un. Il est encouragé par les autorités.

Ne plus compter uniquement sur la police pour sa sécurité, mais sur soi-même. C?est sans doute le principe qu?a voulu encourager le gouvernement en introduisant, il y a 14 ans, le Neighbourhood Watch. Ce concept de surveillance, donné par le vice-Premier ministre lui-même comme un des points clés pour faire reculer la violence, reste pourtant peu connu et peu utilisé.

C?est la Crime Prevention Unit (CPU), composée d?une vingtaine d?hommes, qui est chargée d?aider les comités de quartier à mettre en place le Neighbourhood Watch Scheme. Ces policiers donnent mille conseils aux habitants, du type de serrure à utiliser jusqu?aux actions à prendre au cas où quelque chose de suspect est constaté. Un coordonnateur se charge de réunir les habitants. Une fois constitué, le groupe se consolide comme il le souhaite.

Depuis sa création, la CPU a mis sur pied des Neighbourhood Watch dans 18 quartiers. Chaque groupe de surveillance comprend de dix à vingt maisons. Sodnac, Roches-Brunes, Montréal, Mare-Gravier, Jhuboo, Anna, Bismic, Chazal (Flic-en-Flac), Chazal (Albion), Fleuriot, Raffray (Pailles), Raffray (Terre-Rouge), Tara, ainsi que des quartiers de Poste Lafayette, Baie-du-Tombeau, Martindale, Solitude et Pointe d?Esny. Certains, comme Sodnac, ont plusieurs Neighbourhood Watch. D?une région à l?autre, le bilan est mitigé. Ben Payen, de Sodnac, n?est qu?éloges, alors que Jean-Michel Casse, d?Albion, et Rafick J., de Roches-Brunes, sont partagés.

?C?est une formule qui marche. La réussite a été totale à Sodnac. Les statistiques du poste de police de la localité le prouvent.? Ben Payen, qui travaille pour une importante firme de la capitale, n?y va pas par quatre chemins. Son comité de quartier a été créé en 1999, au lendemain du viol et du meurtre d?une femme de 50 ans, chez elle. Avec une douzaine de voisins, ils ont pris l?initiative de mettre un comité debout. ?Nous combattons l?égoïsme, cette tendance des habitants des quartiers chics à se cloisonner chez eux, à se montrer indifférents face à ce qui se passe chez le voisin, à se couper de ces voisins pour vivre une vie rendue privée à outrance. C?est ce style de vie qui constitue la plus grande opportunité pour voleurs et violeurs de tout acabit?.

Vigilance maximum

Chaque membre du comité, devenu Neighbourhood Watch, détient ainsi une liste des numéros de téléphone de tous ses voisins. Les autorités sont sollicitées à chaque fois qu?il y a un lampadaire qui ne s?allume plus ou quand la végétation des terrains en friche devient envahissante. A chaque fois qu?un habitant s?absente pour une nuit ou plusieurs jours, il informe ses voisins qui jettent un ?il sur sa maison. A chaque fois que quelque chose de suspect est noté, les voisins sont avertis. A chaque alarme qui se déclenche, les voisins rappliquent.

Même procédé que décrit Jean-Michel Casse, responsable d?une partie d?un Neighbourhood Watch d?Albion. ?Tous les étrangers qui s?attardent dans le quartier de nuit ou de jour sont interrogés. Même les maçons sur les nouveaux chantiers. Récemment, nous avons interrogé le chauffeur d?une voiture inconnue, en feignant de l?aider. Il nous a dit être à la recherche d?un constructeur et a donné un nom. Mais cette personne n?habitait pas le morcellement. On a relevé le numéro de sa voiture, la marque et l?heure de sa visite et on a informé la police?, indique Jean-Michel Casse. Des ?techniques d?interrogatoire? auxquelles les a initiés la CPU.

Mais la solidarité a des limites. Leur regroupement en comité de quartier aurait dû donner du poids aux multiples requêtes des habitants d?Albion pour que les terrains en friche soient nettoyés. Maintes fois, disent-ils, ils ont écrit aux autorités, mais rien n?est fait pour éliminer ces ?opportunités qui peuvent s?offrir aux délinquants?. Le cas de Nadine Dantier n?était certes pas dans un quartier sous surveillance. Mais il a rappelé aux uns et aux autres les limites du Neighbourwood Watch.

Etroite collaboration

?Le Neighbourhood Watch ne peut marcher que si les autorités collaborent, si les municipalités ou les conseils de district font le nécessaire pour le nettoyage des terrains en friche et pour l?éclairage, si la police répond à votre appel?, reconnaît Ben Payen. Côté Sodnac, rien à déplorer. La police ne prend pas plus de deux minutes pour se pointer sur les lieux après un appel d?un membre de Neighbourhood Watch, affirme-t-il.

Le relâchement est l?autre risque. Rafick J., habitant du quartier, affirme d?emblée avoir la liste des numéros de téléphone, mais invité à la montrer, il la recherche en vain. Dans son quartier, une série de vols ont été enregistrés récemment. Et la plaque même qui signale que la zone est sous surveillance? est tordue.

Qu?importe la maigre réussite du plan, la CPU y croit. Elle pense mener une campagne pour ?ressusciter les Neighbourhood Watch qui se sont endormis?. Avec le réveil des autorités qui comptent nettoyer à partir de la semaine prochaine tous les terrains en friche à Albion, le Neighbourhood Watch se trouve revigoré. Reste à savoir si on pourra l?étendre à toute l?île. Pour Ben Payen, c?est un ?must?. Pour une raison logique : ?Quand vous mettez un quartier sous ce type de surveillance, vous constatez très vite une baisse de la criminalité dans ce quartier. Mais en fait, cette criminalité se déplace vers d?autres régions, celles qui ne sont pas surveillées, qui offrent des opportunités?, prévient-il. A bon entendeur.

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