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Manière de voir

10 juillet 2003, 20:00

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?Le titre semble être un avertissement au spectateur?, a commenté un critique. Un autre, un Américain, se voulant moins désinvolte, a commenté lors de la sortie du film que le sujet choisi pourrait bien nuire à sa carrière dans les salles, vu le contexte; à savoir que plusieurs cas d?enlèvement et de meurtres d?enfants défrayaient la chronique aux États-Unis au moment de la sortie de ce film.

Mauvais piège se veut un thriller autour d?une histoire de kidnapping. Celui d?une fillette dont les parents ont réussi leur carrière. La mère est une styliste de renom et le père un médecin anesthésiste riche et célèbre. Le couple possède une belle maison au bord d?un lac et aussi (détail qui aura son importance dans le dénouement) un hydravion. Les ravisseurs qui n?en sont pas à leur coup d?essai, exigent une rançon de $ 250 000 à être versée dans les vingt-quatre heures. Malheureusement, ils ignorent que la petite est asthmatique au point que le moindre choc ou la moindre poussière peut entraîner sa mort si elle n?a pas ses médicaments.

Non seulement il est à craindre qu?un tel sujet n?ait pas la faveur du moment chez nous non plus, en raisons de quelques récents évènements, mais en plus, Mauvais piège a aussi la mauvaise fortune d?arriver au moment de la hausse (malheureusement inévitable) du coût du billet de cinéma. Certes, il est possible de faire de beaux films et des films à succès autour de pratiquement n?importe quel sujet, mais encore faut-il que le traitement finisse par l?emporter sur le thème. Il y a eu dans le passé des films très réussis autour d?histoires d?enlèvement. On peut penser à des films comme L?homme qui en savait trop (les deux versions que Hitchcock réalisa en 1934 et en 1956), à Ransom, plus près de nous, ou encore dans un registre plus léger, à Ruthless People (Zucker, Zucker & Abrahams, 1987), une comédie qui ne faisait pas dans la dentelle.

Luis Mandoki, réalisateur de Mauvais piège, est un cinéaste mexicain qui à partir des années 80 a signé au moins une bonne dizaine de films dont des mélodrames assez appréciés dans son pays d?origine. Cela avant de s?exiler à Hollywood où il commence sa carrière avec Pour l?amour d?une femme (1994), l?histoire d?un couple face à l?alcoolisme et mélodrame avec tous les poncifs du genre, mais assez bien pour accrocher le spectateur. Ont suivi ensuite six autres films de qualité variable et parfois sujette à controverse. Angel Eyes, sorti il y a deux ans se détache du lot : une histoire policière teintée d?un discours philosophique ou mystique avec surtout des personnages très fouillés et un scénario remarquablement bien écrit. On y voyait Jennifer Lopez dans son meilleur rôle à ce jour et Luiz Mandoki faisait montre de véritables qualités d?auteur de cinéma.

Il y avait donc de bonnes raisons d?espérer pour le mieux en allant voir son tout dernier? et, sans vouloir à tout prix descendre le film ? comme l?ont fait la plupart des critiques ? il y avait tout autant de raisons d?être déçu.

??Le réalisateur joue sur tous les tableaux, et de façon racoleuse, commente un critique : un peu de sexe, de la castagne, des pleurs d?enfant, des cascades autoroutières inutiles et un peu de technologie.? C?est un peu ça. Disons que ce n?est pas le choix d?ingrédients qui pose problème ici, mais plutôt le fait qu?il y a l?art et la manière de les doser et que dans le cas présent on se croirait par moments devant une de ces productions de la Golan-Globus (cette maison qui se rendit si tristement célèbre dans les années 80, en produisant une pelletée de films d?action au rabais ? dans tous les sens du mot ? notamment les films avec Chuck Norris).

Par moments seulement, car à d?autres moments on sentait que le réalisateur savait utiliser une caméra ou au moins, choisir de bonnes et de belles images : scènes d?intérieur (la maison des victimes et la cabane des ravisseurs), des paysages (le lac, vu au niveau du sol et les paysages vus du ciel) et les expressions sur les visages, aussi bien que Pruitt Taylor Vince (Marvin) et Dakota Fanning (Abby); les seuls, dans toute la distribution, à être bien notés par certains critiques pour leur prestations. En fait, on sent bien que Luis Mandoki est capable de faire parler les images et de les faire porter un film en avant. Il possède bien la technique et, c?est probablement ce qui est le plus frustrant finalement, car l?inspiration fait défaut.

<B>Adaptation</B>

Plus important pour un film qui se veut un thriller : les scénaristes ont bien pensé aux détails (les appels téléphoniques toutes les demi-heures, les séquences dans l?hydravion, etc.) mais pour l?essentiel, le suspense ne prend pas tout à fait. Pour que celui-ci soit réussi, disait Alfred Hitchcock, il faut que le méchant soit réussi. Or, il se trouve qu?ici justement, les propos relatifs aux méchants manquent de cohérence. On nous les montre au tout début du film en train de se livrer à leur activité condamnable, aux dépens d?une autre famille. Le spectateur constate ainsi dès le début à quel point ils sont affreux et le danger qu?ils présentent. Puis, plus tard, quand Joe Hickey, le chef de la bande (Kevin Bacon) essaie de violer la mère (Charlize Theron) et que celle-ci le blesse, on se dit qu?il n?a que ce qu?il mérite et on attend avec délectation le moment où il se fera aplatir, dessouder, écrabouiller ? rien ne saurait être assez atroce.

Cependant, voilà que dans la dernière partie, on découvre, en même temps que les victimes, que ces ravisseurs d?enfants ne sont eux-mêmes que de pauvres gens à qui on a menti de manière perfide et effrontée ? ils sont eux-mêmes des victimes, en somme. Du coup, non seulement on se dit que les parents Jennings (les victimes) devraient se dépêcher de régler cette lamentable histoire d?enlèvement afin d?aller faire la tête aux vrais coupables (ceux qui ont menti aux ravisseurs et que le film ne nous montrera jamais), mais surtout on comprend mal le pourquoi de l?hécatombe finale qui tue non seulement les ravisseurs mais aussi des innocents une autoroute.

On se dit que la faute viendrait possiblement du choix de matériau de départ. Mauvais piège (Trapped) est l?adaptation cinématographique d?un roman, 24 hours écrit par Greg Iles. Puisque le film est adapté du roman, on peut dire sans l?avoir lu qu?il est bien possible que celui-ci n?ait pas été très inspiré non plus. Ceci d?autant plus que le communiqué de presse sent le communiqué de presse à plein nez : ?? La productrice Mimi Polk Gitlin se souvient : ?Cette durée est devenue une référence pour le film : c?est le temps de l?action, c?est le temps qu?ont mis les acteurs pour accepter l?aventure, c?est le nombre d?heures qu?il nous a fallu pour obtenir les autorisations pour la scène finale...?? . Rien sur le roman lui-même, ce qui dans ces cas-là, est généralement un mauvais signe. En fait, il est évident que le film n?est qu?une ?uvre de commande.

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