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Vanina et ses frères pleurent père et mère
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Vanina et ses frères pleurent père et mère
Bien que Vanina Ramasawmy, née Palanee, ait accouché voilà plus de 21 jours, son visage qui porte encore la boursouflure du masque de grossesse, est d?une pâleur extrême. Une lueur illumine ses prunelles quand celles-ci s?attardent sur le nourrisson emmailloté qui gigote sur le lit parental et qui n?est autre que sa fille Dishina. Mais dès que les événements tragiques de la veille lui reviennent à l?esprit, la jeune femme se remet à sangloter de plus belle.
Se retrouver tout d?un coup orpheline de père et de mère, c?est extrêmement dur à accepter. D?autant plus que quand Sivaramen et Devila l?ont quittée lundi soir, après le service religieux organisé pour le bébé et le dîner en sa compagnie et celle de son mari Azagen, ils étaient en parfaite santé.
Il faut dire que Sivaramen, âgé de 55 ans, y veillait. Quatre fois par semaine, il se levait aux aurores et allait courir de longues distances pour se maintenir en forme. A son retour, il prenait le petit-déjeuner préparé par Devila et se rendait à mobylette au supermarché Sivaramen, qu?il possédait à Goodlands.
Devila, de son côté, aussi matinale que son époux, vaquait à ses occupations domestiques avant d?ouvrir la tabagie Snack 2000, qui jouxte leur demeure et où elle revendait des gâteaux et servait des boissons alcoolisées jusqu?à 19 heures. Quand son benjamin Aswin, 21 ans, venait la relever dans la journée, Devila en profitait pour cuisiner le repas du soir.
Le malheur s?est abattu sur la famille Palanee il y a trois mois, quand le supermarché de Sivaramen a pris feu. Découragé dans un premier temps, le chef de famille a repris le dessus, projetant de transformer son local incendié en point de vente de poulet. ?Tout était presque prêt?, raconte Aswin. ?Papa avait investi plus de Rs 50 000 dans le réaménagement du supermarché. Les rideaux de fer sont déjà en place. Il ne restait plus que Chanteclerc vienne installer ses cabinets réfrigérés et fournir le poulet. Papa devait démarrer ses opérations dans une semaine?, confie le jeune homme d?une voix enrouée par le chagrin.
Retard inhabituel C?est d?ailleurs lui qui s?inquiète en premier du retard de ses parents dans la soirée de lundi. Quand le téléphone sonne, il croit que c?est eux qui le préviennent de leur retard. C?est tout simplement le voisin qui demande à lui parler. Il lui annonce que ses parents ont été victimes d?un accident sur la route Vingt-Pieds à Grand-Baie.
Aswin attend à la maison pendant que son frère Indressen se rend à l?hôpital SSRN, et ne s?inquiète pas outre mesure. Il pense que ses parents ont subi des fractures mais à aucun moment, l?idée de leur mort ne lui effleure l?esprit. Indressen lui annonce la double mauvaise nouvelle à son retour de l?hôpital.
Bien qu?accablé par le chagrin, Aswin est déterminé à ne pas abandonner les affaires de son père. ?Indressen ek moi nou pou bisin partage travaille. Si mon père a fait tout cela, ce n?est pas pour rien. Je continuerai à m?occuper de la tabagie et j?espère qu?Indressen se chargera du Chantefrais?.
L?autopsie de Sivaramen et de Devila a été pratiquée hier matin à l?hôpital Victoria, Candos, par le Dr Satish Boolell, médecin légiste. Ce dernier impute la mort du quinquagénaire à une fracture du crane causée par une lacération du cerveau. Le praticien attribue le décès de Devila au choc suite à des blessures multiples. Bien que les cadavres aient été aussitôt restitués à leur famille, les funérailles de Sivaramen et de Devila n?auront lieu que cet après-midi en raison de l?arrivée des trois frères aînés de Devila qui sont établis en France. L?inhumation des dépouilles se fera au cimetière de Belmont à Poudre-d?Or.
Chez la famille Edouard à la route du Dispensaire, Grand-Baie, l?atmosphère est tout aussi pesante. Solange Edouard, la mère de Laval, l?automobiliste qui a pris la vie de Sivaramen et de Devila, est frappée de stupeur. Cette femme de 54 ans, mariée à un pêcheur, est mère de trois enfants dont Laval est l?aîné.
Homme sans histoire
Ce dernier travaille depuis plusieurs années comme technicien de climatiseurs dans une entreprise spécialisée. Il roule une fourgonnette de compagnie depuis maintenant cinq ans et n?a jamais fait d?accident. Marié à Belinda, 27 ans, il est père de deux fillettes.
Solange décrit son fils aîné comme un homme doux, poli et sans histoire. ?Ou capav diman n?importe ki dimoune dans l?endroit et zot pou dire ou : Laval pas britte. Li éna bons manières. Li pas manque respect personne. Zamais line gaigne zistoires la police.?
Relatant sa version des faits, Solange déclare qu?à l?issue de son travail, lundi, Laval s?est rendu chez des clients où il effectue de menus travaux à titre personnel. C?est en allant récupérer sa femme et ses fillettes chez sa belle-mère à Cap-Malheureux que sa fourgonnette a percuté la mobylette des Palanee. ?Quand il est rentré à 21 h 30 en compagnie de ses beaux-frères, il tremblait comme une feuille et n?a fait que répéter qu?il avait eu un problème, sans préciser lequel ?, raconte Solange.
Si sa mère déclare que Laval s?est rendu à la police de son propre chef dans la nuit de lundi à mardi, cependant la police livre une autre version. Ayant obtenu des informations précises quant à l?identité de l?automobiliste qui a heurté la mobylette des Palanee sans s?arrêter pour les secourir, c?est vers une heure du matin que les policiers de Grand-Baie et ceux de la Criminal Investigation Division ont débarqué chez Laval Edouard et l?ont interpellé sous une accusation provisoire d?homicide involontaire.
Traduit hier matin devant la magistrate Ratna Seetohul-Toolsee qui siège au tribunal de Mapou, Laval Edouard a été libéré après avoir fourni une caution de Rs 10 000 et une recognizance de Rs 20 000. Il comparaîtra de nouveau en cour le 19 novembre.
Vinesen Abel Marie-Annick Savripène
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