Publicité
Rencontre avec Alexis Loyer, ambassadeur de France à Maurice
«Une vraie vocation d'investissement dans des solutions d'assainissement et de gestion de l'eau»
Par
Partager cet article
Rencontre avec Alexis Loyer, ambassadeur de France à Maurice
«Une vraie vocation d'investissement dans des solutions d'assainissement et de gestion de l'eau»
Un mois a été si intense depuis son arrivée à Maurice qu’Alexis Loyer, ambassadeur de France, a l’impression d’avoir déjà vécu «trois ou quatre mois» ici. Si son plan d’action doit encore être défini, son parcours a pour fil rouge la diplomatie économique. Au cours d’une rencontre avec la presse, à la mi-octobre, le nouvel ambassadeur de France a abordé les nombreux domaines de coopération régionale et bilatérale, son choix de venir à Maurice, et la perspective de l’élection présidentielle en France, en avril 2027.
La France avait réagi. L’ambassade de France à Maurice avait adressé un message à la communauté française après les troubles survenus dans la nuit du 12 au 13 octobre. Elle avait précisé que «la communauté française n’est pas visée par ces événements», avant d’appeler à la prudence. Chaude actualité pour Alexis Loyer, le nouvel ambassadeur de France, qui avait présenté ses lettres de créance au président de la République, Dharam Gokhool, moins d’un mois plus tôt, le mercredi 16 septembre.
Mi-octobre, lors d’une rencontre avec la presse dans les locaux de cette chancellerie à Telfair, Moka, Alexis Loyer a expliqué la démarche française. «Nous avons pris la décision de communiquer parce qu'on a une responsabilité vis-à-vis des Français. Près de 13 000 Français sont inscrits auprès du consulat. On se doit de les informer. Il y a eu un couvre-feu, la fermeture des écoles. On ne peut pas faire comme s'il ne se passait rien. On a fait attention à ce que nos messages ne soient absolument pas alarmistes.»
Le message a aussi été relayé sur le site Conseils aux voyageurs du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. «C’est ce qu'on appelle une dernière minute, qui permet aux touristes de vérifier les conditions au niveau de la sécurité, de la santé, etc. Presque 500 000 touristes français se rendent à Maurice tous les ans. On est le premier marché émetteur, avec 35 à 40 % du total des touristes. C'est beaucoup. C'est notre responsabilité d'informer les touristes potentiels, qu'il pourrait y avoir des complications au niveau des transports, des administrations fermées, des couvre-feux qu'il faut respecter. Mais là aussi, un message qui n'est pas alarmiste. Ne pas le faire, pour le coup, on aurait été en tort.»
Alexis Loyer est arrivé de Paris où il a travaillé pendant un an sur l’organisation du sommet du G7, qui a eu lieu du 15 au 17 juin dernier à Evian, sous la présidence française. «Le fil conducteur de mon parcours depuis près de 30 ans, c’est la diplomatie économique», explique-t-il. Majoritairement en Amérique latine. Avant le G7, il a travaillé pendant quatre ans au Mexique. «J'ai passé plus de 17 années entre l'Argentine, le Brésil, le Mexique.»
Le choix de Maurice
Maurice, «c'était mon premier choix lorsqu'on m'a proposé de me porter candidat à des postes d'ambassadeur.» Avant d’accepter la fonction, Alexis Loyer n’était jamais venu en tant que touriste dans l’île. «Ce qui me fascinait vu de l'extérieur, c'est comment cette petite île arrive à rayonner autant. J'avais aussi entendu parler de la dimension multiculturelle. C'est un aspect qui m'a beaucoup intéressé : voir comment ça fonctionne. Je suis issu d'une famille où il y avait des gens de différentes nationalités parmi mes ancêtres. Mon épouse est d’origine marocaine.»
Il confie que son «plan d'action est encore à construire. Ce serait prétentieux de ma part d'arriver en disant au bout d'un mois : ’Voilà tout ce qu'il faut faire’». Pour le nouvel ambassadeur, «les sujets ne manquent pas» entre les deux pays. «Le rôle d'un ambassadeur, c'est aussi de vérifier que tout ce qui a été annoncé puisse réellement se déployer. Je me reconnais dans ce qu'ont fait mes prédécesseurs. Il faut approfondir et ne pas s'interdire d'identifier de nouveaux sujets de coopération dans des domaines qui auraient été peut-être insuffisamment explorés ou qui vont apparaître.» Alexis Loyer pense par exemple que «renforcer l’autosuffisance alimentaire, c'est absolument essentiel.»
Mais place d’abord à la première phase de la mission consacrée à «rencontrer les gens, échanger, comprendre. C'est d'identifier des sujets où il y a des choses à construire dans un contexte où beaucoup de choses ont été faites et bien faites par mes prédécesseurs.» Les domaines de coopération sont nombreux, «que ce soit dans la francophonie, l’éducation, le domaine culturel avec l’Institut français de Maurice, qui est un acteur essentiel dans le rayonnement culturel, mais aussi pour aider les acteurs culturels mauriciens à se former».
