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Le trésor du laboureur mourant

6 juillet 2003, 20:00

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?J?aime ma terre?, déclare le petit cultivateur. ?Toutes ces terres sont miennes?, se rengorge le châtelain. ?Je suis fier de mes terres?, triomphe l?ingénieur qui a récupéré plusieurs hectares dans les lieux où les polders ont été arrachés à la mer. Par exemple, aux Pays-Bas où le niveau des plaines est souvent moins élevé que celui de l?océan à marée haute. Dans tous ces cas, l?attachement à la terre témoigne de la reconnaissance pour ses dons. C?est elle qui permet l?existence de la plante, base de toute vie.

Les histoires morales de notre enfance soulignaient ce qu?on lui doit. Par exemple, le laboureur sentant sa mort prochaine, en homme toujours sage à ce moment dans nos récits, confiait à ses fils qu?il avait enfoui un trésor dans son petit lopin. Les héritiers s?activèrent en creusant dans tous les sens mais ne trouvèrent ni magot ni lingot. Toutefois les riches récoltes subséquentes, favorisées par la terre labourée, leur firent comprendre que le trésor était la terre bien travaillée.

Pour l?exploitant cossu, le labeur est maintenant fait par la machine. Ce qui n?empêche pas les micro-organismes d?apporter leur contribution. On la démontre même au collège où le potache voit l?effet de bactéries décomposant différents types de papier. Demain tout sera peut-être plus simple et relèvera uniquement de la chimie.

Malgré ces libéralités, il est des moments où le sol est vil, ou bas. ?On n?est jamais sali que par la boue?, affirme le politicien qui vient d?être accusé par un rival. L?autre jubile qu?il a jeté son adversaire à terre. Mais reprenons le concert des louanges. Le sol poudreux ne se contente pas de nourrir des plantes. Il abrite aussi des êtres minuscules, sources d?antibiotiques que l?on rechercha activement après la découverte de la pénicilline. Dans la terre se plaisent aussi des champignons bénéfiques qui détruisent les vers ronds, ou nématodes, ennemis des cultures. Ces champignons sont vraiment des champions quand il s?agit d?élaborer des pièges pour obtenir leurs proies. Un autre groupe de champignons associé à la terre, vit sur les racines d?arbres et leur permet de mieux exploiter la nourriture dispensée par le sol.

La terre construit aussi des demeures là où le climat permet des murs de pisé. Chez nous-mêmes dans le passé la ?terre rouge? contribuait au mortier raffermissant les murs de modestes habitations. Mélangé à de la paille elle fait des briques séchées au soleil qui figurent dans des légendes. Par exemple, dans les péplums, les Israélites prisonniers des Egyptiens en réclament. Avec un petit plus la terre donne des briques cuites au four.

Les gargoulettes

Pour usage intérieur, depuis un passé aussi lointain que respectable, la terre a contribué à la fabrication de récipients. On se plaît à imaginer féminine la découverte de cet apport. Remontons un peu le cours des ans. Nos lointains ancêtres transportaient divers articles ménagers dans des paniers de lianes doublés de boue. La corvée était féminine. Et une jeune femme (plus délurée qu?une matrone) se reposant près du feu, tout près même, s?endormit pendant que son panier à portée des braises laissait se consumer ses lianes. Horreur ! A son réveil il ne restait plus qu?un tas de boue durcie. Etait-elle comme Perrette ayant brisé son pot à lait en grand danger d?être battue ? Que nenni ! Car intelligente et curieuse comme une scientifique elle reconnut là le germe d?une contribution plus valable qu?un assemblage de lianes. La poterie était née. Son adolescence profita au reste de la tribu. La scientifique préhistorique fut-elle récompensée, ou justifia-t-elle l?amertume du pessimiste : ?Travaillez dur et vous serez récompensé par la promotion de vos supérieurs?. Aujourd?hui, de précieux fragments ayant servi à des cultures passées sont chéris des archéologues. La poterie dite lapita, par exemple, a permis de comprendre l?histoire de populations polynésiennes.

Notre quotidien connaît aussi de précieuses contributions de la poterie. Parmi les plus modestes, nous avons les lampes, les pots à fleurs ou les gargoulettes de nos jeunes années qui gardaient l?eau bien fraîche. Le liquide s?infiltrait à travers les pores de la paroi et, s?évaporant à la surface, absorbait des calories. Elles étaient nécessaires à la promotion permettant aux molécules de vapeur de voler loin du récipient. La poterie poreuse trouve encore emploi dans les labos de lycées pour la diffusion de liquides et de gaz.

Mais la promotion sans précédent de la poterie se fait voir dans les statues grandeur nature de soldats avec armes et bagages accompagnant dans sa tombe le premier empereur unificateur de la Chine. Cet homme avait peut-être eu du pot pour asservir des peuples. Mais trop s?apitoyer sur leur sort serait tourner autour du pot. Du pot de terre naturellement. Que peut-il contre le potentat ?

Claude Michel

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