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Tensions à Maurice

Vidéo d’Élodie Thomas : Informer sans porter atteinte à la dignité

17 octobre 2026, 18:00

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Vidéo d’Élodie Thomas : Informer sans porter atteinte à la dignité

La vidéo d’Élodie Thomas esquissant ses premiers pas à l’hôpital après son intervention chirurgicale à l’aide d’un déambulateur, diffusée jeudi, a suscité un débat sur les limites du droit à l’information et le respect de la vie privée. Nad Sivaramen, directeur des publications de La Sentinelle, revient sur les raisons qui ont motivé la publication et les questions éthiques qu’elle soulève.

«C’est une question qui a provoqué pas mal de débats au sein de la rédaction», reconnaît Nad Sivaramen. Pour le directeur des publications, la décision de diffuser ces images ne peut être dissociée du contexte dans lequel elles ont été obtenues et de l’objectif poursuivi. L’express, explique-t-il, avait d’abord dénoncé l’attitude de certains politiciens venus à Camp-Levieux pour se faire photographier par la presse, certains affichant «une triste mine de circonstance». La diffusion de la vidéo d’Élodie devait répondre à une autre logique.

Cette image, transmise par des sources à l’hôpital Jeetoo, montrait la jeune femme marchant avec un déambulateur après une opération particulièrement délicate. Sa publication visait à apporter une réponse aux rumeurs qui circulaient sur les réseaux sociaux, affirmant qu’elle n’allait pas s’en sortir. «L’Express a d’abord cherché et obtenu le consentement de son époux Jonathan Thomas et aussi de son avocat, Mᵉ Assad Peeroo», précise Nad Sivaramen. Il rappelle également que le ministère avait publié une déclaration sur son état de santé et que les médecins indiens s’étaient fait photographier avec leur patiente.

Pour autant, le directeur des publications ne considère pas que l’intérêt public autorise une diffusion sans limites. «Une photographie peut servir l’intérêt public sans que la personne photographiée perde son droit à la dignité, à la vie privée et au contrôle de son image», souligne-t-il. Il reconnaît qu’une image peut contribuer à apaiser une société, notamment lorsqu’elle permet de répondre à des informations alarmantes, mais pose une condition essentielle : sa diffusion doit être «consentie, proportionnée et respectueuse».

Nad Sivaramen insiste également sur une distinction souvent négligée dans le débat public : le droit de prendre une photographie, celui de la publier et celui de la réutiliser sont trois questions différentes. «Une photographie obtenue légalement peut être publiée de manière contestable sur le plan éthique», expliquet-il. Et l’autorisation accordée à un média ne signifie pas que tous les acteurs peuvent ensuite reprendre les images pour servir leur propre récit politique, institutionnel ou promotionnel.

Une position qui ne convainc pas Roukaya Kasenally, Senior Lecturer en médias et systèmes politiques à l’Université de Maurice. À la question de savoir si les médias ont bien fait de diffuser la vidéo, sa réponse est catégorique : «Absolument pas.» Elle estime que les images exposent une femme venant de subir une opération complexe dans un moment de grande vulnérabilité.

Une question également juridique

Un Senior Counsel contacté évoque une possible atteinte à la vie privée et renvoie à l’article 22 du Code civil mauricien, qui dispose que «chacun a droit au respect de sa vie privée». Le texte permet aux juridictions compétentes de prescrire des mesures pour empêcher ou faire cesser une atteinte à cette intimité.

Pour Nad Sivaramen, l’enjeu est précisément de maintenir cet équilibre entre l’intérêt public, le droit à l’information et les droits individuels. Pour Roukaya Kasenally, les images franchissaient cette limite.

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