Publicité

Litige: Le Triangle de Chamarel va-t-il changer de forme ?

8 mai 2016, 05:38

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Litige: Le Triangle de Chamarel va-t-il changer de forme ?

 

Ki arivé ou krwar ? On se fait tout un film. On imagine un lieu difficile d’accès, au bout d’une éprouvante escalade. Après avoir emprunté la route en lacet de Chamarel, c’est à pied que José Rose, le président de l’Association socioculturelle rastafari (ASCR), et Ras Tempest nous guide jusqu’à une maisonnette rouge, jaune et vert, au milieu d’une clairière. Nous sommes au Triangle de Chamarel, une parcelle de terre qui fait l’objet d’un procès. Case Noyale Ltée, entité de la Compagnie sucrière de Bel-Ombre, a entamé des démarches légales en vue de déloger les membres de l’ASCR.

Eux ne l’entendent pas de cette oreille, même en l’absence de titre de propriété. Appuyée par l’avoué Manoj Appadoo, l’ASCR compte mettre en avant deux arguments. L’un étant l’occupation du terrain, et plus largement de Chamarel, par leurs ancêtres qui date de 450 ans. «C’est de l’histoire orale», dira l’avoué. Puis, le fait que ce Triangle abrite un lieu de culte, le Nyabingi Tabernacle.

Chassez les préjugés. Ce saint des saints est à l’image des gens qui l’entretiennent. Très simple : une maisonnette en tôle. Depuis peu, un panneau indique le sentier, à travers le bois, qui mène à la clairière. Un sentier boueux sur quelques mètres, qui passe juste derrière une pompe de la Central Water Authority.

À l’intérieur, une seule pièce avec un banc qui fait le tour sur trois côtés. Pas de cloisons au mur, pas de faux plafond. Et un «sali» brut. Le tout peint avec trois couleurs rasta : rouge, jaune et vert. Dehors, trois fûts balisent une petite allée. Dedans, bien en évidence devant l’entrée principale : la photo de Haile Selassie, le dernier empereur d’Éthiopie. Et des instruments de musique, notamment un tambour pour battre au même rythme que le cœur lors des cérémonies «nyabingi».

Tout heureux de nous accueillir dans leur «Tabernacle», José Rose et Ras Tempest, prennent leurs aises. Un café noir est proposé. Il est fait hors de notre vue, derrière un grand drapeau rouge-jaune-vert accroché au fond de la salle. De petits rectangles en papier font leur apparition. Des doigts experts les remplissent, les roulent et les allument. La fumée – à l’odeur particulière – est expulsée, en même temps que la pression. Car les deux membres de l’ASCR sortent de chez leur avoué.

Le Triangle, c’est «l’un des derniers vestiges du marronnage», affirme José Rose. «C’est un lieu que nous avons préservé. Nous y faisons nos rituels le 1er février, le 23 juillet (NdlR : jour de la naissance d’Haile Selassie), le jour du couronnement de Sa Majesté le 2 novembre. C’est la communauté rastafari de toute l’île Maurice qui se réunit ici.» Cela représente, selon lui, 100 à 150 personnes.

Les voix s’arrêtent. Les poumons expirent. Le calme s’entend, les oiseaux aussi, même si nous ne sommes pas loin de la route principale. Tout à l’heure, au bord de la route, Ras Tempest a cueilli quelques cœurs de bois d’oiseau. «Li bon pou rafrési.»

Les rastafaris contre le développement ? Pas du tout, précise José Rose. «Nous ne sommes pas contre le développement. Nous en faisons partie. Il ne faut pas faire comme si nous n’avons aucun droit. Les gens qui viennent visiter Chamarel ne peuvent pas juste aller aux Terres de sept couleurs et au restaurant. Nous ne sommes pas contre, Maurice est un pays touristique. Mais il y a toute une culture à découvrir, comme le Tabernacle. Les touristes y seront les bienvenus. Il y a toute une histoire à leur raconter, à leur montrer.» D’autant plus que le Tabernacle se situe à quelques mètres du Viewpoint et à deux pas de Lakaz Chamarel.

Nous avons cherché le point de vue de la Compagnie sucrière de Bel-Ombre, sur cette portion de terre aussi appelée la Roussellière, par courriel et appels téléphoniques. La direction a simplement affirmé qu’elle est la propriétaire du terrain.

Les rastafaris soutiennent qu'ils ne sont pas contre le développement.

Publicité