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Le pandit Sahadeo, ce défenseur des ouvriers

26 octobre 2003, 20:00

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De nombreuses associations, tant culturelles que politiques, comme plusieurs journaux n?auront pas manqué de rendre un vibrant hommage, durant le week-end écoulé, au Pandit Sahadeo, à l?occasion du 25e anniversaire de son décès. Ceux qui ne l?auront pas fait devront justifier leur oubli en cas d?enquête diligentée par leurs membres et lecteurs. Cette chronique historique hebdomadaire ne pouvait passer sous silence un anniversaire si mémorable même si ceux qui avaient au moins 20 ans quand Sahadeo aidait le Dr Maurice Curé à fonder le Parti Travailliste, le 23 février 1936, au Champ de Mars, ont aujourd?hui plus de 87 ans.

Ils furent toutefois moins nombreux que les personnes présentes au meeting fondateur du PTr, ceux qui accompagnèrent, le mardi 24 octobre 1978, la dépouille du Pandit Sahadeo au cimetière de Phoenix où eut lieu la cérémonie de crémation. À peine trois cents, précise l?express du lendemain. Mais plusieurs ministres faisaient partie de l?assistance : Sir Veerasamy Ringadoo, Sir Satcam Boolell, Simadreee Virahsawmy, Iswardeo Seetaram (venu aussi en quasi voisin du défunt puisque le ministre de la Pêche de l?époque compte pas mal d?intérêts à Henrietta, localité guère éloignée du Gandhi Ashram de Glen Park, la dernière demeure du défunt). Le PTr est, entre autres, représenté par son président, le Dr James Burty David.

Le Pandit Sahadeo, né en 1899, avait 80 ans au moment de son décès et non 82 comme l?indique la presse travailliste de l?époque. Le Peuple, journal militant de la rue de la Poudrière et que dirigent Jean Claude de l?Estrac, Prakash Neerohoo et Finlay Salesse, n?accorde qu?un entrefilet au Pandit Sahadeo, en précisant qu?au moment de sa fondation, ?le PTr défendait les intérêts de la classe ouvrière contre le pouvoir colonial et l?oligarchie sucrière.? Advance, journal fondé entre autres par Sir Seewoosagur Ramgoolam et dirigé à l?époque par Geerjapersad Ramloll, précise que Sahadeo ne jouissait pas d?une bonne santé mais que rien ne laissait prévoir une fin aussi proche.

Sir Seewoosagur Ramgoolam n?est pas à Maurice quand Sahadeo décède. Il rentre le mercredi 25 octobre et tient à lui rendre hommage dès sa descente d?avion à l?aéroport de Plaisance.

Le journal boolelliste, The Nation, que dirigent alors Jugdish Joypaul et Subhash Gobin, ne fait pas mention du décès du Pandit Sahadeo tout comme Le Cernéen de Jean Pierre Lenoir et le Week-End du tandem Jacques Rivet/Gérard Cateaux. The Nation se rattrapera toutefois dans sa livraison du jeudi 26 octobre. Du coup Sahadeo devient ?le (sic) fondateur du PTr, une figure de légende dès son vivant et le dernier des grands tribuns du parti.? The Nation attribue au défunt ?l?implantation du mouvement ouvrier? à Maurice et la réclamation, dès 1938, du suffrage universel. Celle-ci se matérialisera vingt ans plus tard. Ce journal rappelle que le 2 octobre 1976, il rendit un vibrant hommage à Sir Seewoosagur Ramgoolam lors d?une réception à Vacoas, hommage qui fut exploité dans le cadre de la campagne électorale travailliste, avant les élections du 21 décembre 1976.

?Répression des tribunaux?

Le Pandit Sahadeo n?a pourtant pas été tendre pour le PTr quand il déclare en 1976, soit huit ans après le 12 mars 1968 : ?Il nous faut maintenant conquérir notre véritable indépendance? Il nous faut être extrêmement vigilant. Autrement nous ne saurons pas quelle direction prendre.? Une subtilité qui semble avoir échappé au journal boolelliste. Cela est d?autant plus curieux qu?un vent de contestation, entretenu entre autres par Harish Boodhoo, souffle sur le parti et ébranle ses assises.

