Publicité
« Les méthodes de l?Icac sont discutables »
Par
Partager cet article
« Les méthodes de l?Icac sont discutables »
Une délégation dirigée par le Premier ministre a effectué une visite aux États-Unis, la semaine dernière. Comment évaluez-vous cette mission ?
Je suis très satisfait de cette mission. Nous avons pu convaincre nos interlocuteurs que Maurice est dans une situation vulnérable et qu?une aide est nécessaire. Je pense que maintenant l?administration américaine comprend notre position. Une initiative sera sûrement entreprise en notre faveur.
Que pouvons-nous espérer ?
Nous nous attendons qu?à la réunion de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun, des pays comme Maurice bénéficient d?un traitement différencié. Nous espérons obtenir une dérogation de certaines dispositions de l?Africa Growth and Opportunity Act (Agoa). Toutefois, notre secteur textile doit faire l?effort de trouver d?autres produits. Les Américains nous aideront à les identifier en mettant nos industriels en contact avec des acheteurs potentiels. L?Agoa couvre 6 500 produits. Il s?agit pour nos entrepreneurs de trouver des créneaux spécialisés.
Les scandales qui secouent Maurice ne vous gênent-ils pas dans la promotion du pays à l?étranger ?
Non, cela ne me gêne aucunement. Je vois les scandales qui font la une des journaux comme un phénomène positif pour l?image du pays. Cela montre que Maurice ne tolère pas la corruption. Cela révèle aussi que le pays dispose des moyens pour faire toutes les enquêtes nécessaires et sanctionner ceux qui sont reconnus coupables d?irrégularités. Souvenez-vous du gros scandale Enron aux États-Unis. Ce n?est pas pour autant que la crédibilité de l?Amérique a été entamée. Au contraire, cela prouve que le système fonctionne. C?est dans cet esprit que je vois les enquêtes menées par l?Icac sur les scandales financiers .
Vous ne partagez donc pas l?avis de ceux qui affirment que les méthodes de l?Icac nuisent à l?image du pays ?
Là, c?est une autre question. Les méthodes de l?Icac sont discutables. Si j?étais responsable de cette commission, je ne ferais pas ce que font ceux qui y sont affectés.
Quoi par exemple ?
Les arrestations nocturnes, par exemple. Je trouve que cette pratique nuit à l?image de l?Icac et pourrait lui causer des problèmes plus tard. Maurice est un État de droit. Dans ce pays, les droits de l?homme sont respectés. Faire systématiquement des enquêtes pour éreinter psychologiquement des personnes interrogées est une pratique inacceptable dans une société moderne.
Faut-il donc arrêter de faire des enquêtes ?
Je ne dis pas qu?il faut arrêter les investigations. L?Icac a tous les pouvoirs pour les faire. Mais il ne faut pas enquêter de façon punitive. La crédibilité de l?Icac risque de souffrir, si ses enquêteurs ne changent pas de méthodes.
Vous pensez que l?Icac a abusé de ses pouvoirs ?
Je ne suis pas au courant des détails des enquêtes, mais comme juriste, je n?aimerais pas avoir des clients qui sont appelés pour être interrogés à 15 heures. Puis on traîne l?interrogatoire jusqu?à 23 heures pour ensuite m?annoncer qu?on arrêtera la personne. Moi, j?aurais refusé d?emmener mes clients à l?Icac dans ces conditions.
C?est le commissaire de police qui détient le pouvoir d?arrestation. Faut-il que l?Icac ait cette prérogative ou devrait-on garder le statu quo ?
C?est un débat. Mais avec ce qui se passe, ce débat risque d?être défavorable à l?Icac. Même ceux qui estimaient que l?Icac aurait dû avoir des pouvoirs d?arrestation commencent à penser que ce ne sera pas une bonne chose de lui accorder cette prérogative. Je crois que l?Icac a mal géré la situation. Une nouvelle institution doit au départ se rendre crédible, inspirer confiance et s?assurer de ne pas être perçue comme un organisme qui dirige mal ses enquêtes. Un autre défaut de l?Icac est son manque de confidentialité. En cela l?Icac ressemble à l?ex-Economic Crime Office.
Revenons à votre ministère. Comment définir l?orientation de la diplomatie ?
Notre diplomatie est axée sur l?idée qu?il faut élargir notre famille d?amis. Pour cela, il faut être présent dans toutes les discussions.
À un moment, Maurice était présent seulement dans des domaines qui concernaient le pays. Aujourd?hui, Maurice a un rôle à jouer sur la scène internationale. Donc sa voix doit être entendue. Nous sommes arrivés à un stade où sa voix est écoutée. Auparavant, notre diplomatie reposait sur le lobby pour le sucre et la zone franche. Il faut changer cela.
Mais Maurice privilégie toujours la diplomatie économique?
Il est vrai qu?avec les négociations de l?Organisation mondiale du commerce et les menaces qui pèsent sur les régimes commerciaux, plus d?importance est accordée à la diplomatie économique. Toutefois, il ne faut pas faire l?erreur de penser que la diplomatie n?est qu?économique. Elle comporte d?autres volets.
Quels sont-ils ?
Il y a d?autres éléments comme la sécurité, la gouvernance, l?image du pays et les problèmes en Afrique. C?est pour cette raison que le Memorandum of understanding entre l?Inde et Maurice prévoit de créer un mécanisme de consultation régulière sur tout ce qui touche à la diplomatie. Nous avons fait la même chose avec la Chine.
Pourquoi cette politique ?
Maurice est un petit pays. Seul, il est impossible à notre pays de défendre ses positions. C?est une bonne chose si des pays amis comme la Chine, l?Inde, la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis peuvent nous aider dans plusieurs forums. Mais politiquement nous nous situons en Afrique.
Le soutien de ces pays n?est pas désintéressé. Maurice vient de signer un accord avec les États-Unis pour assurer que des Américains accusés de crimes de guerre ne soient pas référés à la Cour pénale internationale (CPI)...
Je dois expliquer ce que nous avons fait. Nous sommes signataires du traité instituant la CPI. Nous l?avons ratifié et nous en sommes membres. Les États-Unis ne le sont pas. Or, l?article 98 de ce traité permet la signature d?accords bilatéraux pour ne pas référer des personnes accusées de crimes de guerre à la CPI. Maurice est le seul pays qui a accompagné l?accord bilatéral avec les États-Unis d?une déclaration empêchant l?impunité.
Vous avez annoncé une restructuration de votre ministère. Quels en sont les grands axes ?
J?ai demandé au Management Audit Bureau (MAB) de faire une étude sur l?organisation du ministère. Un tel exercice n?a jamais été effectué depuis l?indépendance. J?attends le rapport du MAB, mais je pense que nous devons encourager nos cadres à devenir des spécialistes dans certains domaines. Il ne faut pas oublier que mon ministère est censé conseiller les autres départements sur des questions particulières. Nous ne pouvons continuer à agir comme un relais postal qui ne fait que transmettre des correspondances aux autres ministères.
Que répondez-vous si l?on dit que ce discours devient caduc quand des nominés politiques accèdent aux fonctions d?ambassadeurs ?
Notre système permet des nominations politiques. Souvent, des personnalités politiques accomplissent un excellent travail, alors que certains diplomates de carrière ne font pas preuve d?efficacité.
Publicité
Publicité
Les plus récents