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Témoignages

5 juillet 2003, 20:00

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Maria : une survivante au moral d?acier

« Après avoir été anéantie pendant des années, j?ai repris du poil de la bête. » Au fil des années, Maria Séga a appris à faire comme si sa fille était toujours là. En effet, quand Stéfania est morte, il y a 14 ans, elle avait renoncé à tout : la chanson, le public. « Je sombrais, la souffrance était insoutenable, je n?avais plus goût à rien. » Elle a ensuite découvert Dieu. « Stéfania n?était plus là, mais Dieu a commencé à faire partie intégrante de ma vie. J?ai d?ailleurs écrit Si grand est mon pardon pour raconter cette épreuve et mon cheminement avec Dieu. Stéfania est devenue mon rayon de soleil. » Pour surmonter cette perte, elle restait en contact avec des gens qui connaissaient le même malheur. Elle épluchait les journaux. « Dès que j?apprenais que quelqu?un avait perdu un enfant, je prenais un taxi et j?allais voir les parents pour les réconforter. » Petit à petit, elle a pu retourner à la musique.

Aujourd?hui le souvenir de Stéfania reste très présent. « Il y a des photos d?elle partout dans la maison.

Je peux rire avec elle, elle est témoin de tout ce que je fais. N?allez pas croire que je suis dérangée si je parle d?elle comme si elle était là. » Le 4 de chaque mois, Maria va la voir au cimetière. Stéfania n?est pas partie à jamais.

Louis et Marlène : des réponses pour accepter la mort de Berty

La famille Buffion porte sa colère comme un lourd fardeau. Leur fils Berty (photo), 23 ans, est mort il y a quelque mois, abattu sur un terrain de chasse. Ils n?acceptent pas cette mort accidentelle. « Je n?arrête pas de penser à lui tous les jours. Depuis longtemps, je l?emmenais travailler avec moi pour qu?il apprenne un métier et qu?il ne devienne pas un voyou. Ca fait mal quand je distribue la paye le samedi et que Berty n?est pas là », raconte Louis Arlando, entrepreneur. Il ressent cruellement l?absence de ce fils qui était son bras droit et se pose beaucoup de questions.

« À la radio, on disait qu?un gardien avait abattu un braconnier. Je ne me suis pas inquiété parce que mon fils n?est pas comme ça. » Aujourd?hui, les parents vivent un calvaire. Ils ne peuvent pas faire le deuil aussi longtemps qu?ils ne prouveront pas que leur fils n?était pas un malfrat. Ils ne supportent pas d?entendre dire que leur enfant « tine alle coquin cerf ». Le plus dur, c?est lorsque le corps est revenu de la morgue. Berty était défiguré car il avait été touché au visage. « Parfois mo réflési, mo démane moi comment line senti li quand line trouve la mort pé vini, comié létemps linne rissé avant li mort », confie Louis, les mains appuyées contre ses tempes.

Marlène, la mère de Berty, pleure sans cesse. « Gramatin, tantôt mo verse mo larme. Mo conné nou tou bizin mort ene zour, mais pas sa lage-là et pas coume sa. » Les parents espèrent un jour avoir la permission d?entrer dans ce fameux « chassé » pour voir où leur fils est mort. Ils voudraient allumer une bougie à cet endroit et dire une prière. Ils ne seront pas en paix aussi longtemps que cette affaire ne sera pas tirée au clair et que la mémoire de leur fils ne sera pas lavée de toute tache.

Régis et Caroline continuent la route pour leur fils

L?image de leur fille (photo) pendue par un drap à une barre de métal restera à jamais gravée dans la mémoire de Régis et Caroline. « On ne réalise pas encore. On ne peut pas comprendre ce qui s?est passé. Si encore il s?agissait d?une fille dépressive, mais elle était toujours joviale, très appréciée dans la cité. » Pour trouver un sens à cet acte, Régis semble blâmer le fiancé de sa fille. « Ce soir-là, il est venu et on a compris qu?ils se disputaient. Quand il est parti, elle a essayé de l?appeler sur son portable, il était éteint. Elle a dû aller dormir avec ce chagrin. »

Caroline culpabilise un peu de ne s?être doutée de rien. « C?est moi qui l?ai vue en premier. Il faisait nuit, la maison était calme et tout le monde dormait. J?ai entendu le ventilateur dans sa chambre, je suis monté pour l?éteindre et elle n?y était pas. Lorsque je suis descendue, je l?ai vue dans la cuisine. Je l?ai appelée et comme elle ne répondait pas, je me suis approchée. Là, j?ai crié de toutes mes forces. »

Elle se demandera toujours si elle aurait pu éviter ce drame en se réveillant un peu plus tôt. Elle s?en veut aussi de ne pas avoir remarqué que la dispute avec son fiancé avait perturbé Marianne. Ils enragent qu?elle ait pu se pendre avec son drap. « On a eu beaucoup de mal à l?élever et alors qu?elle avait un job chez Courts, elle a tout laissé tomber sans penser à la douleur que nous allions ressentir. »

Les Sourmarie essayent de continuer à vivre, de ne pas trop montrer leur souffrance pour ne pas faire de peine au fils qui leur reste. Ils ont d?ailleurs enlevé la barre de fer à laquelle Marianne s?est pendue.

Les Jeetun inconsolables

À mesure qu?ils avancent, les Jeetun ressentent cruellement l?absence de Divesha, leur fille de 21 ans, décédée en novembre. La jeune fille, qui se destinait à l?informatique, a commencé à ressentir des douleurs articulaires. Après plusieurs rendez-vous chez le médecin, la nouvelle est tombée : Divesha était atteinte de lupus.

« À aucun moment on ne s?est dit qu?elle allait mourir si vite. On pensait que ça ne pouvait pas nous arriver, on espérait qu?elle pourrait s?en sortir, qu?un miracle pouvait se produire et qu?elle guérirait », raconte Sureshwar, son père. Les derniers jours, Divesha avait des infections dans la bouche. Elle ne pouvait plus parler et leur écrivait. « C?est dur de voir son enfant souffrir, mais tant qu?il y a de la vie, il y a de l?espoir », poursuit-il.

Tout lui rappelle sa fille. Parfois, il regarde la porte en espérant qu?elle va entrer et que toute cette souffrance n?aura été qu?un cauchemar. Mais il se ressaisit bien vite en se disant : « Elle ne va pas revenir, on l?a déjà incinérée. »

ishi, sa mère, est très en colère : « Je déteste Dieu pour ce qu?il m?a fait. Toute ma vie, je l?ai prié. Je ne lui ai jamais demandé ni argent, ni belle voiture. Je ne lui demandais que la santé pour mes enfants. Il a pris ma fille et il est parti. Je ne pourrai plus jamais me tourner vers lui. »

Sureshwar, plus positif, a adhéré à l?association Lupus Alert. Quand Divesha luttait contre la mort, il n?avait pas le temps d?aller aux réunions. Il préférait aller dans les églises, prier tous les saints qu?on lui recommandait. Maintenant, il rencontre d?autres parents dont les enfants souffrent de cette maladie et ils partagent leur expérience. Il n?a pas perdu la foi : « Je prie pour son âme. Si elle doit renaître, j?espère que ce sera dans une bonne famille. »

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