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Les planteurs des mares

14 juillet 2003, 20:00

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Habillé d?amples vêtements, recouverts d?un pardessus, il avance péniblement sur le terrain marécageux. Ses bottes en caoutchouc s?enfoncent de temps à autre dans la boue. A certains endroits, il y a le risque de s?embourber jusqu?aux genoux, mais Aboosahib Krumtally connaît comme sa poche ce qui étaient autrefois des rizières. Enfant, il suivait son père dans ces champs ?pas comme les autres? pour y cultiver des légumes. Ils sont une centaine de petits planteurs à ?dompter? de vastes étendues de marais à Mare-d?Australia. On les appelle ?planteurs la mare?. Ils font pousser toutes sortes de légumes : pommes d?amour, patolles, maniocs, arouilles, piments, oignons, ails? ? Exception faite de la pomme de terre et de l?aubergine, cette terre humide se prête à toutes les autres cultures légumières?, explique Aboosahib.

Absence de drains

Après des heures passées dans sa plantation, cet homme de 58 ans, maigrelet, au visage ridé, a les vêtements, les gants et les bottes recouverts de boue. ?C?est dur d?être planteur des mares. Je suis sorti chez moi à cinq heures du matin et je ne vais rentrer que vers 18 heures. Le soir, je souffre de courbatures parce que je suis trop fatigué et exposé au froid. Très peu de gens voudraient faire un tel métier. Même mes trois enfants ne sont pas intéressés. Mais cette terre m?a été léguée par mes parents. Je ne sais faire que ça dans la vie?.

Aboosahib est amer. Il reproche au gouvernement de ne pas bouger le petit doigt pour venir en aide aux ?planteurs la mare?. ?On avait promis une compensation aux planteurs dont les champs avaient été dévastés par les inondations, mais jusqu?à présent nous ne voyons rien venir?.

?Nos légumes sont meilleurs?

Pour Aboosahib, c?est en octobre qu?il s?attend à avoir une meilleure recette à la vente aux enchères, à Port-Louis. Là encore, il n?est pas satisfait des prix offerts. ?Souvent, je n?obtiens que Rs 300 pour une caisse de pommes d?amour. Les maraîchers, eux, pourront en tirer Rs 2 000 ?.

Mukesh Toory, qui cultive des gros piments sur une superficie de deux arpents, se plaint, lui, de l?absence de drains appropriés pour faire évacuer l?eau des deux côtés des plantations. ?Pour nous, la sécheresse n?est pas un problème. Au contraire, elle nous permet de faire une meilleure récolte. Nous ne sommes pas comme les autres planteurs. Nous préférons le soleil à la pluie?. Devanand Heeroo fait aussi face à la montée des eaux. Il préfère cultiver les pipengailles aux pommes d?amour qui, dit-il, seront en surabondance. ?Nou génération finne plante dans la mare. Mais nou légumes pas gagne prix?.

Ces planteurs affirment que les légumes des marais sont de meilleure qualité que ceux cultivés sur la ?terre ferme? ou provenant des cultures hydroponiques. Cependant, ils se disent désavantagés par rapport aux autres planteurs parce qu?ils ne cultivent que pendant six mois seulement. ?Pendant la saison des pluies, inutile d?essayer de faire pousser les légumes. Nos plantations sont trop inondées?, lance Suresh Toory.

Les planteurs des mares sont parmi ceux qui avaient résisté au projet de créer un centre d?enfouissement à Mare-d?Australia. ?On aurait pris les plantations de nos ancêtres. Nous ne pouvons les laisser faire?, commente Aboosahib.

Pollution : menaces à l?environnement

  • Soogrim Ramdanee, président de l?Association du troisième âge de Mare-d?Australia, Hemrajsing Sarjoo et Sooren Narain partent en guerre contre les pollueurs. ?Il y a un laisser-aller dans le village. La rivière Jamblon, qui était autrefois une source d?eau pour les habitants, est polluée. Des irresponsables viennent y déverser des huiles usées et laver des véhicules?, déplore Hemrajsing.

Par ailleurs, les habitants se plaignent de l?absence d?infrastructures sportives pour les jeunes du village. ?Ena banne pavés lors terrain football. Ene joueur finne même casse so li pied pendant ène match?, raconte Sooren.

Rencontre : Rajmoonee, la forme à 84 ans

  • Rajmoonee Gungaram, 84 ans, est l?habitante la plus âgée de Mare-d?Australia. Elle jouit du respect de tout un chacun dans le village. On l?apprécie surtout pour son sens de l?humour et ses précieux conseils. Elle est encore très active et participe régulièrement à des sorties organisées par l?Association du troisième âge.

L?octogénaire cache les traces de longues années de dur labeur derrière un large sourire. De petite taille elle a une santé de fer même si elle doit se déplaçer à l?aide d?une canne.

?Je me suis mariée à l?âge de 12 ans. Mon époux avait 30 ans. Nous avons eu neuf enfants?. Ses trois s?urs et elle se sont mariées en même temps devant leur maison familiale à Montagne-Bambous, Sébastopol.

?Une de mes s?urs avait juste neuf ans et elle ne savait pas ce qui se passait?.

Rajmoonee ne s?occupait pas seulement de ses neuf enfants, mais elle a aussi travaillé comme femme-laboureur. ?Je devais aussi marcher longtemps pour aller chercher du fourrage pour trois vaches et des fagots sur la montagne?.

Souvent, la famille ne pouvait manger à sa faim. ?Nou ti pé gagne juste ène quart diriz. Nous ti pé donne banne enfants mangé et moi ek mo bonhomme nou ti pé boire dilo diriz avec disel piment?.

Rajmoonee se souvient avoir acheté un terrain de 25 perches à Rs 600 pour construire sa maison en chaume.

Son époux, Dewnarainsing, est mort à l?âge de 82 ans. Elle vit entouré de sept enfants et de dix-huit petits-enfants et de plusieurs arrière-petits-enfants.

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