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Malaise à Pretoria pour Bush

12 juillet 2003, 20:00

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Deux avions se croisent dans le ciel de Pretoria. Air Force One, celui de George Bush, s?apprête à atterrir, tandis que l?ancien président sud-africain Nelson Mandela vient de décoller dans un appareil de SAA. Ce dessin, paru dans le plus grand quotidien du pays à la veille de l?arrivée du président américain, résume l?état des relations entre les deux hommes. Aucun n?a souhaité de rencontre, Nelson Mandela a quitté le pays et George Bush devrait être le premier chef d?État a ne pas voir M. Mandela lors d?une visite en Afrique du Sud.

Très proche de Bill Clinton, Nelson Mandela ne rate pas une occasion de vilipender son successeur. Avec son habituel franc-parler, il a même affirmé, juste avant le déclenchement de la guerre en Irak, que le président américain « n?était pas capable de réfléchir correctement ».

« J?ai dit ce que j?avais à dire et je n?ai pas besoin de le répéter », déclarait, il y a quelques jours, l?ancien chef de l?État sud-africain, écartant toute idée de rencontre avec M. Bush alors qu?il venait de recevoir chaleureusement le ministre français des Affaires étrangères.

Dans la rue, la contestation s?organise. « Bush est une arme de destruction massi-ve », « Attention à cet homme, il se prend pour le maître du monde ! » : la coalition antiguerre a tenté, ces derniers jours, de mobiliser la population contre cette visite, sans grand succès jusqu?à présent. La crise irakienne est l?un des principaux points de divergence entre l?Afrique du Sud et les États-Unis. Le président sud-africain, Thabo Mbeki, s?est cependant montré moins pugnace que son illustre prédécesseur. Plus pragmatique que M. Mandela, M. Mbeki a pris soin de ne pas trop marquer sa désapprobation. Après avoir plaidé, jusqu?au dernier moment, pour une solution diplomatique à la crise, il s?est abstenu de tout commentaire une fois la guerre déclenchée.

Les relations entre les deux pays n?en demeurent pas moins tendues. Il y a à peine une semaine, Pretoria a refusé de garantir l?immunité aux Américains qui seraient amenés à comparaître devant la Cour pénale internationale. La riposte a été immédiate : Washington a ajouté l?Afrique du Sud à la liste des pays désormais privés de l?aide militaire américaine. La mesure reste symbolique, Pretoria ne dépendant pas, ou peu, des États-Unis en la matière.

Le président américain compte sur l?aide de Pretoria dans sa lutte contre le terrorisme. Une loi antiterroriste très controversée est actuellement examinée par le Parlement sud-africain. Prête à coopérer, l?Afrique du Sud, qui se considère comme le leader de l?Afrique australe, s?est offusquée d?apprendre par les médias l?arrestation, fin juin au Malawi, de cinq membres présumés d?Al-Qaïda.

Un autre point de désaccord : le Zimbabwe. L?Afrique du Sud a toujours refusé de condamner Robert Mugabe, mis au ban de la communauté internationale. M. Mugabe, au pouvoir depuis plus de vingt ans, est critiqué pour sa réforme agraire qui, en essayant de corriger une injustice en redistribuant aux Noirs, par la force, les fermes des Blancs, s?est soldée par la déstructuration de l?agriculture et une disette.

<B>Une puissance régionale</B>

Sa réélection, en mars 2002, dans un climat de violence et les atteintes aux droits de l?homme en ont fait la bête noire des pays occidentaux. Thabo Mbeki, pressé d?intervenir, a choisi une « diplomatie silencieuse » qui, pour le moment, est inefficace. Il continue à faire la sourde oreille aux injonctions de Colin Powell, qui lui a récemment demandé de prendre des initiatives pour débarrasser le Zimbabwe de M. Mugabe.

L?étape sud-africaine du voyage de M. Bush n?est donc pas la plus facile, même si Pretoria est prêt à des concessions. L?Afrique du Sud n?a pas envie de se mettre à dos la première puissance du monde. Elle est notamment l?un des pays qui profitent le plus de l?Agoa, la loi facilitant les exportations de l?Afrique vers les États-Unis. Facteur de stabilité politique et économique, l?Afrique du Sud est également, pour George Bush, un pays clé en Afrique. Libérée de l?apartheid, l?Afrique du Sud exerce désormais une réelle influence sur les affaires du continent et elle est devenue une puissance régionale qu?on ne peut ignorer.

  • 2003 Le Monde ? Fabienne Pompey Distribué par The N. Y. Times Syndicate

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