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L?histoire d?une traque
«Félicitations? Ene mari travaye sa ! » Les éloges ne cessent de pleuvoir au quartier général de la brigade criminelle des districts de Grand-Port et Savane à Rose-Belle. L?équipe a pris tout le monde de court samedi dernier en élucidant le deuxième viol collectif dont a été victime Sandra O?Reilly, le 17 juillet dernier dans un champ de cannes à Belle-Rive. Les enquêteurs ont retrouvé les occupants de la mystérieuse voiture rouge au moment où l?attention était braquée sur le viol et le meurtre de Nadine Dantier survenu trois jours plus tôt. L?arrestation des violeurs de Sandra est ainsi venue conforter l?idée que la police ne lâche jamais prise?
Comment diable les limiers sont-ils finalement parvenus à éclaircir cette affaire qui traînait depuis onze mois ? C?est d?abord un indicateur qui a mis la police sur la piste de Ravi Aubeeluck, Vikram Jagai, Nautam Jankee, Vikash Mankoo et Sudesh Suttun. L?un des cinq compères a eu tort de se confier à cet homme sans se douter qu?il était un informateur de la police. Au même moment, le sergent Murugesan est placé à la tête de la Criminal Investigation Division (CID) de Mahébourg. Il prend alors contact avec Sandra O?Reilly pour qu?elle lui fasse à nouveau le récit de son calvaire.
Le chef inspecteur Jean-Claude Gungah et le sergent Murugesan ont rendez-vous avec la jeune femme en juin. Avec force détails, Sandra O?Reilly raconte pour l?énième fois les événements de cette nuit-là. Elle revient sur le moment où elle est abandonnée par ses deux premiers violeurs, Nicolas Potage et Louis-France Joson, sur l?autoroute de La Vigie. Elle parle ensuite de l?arrivée d?une voiture rouge avec cinq hommes qui décident de l?accompagner au poste de police de Curepipe. Deux d?entre eux la violent dans un champ de cannes. Elle se remémore aussi la colère de son bon Samaritain, lorsque le chauffeur revient avec ce dernier et les deux autres personnes restées près de sa Ford Mondeo.
« Mo lé bras dan pince »
Ses indications sur les voix, l?âge, le physique et le niveau de langage de ces hommes donnent à penser que les malfrats sont issus d?un milieu rural. Sur la route menant à Belle-Rive, Ravi Aubeeluck avait confié à Sandra qu?il gagnait difficilement sa vie comme boulanger? Autre élément capital : les confidences du Samaritain à Sandra O?Reilly lorsqu?il la raccompagne chez sa mère à Curepipe. « Mo lé bras dan pince, mo pas travaye », lui avait-il dit en lui montrant sa cicatrice au bras gauche. Il avait des vis au poignet, séquelles d?une vilaine blessure.
Dès le début de l?enquête, la CID du Sud a établi une liste d?hommes blessés au poignet gauche auprès des cliniques et des hôpitaux de Candos et de Rose-Belle. En procédant par élimination, dix personnes ont alors été interrogées. Sans résultat. Avec les nouveaux éléments fournis par Sandra O?Reilly et le mystérieux informateur, les policiers enquêtent sur des habitants de Montagne-Blanche. Les détectives de la CID de Mahébourg se tournent alors vers les hôpitaux de Flacq et de Port-Louis pour obtenir la liste des blessés. Ils enquêtent aussi auprès du bureau de la Sécurité sociale de Montagne-Blanche pour connaître l?identité des victimes d?accident qui bénéficient de la Social Aid.
Parmi les noms donnés par l?indic, les enquêteurs tombent sur celui de Sudesh Suttun dans le registre de l?hôpital de Flacq. Les éléments concordent. Il porte une barbe et correspond au signalement fourni par Sandra O?Reilly. Le doute n?est plus possible : c?est bien lui. Maintenant, il faut identifier ses complices. Pendant trois semaines, une opération de surveillance est montée à la Cité EDC de Montagne-Blanche.
Sous la supervision du surintendant Mario Lemerre et de l?assistant surintendant de police Sadasiven Summoogum, des membres de la CID de Mahébourg, de Plaine-Magnien et de Rose-Belle filent discrètement le Samaritain. Il s?agit d?obtenir le plus d?informations possibles sur ses fréquentations, ses habitudes et les hommes qui l?accompagnaient ce fameux soir du 16 juillet 2002.
Des détectives femmes, parées de saris et munies d?offrandes, fréquentent le kalimaye où Sudesh Suttun a l?habitude de prier. D?autres policiers sont postés à l?arrêt d?autobus chaque matin. Certains vont boire un coup à la boutique et effectuent, en catimini, des rondes dans leurs véhicules personnels. Il ne faut pas se faire remarquer. Les nuits blanches s?enchaînent pour les vingt limiers qui participent à l?opération. Ils doivent également connaître l?état d?esprit des habitants de la cité pour éviter tout débordement lors du coup de filet. La date du raid approche. Les quatre autres suspects ont été identifiés.
Éviter toute fuite
Le 27 juin, le surintendant Lemerre, l?ASP Summoogum, le chef inspecteur Gungah et l?inspecteur Dhanraj Goolaup ont une session de travail avec leurs sergents pour décider de la marche à suivre. Aux petites heures de samedi, un grand briefing a lieu au bureau de la brigade antidrogue de Vacoas. Il s?agit de préparer minutieusement le raid. Seule une poignée d?hommes sait de quoi il retourne pour éviter toute fuite. Une centaine d?éléments de la brigade criminelle, de l?Emergency Response Service, de la Special Supporting Unit, de la Divisional Support Unit du Sud et de la Dog Section sont réunis pour arrêter les cinq hommes à la voiture rouge.
Une descente des lieux est effectuée simultanément dans cinq maisons à la Cité EDC et à celle de Nautam Jankee à St-Julien d?Hotman. Par groupes de vingt, les policiers investissent les six maisons à trois heures du matin. Les familles sont traumatisées par l?arrivée des forces de l?ordre. Dix hommes sont embarqués. La tension monte. Les deux violeurs de Sandra O?Reilly, Ravi Aubeeluck et Vikram Jagai, ne sont pas du lot. Les autres sont des proches des cinq suspects. Vikram Jagai est resté chez son oncle à Vallée-Pitot. Une équipe prend la direction de la capitale sur les chapeaux de roues pour le cueillir.
Vikram Jagai, Nautam Jankee, Vikash Mankoo et Sudesh Suttun semblent avoir attendu depuis longtemps cette arrestation. Ils n?offrent pas de résistance. Avant même d?atteindre le poste de police, Sudesh Suttun veut enlever ce poids qui lui pèse sur la conscience. « Mo péna narien pou fer la dan, au contraire mo fine aide madam la », dit-il à l?équipe du sergent Murugesan. Après des aveux, complets, les quatre hommes sont identifiés dans la journée par Sandra O?Reilly. Ravi Aubeeluck finit par se rendre au poste de police de Quartier-Militaire lundi matin. Il met les enquêteurs sur la piste de la voiture rouge, une Nissan Sunny qu?il avait louée à un particulier de Ph?nix.
C?est la fin d?une énigme qui a fait courir la police pendant onze mois. « Si on avait eu des détails sur la voiture, l?affaire aurait été résolue depuis bien longtemps. Si la victime avait retenu la marque ou l?immatriculation, le dossier n?aurait pas traîné », avoue un enquêteur, heureux d?avoir fait partie de l?équipe qui a élucidé cette affaire.
Vel MOONIEN
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