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Vie chère et revenus insuffisants : le stress permanent

15 avril 2026, 11:00

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Vie chère et revenus insuffisants : le stress permanent

Dans les rayons, les consommateurs renoncent à l’inutile… et parfois à l’essentiel.

Il y a les chiffres. Et puis il y a la vie. Les chiffres indiquent qu’en mars, l’inflation a légèrement augmenté. L’indice des prix à la consommation est passé de 109,5 à 109,6, soit une hausse de 0,1 %. Une variation minime, presque imperceptible dans les statistiques. Mais dans les cuisines, aux caisses des supermarchés, dans les bus du matin ou face aux factures empilées, personne ne raisonne en pourcentages. On parle de riz plus cher, d’huile qui augmente, de légumes qu’on repose sur l’étal. On parle de fins de mois qui commencent trop tôt.

Sur un an, l’inflation atteint 2,7 %. Un chiffre contenu en apparence, mais qui contraste avec le ressenti. Certains produits ont fortement augmenté sur plusieurs années, accentuant l’écart entre les statistiques et la réalité vécue, surtout pour les ménages modestes.

Pourtant, la trajectoire récente montre un ralentissement. En mars 2024, le taux annuel s’établissait à 4,9 % contre 9,1 % en mars 2023. L’inflation moyenne sur douze mois était passée de 11,1 % à 5,8 %, confirmant une tendance à la décélération. Les indicateurs d’inflation sous-jacente suivaient la même dynamique. Le CORE1 glissait de 8,3 % à 1,6 % tandis que le CORE2 reculait de 6,5 % à 3,3 % sur la même période. En moyenne annuelle, ils s’établissaient respectivement à 3,4 % et 4,3 % contre 9,9 % et 7,5 % un an plus tôt.

Ces chiffres traduisent un net ralentissement des prix, aussi bien sur le court terme que sur l’année écoulée. La baisse des produits frais, notamment les légumes, a largement contribué à cette évolution. Un répit relatif avait alors été observé pour les ménages après le choc de 2023, même si certaines catégories continuaient de progresser.

Mais, en 2026, ce recul statistique ne suffit plus à masquer la pression ressentie dans les foyers. «On ne vit pas en pourcentages. On vit avec ce qu’il reste dans le portefeuille», résume Dev, rencontré à la sortie d’un commerce à Beau-Bassin. Dans son sac, moins de produits qu’avant. «Avec Rs 2 000, je remplissais presque un chariot. Aujourd’hui, ça couvre à peine quelques articles.»

Dans ce contexte, en janvier, le salaire minimum national est passé de Rs 17 110 à Rs 17 745, soit une hausse de Rs 635 à travers la compensation salariale. Une bouffée d’air sur le papier, rapidement absorbée par la hausse du coût de la vie. «Avant, je pouvais encore mettre un peu de côté. Aujourd’hui, même ça, c’est fini», confie une caissière de 42 ans, mère de deux enfants. Selon elle, cette augmentation ne compense pas la flambée des prix. «Nous sommes en 2026. Comment un gouvernement peut-il accorder seulement Rs 635 ?»

Elle décrit un quotidien alourdi par les charges. Dans un foyer où deux personnes perçoivent le salaire minimum, les dépenses s’accumulent. «Il faut payer un prêt, le loyer, la scolarité des enfants, les courses, le carburant. À la fin du mois, il ne reste plus rien.» Un sentiment d’injustice domine. «Dans un pays comme Maurice, une telle compensation est insuffisante. On a l’impression qu’on ne mesure pas la réalité de ce que vivent les familles.»

Dans les rayons, les arbitrages sont devenus systématiques. On compare, on remplace, on renonce. La viande devient occasionnelle, certaines marques disparaissent, tout comme les petits plaisirs tels que le chocolat, les glaces, ou encore les yaourts et les briques de jus de fruits.

Les données de mars confirment cette pression persistante dans plusieurs secteurs comme les transports, les biens et services, l’ameublement et les loisirs. Pris isolément, les hausses semblent limitées. Ensemble, elles finissent par peser lourd sur les budgets.