La mort du Pandit Sahadeo marque la fin du premier chapitre de l?histoire du PTr, estime The Nation. Le journal rappelle qu?il a été précédé dans la mort par Maurice Curé, Guy Rozemont, Renganaden Seeneevassen, Guy Forget, mais omet curieusement de mentionner ici Edgar Millien et Emmanuel Anquetil. Voilà qui peinera Stéphanie. Il associe à ce décès, ceux de Sookdeo Bissoondoyal (18 août 1977) et de Razack Mohamed (9 mai 1978 ? voir l?express du 4 mai 2003).

Advance, plus mesuré et plus objectif, associe Maurice Curé, Barthélemy Ohsan, Emmanuel Anquetil et le Dr Jeetoo au Pandit Sahadeo dans la fondation du PTr. Il rappelle que le défunt ?se dévoua corps et âme à la cause des travailleurs et était un de leurs farouches défenseurs, ce qui lui valut d?être arrêté et emprisonné.? Il n?a jamais dévié de sa conduite. Malgré les promesses mirobolantes qu?on lui fit pour qu?il épouse une autre cause, il refusa de tremper dans la moindre combine et demeura jusqu?à sa mort fidèle à son idéologie.

Le journal de la rue Dumat (emplacement occupé aujourd?hui par Courts) rappelle une des dernières prises de position de Sahadeo en faveur de Sir Seewoosagur Ramgoolam et qui paraît dans ce journal, le 20 novembre 1976 : ?Sir Seewoosagur ne s?est épargné aucune peine, aucune humiliation pour veiller à la sauvegarde des intérêts du pays.? L?île Maurice ne doit jamais oublier cela.

Sur le plan social, Advance rappelle que Sahadeo a été, à Maurice un pionnier du mouvement Khadi. Il s?agit du mouvement lancé par le Mahatma Gandhi en 1924, invitant chaque adhérent à filer et à tisser le coton du pays afin de boycotter les produits textiles anglais, en utilisant pour cela un rouet très simple, le charkha. D?où le nom donné aux vêtements en coton faits à la main et que portent, aujourd?hui encore, certains disciples de Mohandas Karamchand Gandhi. Le nom de Khadi fut étendu par la suite à la plupart des objets artisanaux indiens et aux boutiques qui les distribuent en Inde.

Le Pandit Sahadeo prit l?initiative d?une rencontre avec le premier président de la République indienne, le Dr Rajendra Parsad, et obtint de lui une aide financière pour propager l?idéologie gandhienne à Maurice. Il fonda alors, à Vacoas, le Gandhi Ashram et le Spinning and Weaving Centre.

Le Mauricien du 25 octobre 1978 publie l?hommage suivant du Dr James Burty David. ?L??uvre commencée par le Pandit Sahadeo n?aura pas été vaine. Elle a été la motivation première pour éveiller les c?urs et les consciences à la réalité de la justice, de la liberté et de la lutte ouvrière. Elle a déclenché un phénomène à nul autre semblable dans une île Maurice encore prisonnière du régime colonial. Elle a provoqué le ralliement des fils du sol autour du message de l?affranchissement. Il est mort comme il a vécu, c?est-à-dire humblement aux côtés du peuple. Il est mort, avec la sévérité du guerrier qui a contribué aux plus grandes victoires. Il meurt avec le sentiment du devoir accompli. Il nous laisse un exemple de persévérance et de fidélité. L??uvre qu?il a commencée ne connaîtra point de fin? La classe ouvrière prend le deuil de ce tribun qui se repose désormais après une vie de lutte. Le PTr salue en lui un défenseur des faibles et un ami des travailleurs.?

Dans le livre, précieux entre tous, que Rivaltz Quenette consacre à Emmanuel Anquetil, l?ancien secrétaire du parlement mauricien fait, à plusieurs reprises, allusion à la participation du Pandit Sahadeo à la lutte syndicaliste et travailliste. On y découvre ainsi qu?au lendemain de la défaite du Dr Maurice Curé aux élections législatives de janvier 1936 (124 voix de moins que Pierre Hugnin, soutenu, entre autres, par Selmour Ahnee), le fondateur du PTr et ses fidèles compagnons, le Pandit Sahadeo et Emmanuel Anquetil, durent ?affronter, au nom du Travail, la répression des tribunaux?.

