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Autoportrait, cet autre miroir

30 mars 2008, 20:00

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Se faire à la fois objet et sujet de composition picturale est une expérience aussi aventureuse qu?enrichissante. Car en peinture, l?autoportrait, un genre qui remonte à la Renaissance, à travers lequel l?artiste se prend pour objet d?art, est un double défi : c?est la représentation sur toile de soi-même selon son propre regard. Autrement dit, l?autoréférence picturale du peintre-sujet relève aussi bien d?un savoir-faire artistique qui exige un certain doigté que d?un puissant regard créateur sur soi. Les étudiants du département des Arts Plastiques du Mauritius Institute of Education (MIE) ont tenté l?expérience avec succès et offrent au public le résultat de leurs travaux.

Du 1er au 5 avril, le département organise une exposition de peinture sur la thématique de l?autoportrait. Sous la direction du peintre et enseignant Khalid Nazroo, 11 enseignants stagiaires de Bachelor in Education (B.Ed.) ont réalisé une trentaine de tableaux qui seront exposés au public à la galerie de l?institut pédagogique. Ils se nomment Ackbarally, Basantrai, Bissoondoyal, Dhorah, Eole, Hossany, Jhungut, Purdassy, Ramen, Sébastien et Tuplah. A l?aide des techniques variées, tous ces étudiants ont fait preuve d?un talent qui mérite qu?on s?y attarde le temps d?une visite artistiquement culturelle.

Alchimie du moi

La singularité de cette expérience collective se résume dans l?exploitation de la peinture en tant qu?une alchimie du moi où ce moi réalisé est la grande ?uvre du même moi. L?interférence, on l?aura comprise, est de soi à soi en passant par les lignes et les couleurs. Et c?est dans cet infini renvoi, du moi à l??uvre et de l??uvre au moi, que réside la résistance même de l?image. Eclatement, transmutation et cristallisation de soi par soi sont au rendez-vous. Tantôt le «je» est un autre, tantôt il est au pluriel. Mais dans tous les cas, son édification se donne dans l?angoisse du double puisque l?inscription de soi en traits et en couleurs incarne souvent le désir d?être autre que ce que l?on est. La réalisation de soi se fait donc sur deux niveaux. L?être que l?on est à la fois celui qu?on a à être.

Ainsi, tandis que certains tentent une réalisation de soi sur un fond de fidélité à leur propre image, d?autres se métamorphosent. Grâce à leur imagination féconde, ils s?essayent, à travers des traits empruntés, à la transformation de leur image. Là où il s?agit d?une quête de vérité, le portrait intime s?offre à soi tel un livre ouvert : c?est la rupture du silence. Là où il s?agit d?une quête de sens, le moi obéit au commandement de Delphes et se fait objet de connaissance. Chaque coup de pinceau se donne alors comme la volonté même d?une réalisation de soi et celle d?une connaissance de soi. Et chaque trait qui se dessine est la fixation sur toile d?un regard sur soi ? d?un regard arraché du fin fond de l?intimité.

A travers le rêve, la souffrance, le fantasme et le désespoir, par-delà l?identification, la récupération et la dénaturation de soi, chaque artiste a su avec dextérité dépasser le culte du moi avant de se fixer sur toile. Mieux : ils se sont projetés de l?autre côté de leur toile, là où le signe d?une apparente coïncidence avec soi manifeste cette unité tant recherchée. Nostalgique, romantique, narcissique, mythique ou cosmique, chaque visage est une révélation. De face ou de profil, renforcé ou effacé, dévoilé ou voilé, chaque visage est un récit. C?est le récit d?une idylle ou d?un deuil ou tout simplement celui d?une vie, gaie ou cauchemardesque.

De la photographie à la peinture, du miroir au portrait, ces artistes qui se mettent en scène incarnent non seulement un rapport intime (peinture intimiste) avec soi mais aussi avec l?autre, avec le monde. Car toute reproduction de soi est par essence le renouvellement d?un contrat, certes avec soi, mais aussi avec le monde. Du coup, le visage de l?artiste échappe à son statut d?individuel pour se conférer une valeur sociale, humaine. L?expérience artistique est donc universelle. En ce sens, chaque visage est un dépassement dans l?espace et le temps. Sans doute, sans le savoir, chaque artiste, en reproduisant une part de soi, n?a fait que reproduire le monde enfoui en soi. Son regard est tantôt affrontement au monde tantôt perpétuelle fuite devant le réel. Quoi qu?il en soit, c?est avec un regard à la fois poétique et philosophique que nous devons croiser les leurs qui s?exposent en couleurs. Au-delà de leur autoportrait, c?est sans doute le nôtre que nous finirons par discerner?

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