Publicité

Journée mondiale de la radio

Zoom sur un média de proximité

15 février 2026, 13:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Zoom sur un média de proximité

Le vendredi 13 février, la Journée mondiale de la radio a été célébrée à travers le monde, rappelant l’importance de ce média qui continue d’informer, d’éduquer et de rassembler les populations. À Maurice, cette célébration intervient dans un contexte particulier, marqué par des élections récentes où les radios et autres médias ont joué un rôle déterminant pour informer les citoyens, organiser des débats et accompagner le processus démocratique. Dans ce contexte, nous avons recueilli les réactions de Nawaz Noorbux, CEO adjoint et directeur de l’information du Défi Media Group, et Finlay Salesse, éditorialiste et animateur à Radio One.

? «Informer, éduquer et divertir» : la mission de la radio

Express.mu (620 x 330) (15).jpg

Pour Nawaz Noorbux (photo), la radio reste un acteur central de la société. «En cette Journée mondiale, il est important de rappeler que ce média reste un acteur central de la société, avec pour mission d’informer, d’éduquer et de divertir. Pourtant, la radio fait face à des défis majeurs en 2026, à commencer par la transformation numérique et la concurrence des plateformes audio et de streaming. La migration des auditeurs vers ces formats numériques fragmente l’audience traditionnelle et impacte les revenus publicitaires, notamment ceux absorbés par les podcasts. Pour rester pertinente, la radio doit intégrer ou coexister avec ces nouveaux formats numériques. L’intelligence artificielle constitue un autre enjeu crucial. Elle offre des opportunités d’optimisation, comme l’automatisation des opérations, la production de jingles, les montages rapides ou encore la création de voix-off. À terme, il sera parfois difficile de distinguer si un animateur est humain ou un logiciel.»

«Cependant, le défi le plus important demeure le contenu. Les jeunes auditeurs recherchent des expériences interactives et personnalisées, mettant en lumière l’écart entre la radio linéaire traditionnelle et les formats à la demande. Sans contenus exclusifs, engageants et localement pertinents, la radio risque de perdre davantage d’audience. Aujourd’hui, la radio ne fonctionne plus en isolement. Chez Radio Plus, par exemple, l’activité s’inscrit dans un écosystème où convergent talents, plateformes et technologies, au sein du groupe Defimedia. La radio est également devenue visuelle : les contenus audio sont disponibles en podcasts, qui eux-mêmes produisent des contenus exclusifs. Tous nos journalistes et présentateurs doivent désormais maîtriser les bases du multimédia.»

Express.mu (620 x 330) (16).jpg

De son côté, Finlay Salesse (photo) insiste sur la nécessité d’attirer les jeunes dans la profession et de préserver l’éthique journalistique. «Le message en marge de cette journée, relève plus d’un souhait : que plus de jeunes rejoignent notre profession surtout pour profiter que ce media a à offrir en termes de possibilités technologiques pour l’exercer. C’est-à-dire, accès facile à la recherche d’éléments pour mettre une nouvelle en perspective et surtout les moyens de la diffuser presque en temps réel. Que souhaiter de plus quand de telles conditions sont réunies. Malgré le gouffre générationnel qui me sépare de la jeune génération de journalistes, je me réjouis de ces moyens modernes ; mais j’ai du mal à digérer que ChatGpt puisse rédiger un texte ou un article d’opinion qu’un journaliste signerait sans vergogne. Ce qui relève presque de l’escroquerie. Je suis encore très “papier’’ pour des articles de haut niveau a plus-value littéraire. Mon autre souhait serait que, dans ce magma information en délire qu’alimente n’importe quel crétin sur les réseaux sociaux, le journaliste sache garder la raison et ne pas céder à la facilité de reprendre des nouvelles sans vérification aucune.»

«Un des grands défis justement auquel nous sommes confrontés, c’est un déluge d’informations à un rythme infernal. Ce qui donne lieu à une course effrénée dans des conditions de concurrence implacable. Avec tous les risques que cela suppose. Le défi est technologique certes, mais aussi la tentation de certains de concentrer et de s’approprier le pouvoir médiatique. Un autre défi plus grave est celui de préserver l’information a priori, mais de veiller à ce qu’elle ne soit pas pervertie par des pseudo-journalistes autoproclamés sur l’université de Facebook. Ceux-là sont capables de tout : deep fake et surtout battre tous les records de vulgarité dans l’expression. Un ensauvagement du langage susceptible de brouiller les esprits pour faire accroire que c’est la norme. Avec pour résultat, un nivellement par le bas. Une radio devrait pouvoir améliorer son taux d’audience sans pour autant plonger dans les bas-fonds. C’est cette dérive qu’il faudrait prévenir et mettre en garde les auditeurs – intervenants dans les talk-shows que la liberté d’expression n’est pas une licence pour diffamer et insulter. Et qu’il y a des règles à respecter.»

La liberté des médias en jeu

Sur la question de la hausse des frais annuels de licence d’opération des radios privées, les deux abordent deux approches différentes. Nawaz Noorbux rappelle que le gouvernement avait pris l’engagement de revoir cette décision. «Adoptée en 2021 dans le cadre des amendements à l’IBA Act, cette mesure avait doublé le coût des licences et supprimé le Complaints Committee indépendant, laissant le Board, composé de nominés politiques, décider des sanctions contre les radios. Cela prive les radios de la possibilité de présenter leur défense de manière équitable. Notre avocat, contrairement à ce qui était le cas sous le Complaints Committee, ne peut contreinterroger la personne qui a porté plainte.»

«L’actuel Premier ministre avait promis, lors d’une émission conjointe Radio Plus/Top FM en 2021, d’abroger ces amendements qualifiés de liberticides. Pourtant, à ce jour, aucune action concrète n’a été entreprise. Cette hausse des frais s’inscrit dans une stratégie qui menace la liberté et la viabilité financière des radios privées, dans un contexte économique déjà fragile. Nous appelons donc le gouvernement à honorer ses engagements : rétablir le Complaints Committee et revoir à la baisse les frais annuels de licence d’opération. Il est également temps d’accorder des licences pour la télévision privée, comme dans de nombreux pays de la région, où des nations moins développées que Maurice disposent de plusieurs chaînes de télévision privées, alors que notre démocratie moderne n’en compte aucune.»

Pour sa part, Finlay Salesse précise qu’il faudrait contextualiser. «C’était une mesure (parmi tant d’autres) faisant partie de tout un arsenal pour intimider et terroriser les radios. Doubler ainsi les frais d’opération et de tous les ans n’était pas une mesure démocratique et encore logiquement économique. Elle avait été introduite comme un moyen de chantage. Une mesure liberticide pour rogner autant que possible le tissu démocratique. Comme à l’Assemblée nationale d’ailleurs. Avec en corollaire, les dérives policières. Je ne crois pas que le gouvernement soit sur cette pente autocratique. Ce gouvernement souffre d’un autre syndrome : celui de ne pas être capable de prendre des décisions rapidement tellement il est gangréné par la méfiance. Il a fallu une année pour reconstituer le Media Trust. C’est dire. Espérons que ces lois liberticides seront revues et corrigées pour que des apprentis sorciers ne soient plus tentés d’y avoir recours. Et j’espère que ce n’est pas un vœu pieux.»

Entre transformation numérique, intelligence artificielle, enjeux économiques et défis éthiques, la radio en 2026 doit évoluer pour rester proche des auditeurs. Néanmoins, elle demeure un pilier de la démocratie mauricienne.

Publicité