L’inflation sous-jacente atteint 4,2 %. Même en excluant les éléments volatils, la pression ne diminue pas. La hausse du salaire minimum apparaît donc insuffisante face à une dynamique structurelle. Ainsi que pour les employés dont le salaire se situe entre Rs 30 000 et Rs 50 000.

Depuis plusieurs années, les dépenses incompressibles comme le logement, l’alimentation et le transport grignotent les revenus. Quand elles augmentent, les marges disparaissent. Les ajustements se font ailleurs (soins repoussés, sorties supprimées, achats différés). Parfois, l’endettement s’installe. Travailler ne garantit plus un équilibre de vie.

Pourtant, en 2024, pendant la campagne électorale, l’Alliance du Changement promettait un gouvernement à l’écoute, capable de contenir la hausse des prix. Jean-François, boutiquier, exprime sa déception. «Ce gouvernement rend les gens malades», dit-il. Il ajoute avec ironie que le panier ménager promis paraît aujourd’hui hors de portée. Il évoque aussi la nécessité d’une nouvelle forme de compensation salariale, voire d’une révision des mécanismes existants pour les bas revenus.

Mais les contraintes internationales ont rapidement pesé sur les marges de manœuvre. «Mon ticket de caisse a presque doublé pour les mêmes produits», raconte Stéphanie, employée dans le textile. Aujourd’hui, les chiffres montrent un ralentissement de l’inflation à 4,2 % sur douze mois contre 5,0 % auparavant. Une amélioration en apparence, trop lente pour être réellement ressentie. Car pour les ménages, la réalité reste la même : une tension permanente entre revenus et dépenses que les statistiques seules ne parviennent plus à dissiper.

Nouvelle hausse des prix

Dans ce contexte déjà tendu, les récentes décisions du Conseil des ministres du 10 avril risquent d’accentuer la pression, sur fond de tensions persistantes au Moyen-Orient qui alimentent la hausse des prix de l’énergie au niveau mondial. À partir du 1er mai, les tarifs d’électricité augmenteront de 15 %. Si 128 800 consommateurs – notamment les bénéficiaires du registre social et certaines catégories tarifaires (petite entreprise et petite industrie) – seront épargnés, une large partie de la population devra absorber cette hausse.

Parallèlement, le prix du pain augmentera de Rs 1,30/100 g pour les boulangeries. Dans le même temps, une allocation mensuelle de Rs 121 sera accordée aux bénéficiaires inscrits au registre social, afin d’atténuer l’impact de cet ajustement sur les ménages vulnérables. Tandis que le diesel a déjà enregistré une hausse de 10 % depuis le 24 mars.

Au sujet de l’augmentation de 15 % des tarifs d’électricité, Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), soutient que «s’il est vrai que les prix mondiaux de l’énergie sont devenus volatils dans un contexte géopolitique tendu, la tarification de l’électricité ne peut être réduite à un simple mécanisme de répercussion des coûts. Maurice dispose d’un mix énergétique diversifié, incluant le fioul lourd, le charbon, la bagasse et une part croissante d’énergies renouvelables. Le fioul ne représente donc pas 100 % des coûts de production. Une augmentation uniforme de 15 % suggère soit des inefficacités structurelles, soit une dépendance excessive à des approvisionnements coûteux à court terme».

Selon lui, le calendrier de cette augmentation inquiète aussi. Les ménages subissent déjà la hausse des prix des carburants, une augmentation de 50 % du prix du pain (de Rs 2,60 à Rs 3,90/100 g), des pressions inflationnistes estimées entre 3,5 % et 5,7 %. L’effet combiné constitue un choc inflationniste double, où les coûts directs (factures d’électricité) et indirects (prix des biens et services) réduisent fortement le pouvoir d’achat. Pour un ménage moyen avec une facture mensuelle de Rs 2 500, une hausse de 15 % représente environ Rs 375 supplémentaires, un montant significatif dans le contexte actuel. «La question de l’équité se pose également. Bien qu’environ 128 800 consommateurs soient exemptés, une large frange de la population, notamment la classe moyenne inférieure, reste exposée. Ces ménages, souvent non éligibles aux aides sociales, sont pourtant particulièrement vulnérables.»

