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Retrouver l?optimisme
Le pays passe par une phase difficile. L?actualité n?incite pas à l?optimisme. Les ondes de choc se succèdent. Chaque jour apporte son lot d?agressions. Les crimes de sang deviennent quotidiens. Les délinquants se recrutent à l?école primaire. La misère accablante qui sévit dans les quartiers défavorisés est révélée au grand jour. Aucun secteur de la vie n?est épargné. Comme si cela ne suffisait pas, voilà que l?arrestation des principaux directeurs de la première banque du pays vient jeter un trouble dans le monde économique et financier.
Le pays n?a plus de moral. La morosité s?installe. Et si nous n?y prenons garde elle s?incrustera. Ce qui est fort dommage. Or, un peuple a besoin de rêves pour avancer. Il faut donner aux hommes des ambitions pour qu?ils s?engagent. Dans la vie d?une nation, il y a quelques occasions importantes que les leaders saisissent pour motiver leurs compatriotes.
À Maurice, la présentation du budget est un rendez-vous national. Mais depuis quelques temps, l?exercice est devenu une explication d?acrobaties budgétaires. La communication dans ce contexte est assujettie à des considérations tactiques. C?est ainsi qu?elle se résume à noircir davantage le tableau pour mieux mettre en relief les prouesses réalisées. C?est une bien maigre consolation quand on tient compte de l?opportunité perdue.
Le peuple assommé cherche des raisons d?espérer. Il y en a. Mais elles sont cachées sous cet amoncellement de tuiles qui nous tombent dessus depuis quelques temps. À force de recevoir des coups, le Mauricien commence par devenir insensible à ce qui peut apporter un peu de joie à son quotidien et lui donner des raisons de continuer le combat incessant de la vie.
Une sorte de cécité aux réalisations positives s?est installée. La zone franche est en difficulté, mais nous ne voyons pas la réussite des industriels qui modernisent leurs appareils de production. La nomination de Jayen Cuttaree comme porte parole des pays africains est un gage de la confiance dont jouit Maurice dans le concert des nations. Mais cela ne veut rien dire pour nous. L?expansion de Mauritius Telecom et son implantation en Afrique passe pour une banalité. La bonne performance de nos opérateurs touristiques et de notre compagnie d?aviation dans un contexte très difficile pour l?industrie du voyage est assimilée à un lieu commun. C?est dire combien la morosité a gagné les esprits.
Le déclic psychologique viendra si les politiques s?attellent à faire sauter le verrou qui maintient le pays dans la déprime. Cette tâche revient à l?un des deux principaux dirigeants du pays. Personne d?autre ne peut le faire à leur place. Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger tentent de réveiller le secteur privé. C?est un début. Mais la démarche reste parcellaire. Nos gouvernants continuent à pratiquer le dialogue catégoriel et sectoriel alors que la Nation s?attend qu?ils s?adressent à elle dans son ensemble.
Personne ne demande à l?un ou l?autre dirigeant de venir jouer à l?Emile Coué en suggérant que tout va bien. Il s?agit tout simplement de préciser les choses, d?inspirer la Nation, de pousser les Mauriciens à unir leurs efforts afin d?avancer. Un discours motivant adressé à la Nation toute entière aura, au moins, le mérite de faire taire toutes ces revendications particularistes qui s?élèvent ça et là.
En ce temps de découragement, l?île Maurice a bien besoin d?un alchimiste. Celui qui a la capacité de transformer en or de vils métaux. Nos dirigeants politiques sont capables de transformer nos épreuves en leçons pour un meilleur avenir. Ils peuvent braquer les projecteurs sur nos réussites pour stimuler notre enthousiasme. Réunir tous ces groupes épars dans un élan national est une tâche à leur portée. Il faut simplement qu?ils y croient et qu?ils s?y engagent. La génération future leur sera reconnaissante.
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