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L?affaire Estasie : meurtre ou négligence médicale ?
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L?affaire Estasie : meurtre ou négligence médicale ?
Les cris et les injures se sont tus à Petit-Bois. Dans la bicoque bringuebalante au fond de ce coin perdu de l?Est, il ne se passait pas un jour sans que Denis et Jennifer Estasie ne se bagarrent comme de vulgaires chiffonniers. Ils étaient le couple infernal du village. Les hostilités démarraient immanquablement après qu?ils ont tous deux vidé quelques bouteilles de vin rouge. Plus d?une fois, ces rixes se sont terminées au poste de police ou au tribunal, Jennifer réclamant la protection des autorités pour violence conjugale. Ces engueulades se sont finalement soldées par l?arrestation de Jennifer samedi dernier pour l?assassinat de Denis.
Son mari est mort ce jour-là d?une hémorragie interne après qu?elle l?a blessé trois jours plus tôt avec un couteau. Ce mercredi 9 juillet, Denis rentre à la maison, ivre mort. Il s?en prend à Jennifer qui réagit en lui assénant un coup de couteau à la poitrine, à la hauteur de la clavicule droite. Isabelle, 9 ans, la cadette du couple, est témoin de la scène. Elle accourt chez sa tante, Andrez Laraudeuse, qui habite à moins de cinq mètres, en hurlant : « Vini? Vine guette papi, disang pé coulé? » André trouve son frère, assis par terre, saignant abondamment. Jennifer n?arrive pas à retenir un sanglot nerveux. Elle demande à sa belle-s?ur de trouver un taxi pour emmener Denis à l?hôpital.
Lorsque le chauffeur de taxi débarque, il n?a d?autre alternative que d?alerter la police au vu de l?état de la victime. Lorsque les policiers interrogent Denis, il n?arrive pas à articuler le moindre mot, tellement il est ivre. Il est opéré à l?hôpital de Flacq et obtient sa décharge le surlendemain. Une ambulance le dépose devant sa case en tôle. La hache de guerre provisoirement enterrée. Jennifer et Denis veulent continuer leur vie sur de nouvelles bases. Samedi, Denis vient de terminer sa toilette lorsqu?il s?affale sur son lit. Jennifer n?arrive pas à lui tirer le moindre mot. Il est déclaré mort à son arrivée à l?hôpital de Flacq.
<B>Inculpée pour assassinat</B>
Jennifer est immédiatement interpellée. Elle déclare aux hommes de l?assistant surintendant Suresh Rampersad et de l?inspecteur André Pierre-Louis de la Criminal Investigation Division (CID) de Flacq qu?elle a malencontreusement frappé Denis à la poitrine lorsqu?il s?est jeté sur elle. Elle déclare qu?elle était en train de couper des aubergines à la cuisine ? une pièce composée de trois feuilles de tôle précairement installées ? lorsqu?il a tenté de l?agresser. Mais la façon dont elle dit l?avoir agressé, ajoutée aux témoignages des proches du couple, ne tient pas la route. D?où le fait qu?elle a été inculpée pour assassinat.
Mais, à y voir de près, ce cas fait plutôt penser à une négligence médicale selon des enquêteurs. L?autopsie pratiquée par le médecin légiste Amah Charrya Gujjalu a montré que la victime est morte d?un « shock following bleeding from stab wound of the chest ». En clair, Denis est mort d?une hémorragie interne. « Si son état était critique, les médecins auraient dû le garder à l?hôpital et non lui donner sa décharge. C?est bien triste ce qui s?est passé. Les médecins ont dû commettre une gaffe. J?espère avoir accès à son dossier médical afin de savoir ce qui s?est réellement passé », confie Marguerite Julie, la mère de Jennifer.
<B>La Santé enquête</B>
Le ministère de la Santé a ouvert une enquête sur le décès du maçon. En attendant, Jennifer reste en détention au poste de police de Pailles, à des kilomètres de ses proches. Elle ne peut prétendre à la liberté sous caution car ses proches vivent dans la misère extrême. « Nou péna les moyens missié », lâche Marguerite Julie qui se retrouve avec les quatre filles du couple infernal, âgées de 3 à 10 ans, à sa charge. Marguerite est d?autant plus attristée par cette tragédie que son gendre n?est autre que le frère de sa belle-mère. Il était pour ainsi dire le cousin germain de son mari. La promiscuité avait débouché sur un mariage consanguin dix ans plus tôt. Denis avait alors 20 ans et il a succombé aux charmes de sa nièce de 19 ans.
Les années ont passé et l?amour a fait place à la haine. « Deux jours avant que Poupoune (NdlR : Jennifer) ne le frappe au couteau, Denis la battait en pleine rue alors qu?elle était en route vers le poste de police. Une amie lui avait déconseillé de porter l?affaire de nouveau en cour? Si elle ne l?avait pas écouté, elle serait libre aujourd?hui et Denis encore en vie? » pleure Marguerite.
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