Une approche plus équilibrée, pour lui, aurait été préférable, incluant une hausse progressive des tarifs, des subventions ciblées sur les niveaux de consommation essentiels, une accélération de la transition vers les énergies renouvelables, et un renforcement du contrôle des inefficacités internes et des pratiques d’approvisionnement. «La hausse des prix du carburant ne justifie ni l’ampleur ni le calendrier de cette augmentation. Les consommateurs ne doivent pas supporter seuls le poids des ajustements en présence de faiblesses structurelles non résolues. Une approche plus transparente, équilibrée et responsable est indispensable pour rétablir la confiance et garantir l’équité».

Les récentes hausses des prix des carburants, de l’électricité et des produits alimentaires de base devraient exercer une pression à la hausse sur l’inflation à Maurice à l’horizon 2027, relève-t-il. Alors que les projections officielles situaient l’inflation autour de 3,5 % à 3,6 %, ces estimations risquent désormais d’être revues à la hausse en raison de l’effet cumulé des récentes décisions tarifaires.

«L’augmentation du prix du diesel, combinée à la hausse de 15 % des tarifs d’électricité et à la hausse de 50 % du prix du pain, crée un puissant effet inflationniste en chaîne. Le coût du carburant influence directement les frais de transport, qui se répercutent ensuite sur la distribution des biens dans toute l’économie. L’augmentation des tarifs d’électricité accroît les coûts de production, de stockage et de distribution, et la hausse du prix du pain impacte directement la composante alimentaire de l’indice des prix à la consommation.»

Le président de l’APEC souligne que «l’inflation à Maurice agit à travers des effets directs et indirects. Les effets directs se traduisent par des factures plus élevées pour les ménages. Les effets indirects sont plus larges : les entreprises, confrontées à des coûts d’exploitation plus élevés, répercutent ces hausses sur les consommateurs, entraînant une augmentation généralisée des prix».

Même sans nouvelles hausses, le calendrier de ces ajustements en 2026 aura un effet report sur l’inflation moyenne de 2027, en raison de la méthodologie de calcul basée sur des moyennes annuelles. Sur la base des tendances actuelles, il estime que l’inflation en 2027 pourrait se situer vers le haut de la fourchette cible de la Banque de Maurice, soit entre 4 % et 4,8 %, sauf en cas de baisse significative des prix mondiaux du pétrole ou de stabilisation du taux de change. Maurice entre dans une phase d’inflation par les coûts, nécessitant une gestion prudente afin de protéger le pouvoir d’achat et éviter une détérioration du bien-être des ménages, avance Suttyhudeo Tengur.

Dans ce contexte de hausse généralisée des prix, Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM), estime que la situation devient de plus en plus préoccupante pour les ménages. Selon lui, plusieurs produits ont déjà connu des augmentations depuis le début de l’année (voir le tableau) avant même le récent contexte de tensions internationales. «Au vu de certains produits qui ont déjà pris l’ascenseur depuis janvier, avant le conflit puis après le conflit, la situation est difficile et continue d’empirer».

Il observe une tendance haussière progressive sur de nombreux articles de consommation, avec des variations de prix allant de quelques roupies à plusieurs dizaines de roupies. «Au niveau de l’ACIM, nous analysons chaque mois un nombre de produits alimentaires. Depuis janvier, certains produits ont augmenté de Rs 5 à Rs 10, d’autres de quelques dizaines de roupies. Généralement, ce sont de petites augmentations, mais elles s’accumulent», explique-t-il. Jayen Chellum estime que ces hausses risquent de s’intensifier dans les mois à venir, en raison de l’augmentation des coûts des intrants et des produits importés dans la chaîne de prix.

Il insiste sur la nécessité d’un meilleur contrôle des prix afin d’éviter des abus sur le marché. «Il y a beaucoup de choses qui prennent l’ascenseur et qui ne sont pas contrôlées. Il faut faire attention aux commerçants malhonnêtes», déplore-t-il. «Nous attendons que, au-delà de cela, avec la hausse du diesel, celle du pain et celle à venir de l’électricité, il y ait des répercussions importantes», soulignant l’effet domino sur les autres produits.

