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Changement climatique et développement sauvage : Liaison Dangereuse
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Changement climatique et développement sauvage : Liaison Dangereuse
D’un côté,une pluviométrie en baisse mais plus intense. De l’autre,une physiographie qui n’arrive plus à absorber l’eau. Recette catastrophique.
Le constat est sans appel : les inondations sont en voie de devenir un phénomène quasi chronique à Maurice. Il suffit en effet d’un ou deux jours de grosses pluies pour que des pans entiers du pays soient submergés, avec tout ce que cela comporte en termes de drames humains, de dégâts aux infrastructures et de manque à gagner pour l’économie. Le plus ironique c’est que ces averses copieuses sont souvent précédées de sécheresses, qui deviennent, elles aussi, chroniques. Ces deux phénomènes sont bien sûr liés et ont, dans une grande mesure, pour origine, le changement climatique.
Notre vulnérabilité intrinsèque aux aléas du climat, devant lesquels nous sommes plus ou moins impuissants, est toutefois exacerbée par des choix pris à tous les niveaux, que ce soit par les décideurs, les acteurs économiques ou la population. Il nous faudra toutefois nous résigner à nous adapter à cette nouvelle donne si nous souhaitons minimiser les impacts, ce que d’aucuns décrivent comme «les caprices» du climat.
«C’était prévisible et d’ailleurs le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) l’a prévu : globalement, la pluviométrie va baisser dans la région, mais l’intensité des averses, ce qu’on appelle les ‘episodes of heavy rain’, va augmenter. On va voir de plus en plus d’extrêmes», prévient l’ancien directeur de la station météorologique de Vacoas, Suresh Boodhoo. Le hic c’est que la prise en compte de ces nouveaux paramètres ne figurent pas, mais là pas du tout, dans les plans des promoteurs et autorités. En fait, c’est l’inverse qui est vrai : «on construit partout, on bouche partout la terre n’arrive pas à absorber toute l’eau, d’autant qu’il y a plus et non pas moins de ruissellement de surface.» Par cela, comprenez que même sans le grain de sable énorme du changement climatique, le modèle de développement actuel rendrait le pays plus vulnérable aux phénomènes météos en tout genre.
Mais ce n’est pas seulement le bétonnage galopant qui est fautif. Il faut aussi conjuguer avec l’épierrage et l’aplatissage des champs de canne, des activités qui, selon l’urbaniste Vasant Jogoo, «changent la physiographie de la terre». En effet, au fil du temps, ces champs ont développé des systèmes naturels de drainage, en la forme de canaux et de ruisseaux, qui sont oblitérés par la machinerie lourde. Plus intéressant encore, ces cours d’eau parfois à peine visibles alimentent des tributaires qui nourrissent, à leur tour, des rivières. Vous l’avez compris, tout est lié. Vasant Jogoo utilise l’analogie d’un arbre pour décrire ce réseau : les canaux sont les brindilles, les tributaires les branches et les rivières les troncs. «Il faut respecter tout ce qui est drainage naturel. Les autorités savent qu’il y a un problème mais elles préfèrent blâmer les promoteurs de morcellements à qui, soit dit en passant, elles ont accordé des permis d’Environment Impact Assessment (EIA)», dit-il.
Et, c’est là qu’entre en jeu un tout autre trouble-fête, institutionnel cette fois : les lacunes du système d’EIA. «Les opérateurs savent pertinemment que les autorités ne vont pas venir vérifier le produit fini. Cela leur permet de soumettre des plans qui ressemblent très peu au projet final », se lamente Vasant Jogoo.
C’est là que le bât blesse. Les rapports EIA doivent tous contenir un Environment Management Plan (EMP), illustrant avec force détails, comment le projet compte minimiser son impact sur son environnement naturel. «Lestravaux ne peuvent débuter qu’une fois que l’EMP est avalisé », rappelle notre interlocuteur. Mais faute de suivi, ce volet, pourtant capital au processus EIA, est souvent traité comme un simple exercice académique plutôt qu’un véritable plan d’atténuation d’effets.
Cela a pour résultat d’encourager ce que Suresh Boodhoo qualifie de «développement sauvage». Mais les autorités ont-elles aussi pêché par leur incapacité à s’adapter à un nouveau contexte ? Pour les dimensions d’un pont, par exemple, la Water Resources Unit (WRU) est légalement tenu de baser ses calculs sur les plus grosses inondations des 50 dernières années.
Or, le changement climatique est venu chambouler la donne. «Tout est en train de changer et notamment l’intensité des événements météos. Pour cela, il faut revoir les plans pour les ponts», estime-t-il. Ce problème a été aggravé par la pratique qui consiste à ériger des structures sur les réserves de rivière. «Il y a beaucoup de constructions sur les berges des rivières. Il faut impérativement protéger cellesci », réclame l’ancien directeur de la station météo. Et de proposer un scénario catastrophe : «Imaginez qu’un tsunami ou un cyclone frappe le pays pendant des inondations.»
Le climat change, c’est une évidence. A nous de savoir nous y adapter, mais le défi est de taille. Car jusqu’à maintenant, nous avons plutôt montré une propension à penser que nous agissons en isolement, que nous pouvons contrôler ce qui nous entoure. Rien n’est plus faux. On l’apprendra sûrement à nos dépens un jour.
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