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Solidarité Rodrigues: pour une meilleure intégration des Rodriguais à Maurice

11 décembre 2016, 10:11

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Solidarité Rodrigues: pour une meilleure intégration des Rodriguais à Maurice

Cherchant un eldorado, de nombreux Rodriguais finissent par se retrouver dans des situations difficiles à Maurice. L’ONG Solidarité Rodrigues en est consciente et oeuvre depuis quatre ans pour leur venir en aide.

Rodrigues demeure encore, à certains égards, le parent pauvre de la République. Les Rodriguais migrant ici subissent toujours discrimination et stigmatisation. Solidarité Rodrigues, instituée pour changer cela, fait son bilan.

Bien qu’il n’y ait pas eu de recensement officiel pour connaître le nombre exact de Rodriguais vivant à Maurice, Jean Margéot Ravina, secrétaire de l’organisation non gouvernementale Solidarité Rodrigues, instituée voilà quatre ans, les estime à plus de 30 000.

À l’écouter, ils seraient en grande concentration à la périphérie de Port-Louis – Pailles, Baie-du-Tombeau, Roche-Bois, cité La Cure, La-Tour-Koenig, mais aussi à cité Chebel, à Beau-Bassin, Baie-du -Cap, Grand-Gaube et Bambous.

Solidarité Rodrigues, présidéé par Fock Seng Ho Tunam, a été fondée, explique-t-il, pour oeuvrer «à l’intégration réussie des migrants rodriguais à Maurice». Na-t-elle pas réussie en partie ? «Non, pas suffisamment. Nous existons parce qu’il y a encore beaucoup d’étiquettes collées à tort au dos des Rodriguais. Kouma éna cas ladrog, viol, bann Morisien nek dir bann Rodrigé kinn fer sa.» Il ajoute, par exemple, que lorsqu’un Rodriguais vivant à Maurice tente de trouver un emploi des plus simples, dès qu’il dit qu’il vit à camp Bangladesh, les portes se ferment à sa barbe.

Il évoque aussi le cas d’une Rodriguaise de 21 ans, admise à l’université de Maurice, raillée par ses camarades de cours en raison de sa façon de parler, différente de celle des Mauriciens. «Rodrigué ek Morisien zot manier kozé diféran. Morisien dir dilo, Rodrigé dir delo, Morisien dir kas, Rodrigué dir larzan. Rodrigué éna enn manier tréné kan kozé. Zot inn riy sa tifi-la dan so figir. Linn blesé ek linn ploré. Zordi li fristré ek li népli anvi al so kour», dit ce formateur qui vit à Maurice depuis 14 ans et qui a également fait les frais de sa prononciation particulière. «Dimounn pas remark. Mo bann zélev mem dir :‘Misié fodé pa ou dir al andan’. Moi, je suis aguerri à ces remarques.»

Les Rodriguais qui s’installent à Maurice vivent de façon personnelle. ‘zot kouma bef dan disab, sakenn get so lizié’.

Jean Margéot Ravina reconnaît que l’Église catholique et les institutions d’État ont tenté de venir en aide aux Rodriguais établis ici, mais le succès des démarches n’a pas toujours été au rendez-vous. Depuis quatre ans, Solidarité Rodrigues s’efforce d’accompagner les Rodriguais qui ont des difficultés d’adaptation. Un accompagnement qui a pris la forme de visites aux Rodriguais malades qui viennent se faire soigner dans les hôpitaux mauriciens. «Nous leur rendons visite à l’hôpital et s’il faut les mettre en lien avec des parents, nous le faisons. S’il faut faire laver leurs vêtements, nous nous en occupons aussi. Ils sont une cinquantaine environ à venir se faire annuellement soigner à Maurice».

Solidarité Rodrigues qui a un bureau au Misereor, au Champ-de-Mars, anime aussi des formations en communication, en gestion de l’épargne, dispensant aussi des informations pratiques sur comment ouvrir un compte de Plan épargne-logement, comment se présenter à un emploi, comment garder l’emploi en question. «Nous les informons des services existants et comment ils peuvent les utiliser. Nou réalizé bizin empower nou bann mamb.»

Grâce au financement de particuliers qui sont bien souvent des Mauriciens ayant vécu pendant un temps à Rodrigues, l’organisation a pu réunir cette année la somme de Rs 45 000 et faire réparer la maison d’une Rodriguaise qui coulait comme une passoire, rendant ses conditions de vie déplorables. Solidarité Rodrigues reçoit-elle un financement du gouvernement régional ? En deux occasions annuelles uniquement, réplique le secrétaire. D’abord pour la Fête de la culture rodriguaise, qui se déroule en juillet-août. Puis en octobre, lors de la fête de l’Autonomie. Le chef commissaire de Rodrigues se déplace en personne pour l’occasion.

Le week-end dernier, l’organisation a fait son bilan «pou gété kouma nounn rési ziska prézan». Elle avait pour invités Jimmy Harmon du Service diocésain de l’Éducation catholique et le prêtre Lélio Prudence. «Notre bilan est plutôt positif car nous avons touché jusqu’ici 5 000 Rodriguais au moins par an. Bann Rodriguais pé zwenn é pé gagn per dir zot Rodrigé.» Autre point positif est la baisse du billet d’avion pour laquelle ils avaient milité. Solidarité Rodrigues a également soumis au gouvernement ses propositions par rapport au projet de Maison de Rodrigues qui figure dans le manifeste électoral de l’alliance Lepep. «Nous avons insisté qu’il nous faut un centre où les Rodriguais peuvent se retrouver, être mieux encadrés, formés et où leur culture est mise en avant. Inn ariv ler kot nou bizin éna enn striktir pou nou. Inn ariv ler ki bann Rodrigé gagn zot par dan gato nasional.»

Il se dit confiant car le gouvernement reconnaît l’organisation et que la ministre des Genres, Aurore Perraud, ne rate aucune de ses activités. Il y a autre chose que l’organisation veut raviver dans l’âme des Rodriguais installés à Maurice, c’est la solidarité communautaire. «Les Rodriguais qui s’installent à Maurice vivent de façon personnelle. Zot kouma bef dan disab, sakenn get so lizié. Alor ki Rodrig, enn Rodrigé éna enn problem, tou dimounn, mem seki pa konn li, vinn ed li. Éna enn élan de solidarité inkwrayab ki zot perdi ler zot vinn isi. Ce que nous voulons, c’est leur redonner cet esprit communautaire qui a une grande valeur. Nou lé dir zot fodé pa zot per. Nou pé ankouraz zot pa bril zot rasinn ek pa perdi zot lidantité…»

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