Demande de mesures de soutien

De son côté, Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), estime que les travailleurs font face à une pression de plus en plus lourde. «Les travailleurs traversent des moments difficiles. Déjà, le coût de la vie est élevé avec l’érosion du pouvoir d’achat. Ajouté à cela, le gouvernement augmente le prix de plusieurs articles. 15% d’augmentation de l’électricité, c’est trop. Le diesel a augmenté et l’essence n’est pas à l’abri d’une hausse. Il y a aussi eu le pain», affirme-t-il.

Il plaide pour un encadrement plus strict des prix, estimant que des mécanismes de contrôle auraient pu limiter l’impact sur les consommateurs. «Est-ce que le gouvernement attend que la situation empire pour fixer les prix ? Il faut un contrôle des prix rigoureux, avec les détails sur les importations jusqu’à ce qu’elles entrent sur les étals des points de vente, cela aurait apporté un certain soulagement aux consommateurs.» Selon lui, plusieurs produits devraient bénéficier de subventions ciblées afin de soulager les ménages. «Il faut des subsides pour d’autres articles», ajoute-t-il.

Il reconnaît l’existence de mesures de soutien pour les plus vulnérables, mais estime que la classe moyenne est la plus touchée. «Elle s’appauvrit», dit-il. Haniff Peerun appelle ainsi à la mise en place urgente d’une tripartite entre gouvernement, employeurs et syndicats afin de discuter de solutions communes. Il propose également un paiement intérimaire d’allocation pour les travailleurs du secteur privé, du secteur public et les pensionnés en attendant la prochaine compensation salariale.

Au vu de la situation difficile du pays, il soutient que l’État devrait montrer l’exemple en réduisant les salaires des ministres et députés ainsi que certaines allocations. «Nous, les imposables, pour aller travailler, nous apportions du pain avec ce qui a été préparé pour le dîner la veille», lance-t-il, illustrant la pression quotidienne sur les ménages.

Dans ce contexte de pression sur le coût de la vie, le gouvernement pour sa part envisage des ajustements. La liste des produits éligibles au Price Stabilisation Fund sera élargie afin d’y inclure d’autres produits essentiels dont les prix ont connu une hausse significative. De plus, le ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, en consultation avec le ministère des Finances, examine une révision du seuil de revenus utilisé pour déterminer l’éligibilité des ménages au registre social. De plus, déjà qu’une trentaine d’officiers du ministère du Commerce et de la Protection des consommateurs, sont déployés sur le terrain pour suivre la situation et 25 000 produits sont soumis à un maximum mark-up, et ne peuvent pas être vendus au-delà de ce plafond.

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Produits de consommation courants : Une idée de l’évolution sur trois mois

Les données de l’ACIM montrent que plusieurs produits de consommation ont enregistré des hausses de prix, avec des variations allant de quelques roupies à des augmentations plus significatives selon les articles suivis, sauf pour les produits soumis à un «maximum mark-up» comme pour le lait.

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Les promesses de 2024

Quelques mesures du manifeste électoral, présenté le 29 octobre 2024, par l’Alliance du Changement, concernant les engagements liés à la baisse du coût de la vie

⚫ Création d’un fonds de soutien de Rs 10 milliards pour stabiliser les produits de base essentiels et soulager les familles

⚫ Garantie que la pension vieillesse, la pension pour les invalides et les autres allocations sociales seront progressivement augmentées pour atteindre un minimum de Rs 21 500 durant le mandat

⚫ Baisse du prix de l’essence et du diesel, réorganisation du CEB pour une baisse des prix d’électricité ; Internet gratuit pour chaque famille

⚫ Baisse du prix des médicaments et bons d’achats pour les produits indisponibles dans les centres de santé publique

⚫ Abolition de la Taxe sur les revenus de moins de Rs 1M, sur la «Basic Retirement Pension», la «Basic Invalid’s Pension» et les autres allocations sociales et exemption fiscale pour les contribuables âgés de 18 à 28 ans

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