Publicité

?Dreamcatcher? qu?est-ce qui a bien pu foirer ?

17 juillet 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?L?Attrape Rêves?, en français. C?est, selon ce film, une sorte de talisman indien pour faire partir les cauchemars. Mais, derrière ce titre, il y a surtout une histoire d?invasion extraterrestre à laquelle sont confrontés quatre amis d?enfance. Il vaut mieux que les âmes sensibles soient prévenues : non seulement ces extraterrestres envahissent notre planète mais, afin de se reproduire, ils envahissent aussi le corps et l?esprit de quiconque les approche (humains ou animaux) pour en ressortir de la manière la moins élégante qui soit. C?est-à-dire par la toute dernière étape du système digestif, tout en répandant plein de sang partout et en laissant leur hôte dans un état plus que lamentable. Après tout, il s?agit d?un film d?horreur.

N?empêche que le titre est beau. Le film est adapté d?un volumineux roman de Stephen King; une adaptation co-signée par un scénariste chevronné, lui-même auteur d?un ouvrage sur l?art et la manière d?écrire un scénario et par le réalisateur lui-même. Comme ce dernier a fait quelques beaux films dans le passé (The Big Chill en 1983 et The Accidental Tourist en 1987), on se dit qu?en principe, tout devrait marcher. Pourtant, on en sort en se demandant ce qui a bien pu foirer.

L?expérience est d?autant plus regrettable que Dreamcatcher démarre sous d?heureux prémices. Un premier quart d?heure seulement pour nous montrer que les quatre personnages principaux ont des vies bien différentes mais qu?ils sont liés par une sincère amitié et qu?ils ont le don de lire dans les pensées en plus de pouvoir communiquer entre eux par télépathie. Cela ne leur rend pas pour autant la vie plus supportable, bien au contraire. Ils sont aussi unis par leur amitié pour un autiste et sont de braves types que le spectateur prend tout de suite en sympathie. Il serait difficile de faire plus efficace, tant du point de vue de l?écriture que de la réalisation.

Toujours aussi efficace, le film nous montre par la suite, comment les quatre avaient fait la connaissance de leur ami autiste alors qu?ils étaient encore des gamins. Ce dernier est en train de se faire brutaliser par des plus costauds et ils le tirent d?affaire sans bagarre, rien qu?en bluffant ? la scène est tellement convaincante qu?on pourrait y voir un des meilleurs moments du film, d?autant plus que les jeunes interprètes sont excellents. Par la suite, on voit l?importance que prend ce garçon autiste dans leur vie, on découvre qu?il a des pouvoirs spéciaux et que c?est lui qui leur a fait cadeau du pouvoir de télépathie.

Ainsi, durant pratiquement les premières quarante minutes, le film reste irréprochable ou presque. Si ce n?est qu?on se dit dans un premier temps qu?on a eu jusque-là de quoi faire deux sinon trois longs métrages sur l?amitié et le passage à l?âge adulte (On pense à Stand By Me ? Rob Reiner, 1986), le monde des autistes ou encore la difficulté d?être différent; et, dans un deuxième temps, que l?histoire ferait mieux de commencer. Car après tout, le roman est volumineux et on n?en est qu?au tiers du film. C?est d?ailleurs la difficulté sur laquelle butent toutes les adaptations de Stephen King à

l?écran : ses romans sont des ouvrages foisonnants et il n?est pas possible de tout mettre dans un film. Il y a donc toujours un choix sur ce qui constitue l?essentiel du roman et le reste qu?il faut obligatoirement laisser hors du film.

C?est pourquoi les meilleures adaptations de Stephen King ont été celles réalisées pour la télévision, généralement des téléfilms en deux ou trois parties; Langolliers, diffusé il y a quelques années, ou encore La tempête du siècle diffusé sur une chaîne satellite. Sur un autre point, certains, voire la plupart des metteurs en scène (même Kubrick, avec Shining) échouent lamentablement : dans leurs adaptations, les cinéastes se concentrent sur une horreur essentiellement graphique qu?ils mettent en scène, alors que l?horreur dans les romans de King découle ? même indirectement ? de ces petites misères et grandes souffrances très humaines qui sont l?autre élément caractéristique de son oeuvre.

Dreamcatcher tombe malheureusement dans les deux pièges. Pour ce qui est de la trame, l?un des personnages, Pete (Timothy Olyphant) a un accident provoqué apparemment par une vision que lui envoie l?ami autiste. La justification de cet accident n?est donnée à aucun moment par la suite et c?est aussi à partir de là que les choses commencent sérieusement à se gâter ? pour le spectateur, cela s?entend. Ou plutôt, quand les quatre se retrouvent dans la cabane en pleine forêt. Ceux qui auront lu quelques romans de Stephen King savent à quel point cette région du Maine est chère à l?écrivain. Il aime la dépeindre à la fois comme accueillante et chargée d?une menace sous-jacente. Rien de cela ne transparaît dans le film (pour l?élément humain) et on s?attarderait à le regretter si ce n?est qu?il y a pire : non seulement l?action suit sans succès plusieurs directions à la fois, mais en plus, elle s?enlise dans une série de clichés et de situations convenues dignes des plus mauvaises séries télé. Et, ce n?est pas la série de clins d?oeil aux cinéphiles (le pistolet de John Wayne, l??infection? baptisée Ripley, etc.,) qui vient sauver la situation.

Insulte à l?intelligence

On peut applaudir les acteurs qui font ce qu?ils peuvent, mais on se demande bien ce que vient y faire Morgan Freeman, l?acteur n?ayant pas pour habitude d?accorder sa caution à n?importe quel projet. Il interprète une sorte de Capitaine Ahab-Kurtz dans le film, comme Brando dans Apocalypse Now, (toutes ces allusions finissent par irriter). Il commande une unité spéciale de l?armée qui agit en dehors de tous les règlements, et son personnage de tueur d?extraterrestres reste à la limite du crédible. Quant au dénouement, même les collégiens présents dans la salle ont cru bon manifester leur indignation devant l?insulte faite à leur intelligence.

Il y a quand même au moins des moments qui sont réussis. Celui où tous les animaux, toutes espèces confondues, marchant ensemble dans la neige, quittent la forêt, tous marqués par les stigmates de l??infection?, a quand même quelque chose d?apocalyptique et cela apporte son lot d?angoisse. Angoisse aussi dans la scène des W.C. aux parois maculées de sang : quelle sorte de créature essaie de soulever de l?intérieur, le couvercle rabattu de la cuvette alors que l?un des héros est assis dessus ? Mais, comme le souligne un critique : ??la scène souffre d?une maladie fatale à nombre de films d?horreur : le syndrome du ?faisons-quelque-chose-de-complètement-idiot?. A t-on réellement besoin d?un cure dents dans un moment pareil ??

Inutile de dire que ce syndrome affecte tout le film; à croire qu?un extraterrestre malintentionné s?en serait emparé. Finalement, la question n?est pas de savoir ce qui a bien pu foirer, puisqu?on le voit très bien tout au long du film, mais plutôt comment un scénariste et un réalisateur qui ne sont pas des débutants ont pu ainsi laisser foirer les choses.

Publicité