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Nous irons tous en enfer

5 juillet 2003, 20:00

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Blancs, Noirs, Jaunes, Mauriciens de toutes les couleurs « nou nombril enterré ici ». Et il ne faut permettre à personne de faire basculer la civilisation mauricienne dans la barbarie au terme d?une tentation de règlement de comptes historico-raciale. Notre République vit des moments très graves : il ne tient qu?à un fil pour que le paradis ne se transforme en enfer. En effet, le pays vit une poussée de manifestations d?une crise sociétale grave et complexe, plus sérieuse encore que celle de février 1999. Les origines de cette crise remontent à plus d?une décennie. Les conséquences d?une mondialisation-économie-casino sur notre développement, les difficultés d?une transition socio-économique nationale qui ont débouché sur un désenchantement, l?incapacité de nos élites à appréhender les nouvelles données ont créé le terreau pour des dynamiques sociales mortifères. Une décennie durant, nous avons tous préféré jouer à l?autruche en croyant au miracle. Le sens du devoir nous dicte de l?affirmer haut et fort : ce qui est en jeu, c?est la vie de notre pays. Si nous voulons éviter le cauchemar d?une explosion, un sursaut national s?impose. Tous les acteurs de notre société doivent être pleinement conscients de la gravité des enjeux pour peser les conséquences de chacune de leurs décisions pour ne pas devenir des vecteurs des forces destructrices à l??uvre. C?est un fait que notre société est en mal de repères, de références et de symboles. Elle traîne un désenchantement qui s?aggrave, avec son lot de précarisation, d?exclusion, d?accroissement des inégalités. Et tout cela avec pour toile de fond une machine économique qui est en panne d?essence. Notre société est minée par une profonde crise morale ? de confiance et de crédibilité ? marquée par la corruption révélée au grand jour par des scandales touchant des institutions prestigieuses du pays et des personnalités emblématiques. Notre histoire a fait que nos structures socioéconomiques et sociopolitiques sont fortement influencées et déterminées par les structures socio-ethniques. Notre société est en quête d?un nouvel équilibre des pouvoirs ? politique, économique et médiatique. Toute banalisation des attentes de ce nouvel équilibre ne peut que provoquer un retour du refoulé et raviver les démons de l?histoire. Dans tout paysage social fragilisé, les comportements sociaux sont dominés par les bas instincts, l?affect, le repli sur soi, la déroute de la raison communicative et de l?intelligence du c?ur. Un nouveau populisme a rempli le vide laissé par la démission des élites. Dans le contexte mauricien, il s?est transformé rapidement en ethno-populisme qui s?est propagé à tous les étages de la société, sapant par là même les fondements de l?autorité démocratique. C?est affolant de constater comment l?ethno-populisme est en train de travestir la lutte contre les inégalités et celle contre la fraude et la corruption. Malgré tout cela, Maurice a des atouts pour relever les nombreux défis auxquels elle est confrontée. Il faut au préalable qu?on reconnaisse que notre société renferme encore trop d?arrogance, de cupidité, d?injustices, d?inégalités, de pratiques douteuses et d?abus. Aucun groupe social n?a le monopole de ces torts et travers. Or, le drame c?est que pour chacun d?entre nous, l?enfer c?est les autres. En persistant dans cette voie, nous finirons tous en enfer. Notre pays a besoin d?une mobilisation de toutes ses énergies et compétences dans un grand élan national pour sortir du siège économique dans lequel il se trouve. Or, à la place, a lieu un dangereux spectacle : celui d?un champ de guérilla interne sur lequel planent les démons « revisited » de l?histoire. Personne ne sortira gagnant de cette guerre.

Les leaders politiques du pays doivent donc s?entendre pour y mettre fin. En trouvant l?équilibre entre l?éthique de responsabilité ? pour assurer la pérennité de notre société ? et l?éthique de conviction ? la nécessité d?une lutte efficace contre la fraude, la corruption et les inégalités. Les hommes d?État répondent de leurs actes devant le tribunal de l?histoire.

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