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Fallait-il abolir les conseils de village ?

12 juillet 2003, 20:00

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OUI Deven Nagalingum PPS et ancien maire

<B>> Les conseils de village étaient-ils vraiment dépassés ?</B>

Ils n?ont plus leur raison d?être. D?abord, ces conseils n?avaient aucun réel pouvoir de décision. La moindre initiative devait obtenir l?aval du conseil de district. De plus, le budget dont ils disposaient n?était pas assez important pour tout projet d?envergure. Enfin, l?expérience a démontré que quand le représentant du village au conseil de district n?était pas du même bord politique que les autres membres, ses projets étaient boycottés.

<B>> On avance que l?abolition des conseils de village représente un recul de la démocratie régionale ?</B>

Il n?y a pas de vraie démocratie sans démocratie régionale. C?est seulement quand les élus disposent de ressources nécessaires pour répondre aux attentes de leurs mandants qu?il y a une véritable démocratie. Or, je viens d?expliquer que tel n?était pas le cas avec les conseils de village. De nombreux conseillers ont été si frustrés et démotivés par leur incapacité d?agir, qu?ils ont abandonné leur siège à peine six mois après leur élection. À cause de leur absence, cette proximité nécessaire dans une démocratie entre un élu et ses mandants n?existait plus.

<B>> Qu?est-ce qui change avec le nouveau « Local Government Bill » ?</B>

Ce projet de loi municipalise l?ensemble du pays et place villageois et citadins sur le même pied d?égalité. Il institue un nouveau conseil municipal élu dans chacun des sept districts ruraux : Pamplemousses, Rivière-du-Rempart, Moka, Flacq, Grand-Port, Savanne et Rivière Noire. Il vient ensuite consolider la démocratie régionale parce que chacune de ces nouvelles municipalités sera financièrement et administrativement autonome. En outre, ce texte de loi modernise et décentralise l?administration régionale à travers un cadre légal transparent, tout en rehaussant le statut des conseillers municipaux grâce à leur rémunération.

<B>> Qu?est-ce qu?il y aura à la place des conseils de village ?</B>

L?Electoral Boundaries Commission divisera les districts ruraux en des electoral wards. Cette commission décidera aussi du nombre de conseillers municipaux à être élus par ward. De ce fait, le conseil municipal aura une vision globale du développement du district.

<B>> Cependant, ce projet de loi diminue de façon drastique le nombre de conseillers municipaux?</B>

Il y a certes moins d?acteurs, mais leur rôle est devenu beaucoup plus important. Il s?agit pour eux, grâce à ce nouveau cadre légal, de rattraper le retard en termes d?infrastructures sociales, entre régions rurales et régions urbaines. Ils en auront désormais les moyens.

NON Rajini Lallah membre de Lalit

<B>> Pourquoi étiez-vous contre l?abolition des conseils de village ?</B>

Les conseils de village sont les instruments par excellence de la décentralisation de l?administration régionale et de la démocratie. Ils permettaient aux villageois de participer activement à la vie politique, sociale et culturelle de leur localité. C?est absurde qu?on ait avancé l?argument de la décentralisation pour abolir les conseils de village.

<B>> Que reprochez-vous au « Local Government Bill » ?</B>

Imagine-t-on, par exemple, un villageois obligé d?écrire au Chief Executive Officer de sa nouvelle municipalité pour utiliser le Village Hall qui se trouve à côté de chez lui ? Ce projet de loi vient détruire le peu de décentralisation et de démocratie participative qu?il y avait jusque-là dans les villages. Avec la municipalisation des districts, les Village Council Areas laissent la place à de plus vastes superficies. Seuls les grands partis politiques, financés par les capitalistes, auront assez de ressources pour installer leur « agents » dans les instances régionales. Il faut savoir que seuls les conseils de village permettaient jusqu?ici aux gens de condition modeste de participer à l?administration régionale. La vérité est que ces grands partis visent à contrôler la vie dans les villages comme ils le font déjà dans les villes. Je pense que le but visé est d?imposer la taxe dans ces villages.

<B>> Justement, les conseillers de village se disaient frustrés par leur manque de moyens et de pouvoirs?</B>

Il suffisait alors de leur donner plus de pouvoirs et plus de moyens. Selon un principe démocratique fondamental, il ne peut y avoir de taxe sans représentativité. En d?autres mots : ceux qui paient la taxe doivent pouvoir disposer de moyens, à travers leurs élus, de contrôler l?usage qu?on fait de leur argent. Or, avec ce nouveau projet de loi, on voit pointer de nouvelles taxes, mais on abolit en même temps de cette représentativité. Sachez que le nombre de représentants des villages aux conseils municipaux a diminué de façon drastique. Et c?est très dangereux pour la paix sociale à Maurice.

<B>> Comment ?</B>

Le concept de conseil de village découle des révoltes des habitants des régions rurales en 1943. Avec en son sein des représentants venant de tous les quartiers du village, le conseil de village est devenu une structure unificatrice. Avec leur disparition, c?est aussi une structure non communale et non religieuse qui meurt. On peut facilement imaginer la tension sociale à venir, avec l?émergence des comités de quartiers et des forces vives auto-proclamées. On court désormais des risques de communalisation des villages.

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