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La misère exploitée

12 juillet 2003, 20:00

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Ils arrivent des Etats d?Orissa, d?Uttar Pradesh, du Bihar ou d?Andrapradesh, en Inde. Laissant derrière eux leurs familles, ces Indiens croient en un avenir meilleur à Maurice. « Je me suis trompé et je ne veux pas que d?autres tombent dans ce piège. Même si l?on me renvoie dans les semaines qui suivent, je partirai sans regret », lâche résigné Ramesh, 29 ans. La récente grève des travailleurs indiens de l?usine Aquarelle Clothing de Roches-Brunes vient rappeler que les travailleurs engagés existent encore à Maurice. L?histoire se répète!

Le quotidien des 5 752 travailleurs indiens des usines textiles et des chantiers de Maurice est très simple à résumer : boulot et dodo. Ils sont bien là pour ça après tout ! Mais pour certains, il faut ajouter brimades, conditions de vie difficiles et salaires dérisoires. Une différence énorme entre ce qu?on leur avait promis et la réalité.

« Les agents recruteurs en Inde parlent de salaires supérieurs à 5 000 roupies mauriciennes. Mais arrivés ici, on touche presque le même salaire qu?en Inde », s?insurge Saheblal. Le montant ne dépasse pas Rs 3 600 pour la plupart. Par contre, le rêve que leur vendent les agents se paie. Une vingtaine d?Indiens d?Aquarelle disent avoir payé près de 40 000 roupies indien-nes à leur agent de Bombay.

« Les conditions ici sont intenables. J?ai emprunté la somme exigée par les agents. Il me faut continuer à travailler pour rembourser mes dettes et économiser pour ma famille », lance Ashish Kumar, 22 ans. Mais tous se demandent jusqu?où ils tiendront. L?épreuve de force qui les a opposé à la direction et les conditions dans lesquelles 17 d?entre eux ont été expulsés jeudi les a abasourdis.

<B>« Vulgaires criminels »</B>

« La police est venue et nous a traité comme de vulgaires criminels. On nous a presque passé à tabac et certains ont été informés qu?ils devaient regagner l?Inde », raconte Santosh. Celui-ci ne regrette toutefois pas d?avoir protesté contre ses conditions de travail et le salaire dérisoire qu?il perçoit avec ses colocataires.

Tous disent s?être bien adaptés. Ils travaillent dur et se sont liés d?amitié avec leurs collègues mauriciens. Mais l?épreuve par laquelle ils passent leur rappelle qu?ils sont seuls. « Nous avons vu le ministre Soodhun. Nous avons aussi parlé au haut commissariat indien. On nous a seulement promis que nos conditions s?amélioreront. Mais on demande à voir», dit Santosh.

Le visage de Saheblal traduit son désarroi. Il a des dettes et doit subvenir au besoin de sa femme et de ses deux enfants. Il ne se pose qu?une seule question, celle de savoir si sa situation s?améliorera. Et ils sont des centaines à se la poser, tous bernés par des agents sans scrupules, percevant bien moins d?argent que prévu et exploités par des employeurs qui trouvent en cette main-d??uvre bon marché et soumise, un moyen de faire des économies.

  • Rabin BHUJUN

  • <B>Travailler et se taire</B>

« Les Indiens sont disciplinés et travailleurs. Ils ont une petite tendance à ne pas trop faire entendre leur voix», explique Ali Parkar, Directeur du groupe Star Knitwear, qui emploie 320 travailleurs indiens. Certaines entreprises profitent justement de cette tendance à se taire de cette main-d??uvre pour mieux l?exploiter.

Au hit parade des problèmes qu?on commence à découvrir arrive, pêle-mêle, brimades des superviseurs, allocations spéciales impayées, salaires versés sur des comptes à l?étranger et même des fraudes sur la comptabilisation des heures travaillées. « Nous découvrons des cas où les entreprises demandent aux travailleurs indiens de ne pas pointer le matin pour que les heures travaillées ne soient pas comptabilisées », explique Showkutally Soo-dhun, le ministre du Travail.

La discrimination salariale entre les travailleurs étrangers existe aussi. « Les travailleuses chinoises sont mieux payées que les Indiens alors qu?ils font le même travail », affirme un cadre du ministère de l?Emploi. Ainsi, le salaire de base mais aussi le Piece Rate d?une ouvrière chinoise sont le plus souvent supérieurs à celui d?un travailleur indien. La différence de salaire peut ainsi atteindre Rs 2 000 à Rs 3 000 entre un ouvrier indien et un chinois, ayant la même productivité. Certaines sociétés emploient ainsi les ouvriers indiens avec le salaire minimum légal prescrit par le Export Processing Zone Act alors que l?ouvrier indien vient à Maurice pensant toucher parfois le double, selon son agent recruteur.

Les choses changent pourtant. Un cadre du ministère du Travail explique ainsi que les ouvriers indiens prennent conscience des disparités de salaires d?abord entre eux-mêmes. « Des ouvriers de différentes usines se rencontrent et découvrent que certains sont bien moins payés et mieux traités que d?autre. Cela les a aidés à revendiquer de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail » explique-t-il.

Harold Mayer, le directeur exécutif d?Aquarelle confirme cette tendance à la revendication. « On a pensé, dans le passé, que les travailleurs indiens étaient plus faciles à gérer. Cela ne semble plus être le cas aujourd?hui. »

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