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Deux ambassadeurs de Roche-Bois
Tous des délinquants ? Tous des drogués ? Toutes des prostituées ? Les Rocheboisiens en ont assez d?être stigmatisés, de se voir coller l?étiquette de groupe d?assistés sans la moindre perspective d?avenir. Au-delà de ces jeunes qui se repassent nonchalamment un ballon de foot, du tintamarre des radiocassettes et des hommes qui se noient dans le rhum, il y a des Rocheboisiens à la vo-lonté assez forte pour prendre leur destin en main, à l?exemple de Didier et Corinna Moutou.
Corinna a choisi une carrière de haut vol, auréolée de prestige et elle se plaît dans son métier d?hôtesse de l?air. Depuis quatre ans, elle a fait bien des voyages, rencontré bien des gens, appris bien des choses.
Petite fille, elle n?aurait jamais osé faire ce rêve. « Quand j?ai vu une annonce dans les journaux pour le recrutement d?hôtesses, j?ai tenté ma chance sans grande conviction. J?ai été la première étonnée d?être embauchée. Le fait d?avoir été très active dans Roche-Bois et au niveau national a dû être un facteur déterminant », explique cette jeune mère de 24 ans.
Le travail social fait partie des m?urs de bons nombres de jeunes de Roche-Bois. Ils se sont regroupés dans des mouvements et accomplissent un travail considérable. Didier Moutou offre l?exemple typique d?un emploi du temps partagé en trois : vie professionnelle, famille et engagement social. Professeur d?éducation physique au collège Bhujoharry, il est également président du Groupe de jeunesse de Roche-Bois, président du Leo Club de Port-Louis et porte-parole de la jeunesse mauricienne dans des congrès?
Fort de l?expérience acquise sur le terrain, ce rassembleur charismatique n?a pas peur des mots. Pour lui, l?intégration sociale des Rocheboisiens doit aussi être ethnique. Il estime que les fantômes du passé hantent encore les esprits. « Les stigmates de l?esclavage errent dans l?inconscient, certains créoles associent le travail au fouet, au rapport dominant-dominé. » De plus, le fait de vivre dans Roche-Bois, la cité qui a longtemps abrité un dépotoir, la quarantaine, et qui s?est taillé une réputation de zone de non-droit n?a pas arrangé les choses.
Sa lutte ainsi que celle de ses amis engagés comme lui consiste à juguler le défaitisme. Pour lui, il est aujourd?hui urgent de faire comprendre à la nouvelle génération que l?heure n?est plus au repli. Il n?est plus temps de ressasser les ranc?urs et les humiliations.
« Les jeunes pensent qu?aussitôt qu?ils diront qu?ils sont de Roche-Bois, on leur refusera un travail décent. D?autres préfèrent dire qu?ils habitent au port franc. »
Certes il y a ces jeunes qui jouent les blasés, il y a des filles qui gagnent leur vie en se prostituant, d?autres qui se font dealers de drogue. Mais pour enrayer ce problème, il faut remonter aux sources, considère Didier.
« Il faut savoir que les deux écoles de primaire de Roche-Bois affichent depuis toujours de très médiocres résultats au CPE. D?ailleurs, toutes deux font partie de la Zone d?éducation prioritaire. Tous ces jeunes déscolarisés trop tôt sombrent dans les vices de la rue. »
Didier et Corinna ne cherchent ni à excuser, ni à condamner ceux qui ternissent la réputation de Roche-Bois.
Ils souhaitent néanmoins que ceux qui sont extérieurs à cette banlieue ne mettent pas tout le monde dans le même sac, celui des boucs émissaires.
La solution pour ceux qui réussissent est-elle de quitter Roche-Bois ? Didier et Corinna se sont mariés il y a à peine un an. Ils ont acheté une maison et comptent bien y rester. Ils s?enorgueillissent de savoir que leur fille grandira au même endroit qu?eux.
« On ne partira pas en laissant nos soldats à terre. Si nous avons réussi, il n?y a pas de raisons pour que notre fille et les autres ne réussissent pas », assure Didier. Corinna, qui est en congé de maternité, a dû abandonner un moment ses activités sociales. Elle est néanmoins consciente de son devoir de mère : « faire de sa fille une bonne citoyenne, c?est aussi faire du social ».
Sous l?influence des gens qui ont la même volonté que Corinna et Didier, Roche-Bois peut se transformer.
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