Plus loin Rivaltz Quenette raconte, non sans une vive émotion, comment Hurryparsad Ramnarain dut intervenir à plusieurs reprises pour convaincre Emmanuel Anquetil de participer à la lutte travailliste à Maurice. Alors qu?il prêchait le travaillisme dans le Nord, il fit la connaissance du bouilleur Laurent Coquet de l?établissement sucrier de Labourdonnais. Ce dernier lui révéla la présence chez lui de son beau-père et de son neveu par alliance, John, deux exilés de Port Talbot. Les Anquetil n?entrevoyaient aucune possibilité d?intégration à la vie mauricienne et leur esprit était encore tourné vers l?épouse et la mère laissée à Gwrnavon. C?est un meeting travailliste à La Louise, particulièrement réussi et animé par Maurice Curé et Sahadeo, qui parvint à convaincre Caromi Anquetil que les Mauriciens étaient aussi déterminés que ses compagnons de lutte de Port Talbot pour participer au mouvement fabianiste. Le rôle de Sahadeo consistait principalement à traduire, à l?intention de ceux qui ne comprenaient pas bien l?anglais et le français, les propos de Maurice Curé et par la suite ceux de Caromi Anquetil. La commission Hooper, chargée de statuer sur les incidents de 1937, devait authentifier la part de Sahadeo dans le combat ouvriériste du tandem Curé/Anquetil.

Eventuel état d?urgence

La répression fut alors plus sévère mais cela n?entama guère le dynamisme et l?énergie déployés lors des réunions privées. La situation était si grave que Bede Clifford s?enquit auprès de Londres des mesures préalables à prendre avant de décréter un éventuel état d?urgence. Curé comprit qu?un peu de modération s?imposait mais il butait sur la fougue d?Anquetil. Le 7 septembre 1938, à une heure du matin, la police arrêta ce dernier ainsi que et son fils et les conduisit d?abord aux casernes centrales avant de les déporter à Rodrigues. Maurice Curé et le Pandit Sahadeo furent assignés à la résidence surveillée. Sahadeo et Basdeo Bissoondoyal devaient alerter le Parti du Congrès en Inde de la répression qui prévalait à Maurice. Semblables démarches furent entreprises auprès du Labour britannique.

On retrouve Sahadeo lors d?un meeting tenu au théâtre de Port-Louis, le 24 septembre 1944, afin de soutenir une revendication d?amendements constitutionnels. Mais son compagnon de lutte est cette fois-ci le Dr Edgar Millien. Sahadeo est aussi très actif au sein de la Mauritius Agricultural Labourers Union qu?il dirige alors. C?est à ce titre qu?il participe au meeting du Travail, le 6 mai 1945, au Plaza. Pour la première fois, à cette occasion, une femme prend la parole et harangue l?assistance. Emmanuel Anquetil et le conseiller gouvernemental Kenneth Baker s?emploient alors à mieux fédérer le syndicalisme mauricien et à empêcher les luttes fratricides et autres querelles intestines. Participent à ce mouvement d?unification Sookdeo Balgobin, Partab Algoo et Pandi Sahadeo. Les dissensions entre Ramnarain et Anquetil fragilisaient beaucoup le mouvement syndical encore à ses balbutiements.

Rivaltz Quenette place une dernière fois Sahadeo, fidèle parmi les fidèles, aux côtés d?Anquetil et de Guy Rozemont quand son syndicat, la Mauritius Agricultural Workers Union, se désolidarise, le 14 avril 1946, du PTr pour se rapprocher de la lutte bissoondoyaliste, à travers l?influence de Sookdeo Balgobin.

Il est regrettable de constater, en ce 23 octobre 2003 à la gare routière de Vacoas, qu?aucune main pieuse n?ait déposé une gerbe au pied de la statue de Dajee (Dazzee) Rama, plus connu comme le Pandit Sahadeo. On tâchera de faire mieux en 2028.


?L??uvre commencée par le Pandit Sahadeo n?aura pas été vaine. Elle a été la motivation première pour éveiller les c?urs et les consciences à la réalité de la justice, de la liberté et de la lutte ouvrière. Elle a déclenché un phénomène à nul autre semblable dans une île Maurice encore prisonnière du régime colonial.?

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