Entre les deux pays, il y a aussi des coopérations dans des «domaines essentiels pour Maurice dont on parle beaucoup actuellement, qui est l'accès à l'eau, l'accès à l'électricité, la protection du trait côtier, ce qu'on fait en matière de sécurité». La 9e réunion du Groupe de contact sur la sécurité entre Maurice et La Réunion s’est tenue le 30 septembre et le 1er octobre derniers au Caudan Arts Centre. L’ambassadeur a rappelé que «le président Macron a vu le Premier ministre Navin Ramgoolam à de nombreuses reprises au cours des deux dernières années, que ce soit à Nairobi, à Nice, à Paris, ici même, ce qui est le reflet de la densité de la relation de confiance.» L’ambassadeur Loyer n’oublie pas la visite officielle d’Emmanuel Macron chez nous les 20 et 21 novembre 2025, ce qui a constitué, selon lui, «un véritable élan politique».
Gestion de l’eau
Alexis Loyer est revenu sur le prêt de politique publique de 200 millions d'euros accordé par l’Agence française de développement (AFD) en décembre 2023, «en partie décaissé», pour la modernisation du secteur de l’eau.
L’ambassadeur a précisé que ce prêt de 200 millions d'euros, «n’avait pas vocation à réparer les fuites d'eau des canalisations» mais à aider Maurice à transformer son secteur de l'eau. Il affirme qu’un schéma directeur a été mis en place et «un certain nombre d'études ont été faites». Si ce prêt d'accompagnement de l'État mauricien n’était pas un prêt d'investissement, «le suivant est un programme d'investissement» financé par l'AFD, la délégation de l'Union européenne (UE), associant des prêts à conditions de marché, des subventions de l'UE, de l'assistance technique. Ce prêt-programme est à hauteur de 100 millions d’euros. Il est en cours de validation. «Ce programme aura une vraie vocation d'investissement dans des solutions d'assainissement et de gestion de l'eau.»

Comporte-t-il un volet dessalement ? «Ce n’est pas forcément l'option qui est privilégiée par l'AFD pour Maurice, même si elle est plus adaptée à Rodrigues», affirme l’ambassadeur de France. Il est d’avis qu’il «y a beaucoup de choses à faire en matière de réutilisation des eaux usées. Et puis de bien acheminer toute l'eau captée.»
Alexis Loyer a également noté la volonté de décarboner la «matrice énergétique» locale. Et a rappelé que la France fait partie des pays qui ont une vraie réputation dans la production et la gestion d'énergie décarbonée.
Investissement soutenu
La France se situe au premier rang des investisseurs étrangers. «Mais on peut toujours faire mieux. Si on ne saisit pas les opportunités, d'autres le feront.» L’ambassadeur a notamment rencontré des responsables de la Chambre de commerce binationale franco-mauricienne. Ainsi que certains chefs d’entreprise et hommes d’affaires.
Le tout dans un contexte où «l'aide publique au développement traditionnel s'effrite». Il pense à la suppression de beaucoup de programmes de l'USAID, l'aide publique des pays européens, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ne fait que diminuer. «On va arriver peut-être au bout de ce que l'AFD peut faire à Maurice sous sa forme actuelle. Un jour, Maurice va quitter le cadre de pays à revenu intermédiaire, tranche élevée. Quand vous n'êtes plus dans les critères d'éligibilité à l'aide publique au développement, il faut préparer l'après. C'est comment utiliser des partenariats renouvelés en s'appuyant sur ces trois acteurs : entreprises françaises, groupes mauriciens, centre financier et bancaire de Maurice. Il faudrait renouveler notre approche.»
Traitement des déchets
Des initiatives sont déjà en cours entre Maurice et La Réunion. Des déchets de papier carton sont envoyés à Maurice pour y être transformés. «Je suis certain qu'on peut aller encore plus loin. En France, il y a un certain nombre d'entreprises spécialisées dans le tri de déchets, ménagers, industriels. Et l'AFD peut être aussi un vecteur de financement de l'assistance technique.»
Dans le domaine de l’éducation, il y a la mise en œuvre à titre expérimental, dans une vingtaine d'établissements publics mauriciens et quatre à Rodrigues, du français comme discipline non linguistique, qui ne vise pas à concurrencer ni le créole ni l'anglais dans les cursus. «Mais qui est là pour permettre aux élèves d'améliorer leur maîtrise du français et surtout d'utiliser le français pour apprendre. Dans le cadre de l'apprentissage de certains savoirs, c'est les sciences qui ont été choisies. Cela avait été lancé lors de la visite du président Macron.»
*****
Commission de l’océan Indien : La présidence française
La France a pris la présidence tournante de la Commission de l'océan Indien (COI) depuis le mois de juin. Pour Alexis Loyer, la priorité est de «rénover le modèle économique, faire en sorte qu'elle soit encore plus efficace. La COI met en œuvre des projets concrets, contrairement à l’Indian Ocean Rim Association (IORA), qui n'a pas le même budget, ni la même vocation.»
Dans le cadre de la présidence française, trois piliers ont été retenus. La sécurité maritime, la gestion collective des risques naturels, la politique de résilience alimentaire. L’ambassadeur s’est étonné, à son arrivée, que: «l'intégration régionale est encore assez limitée entre toutes ces îles, pour des tas de raisons qui s'expliquent certainement. Il y a tellement de choses à partager dans tous les domaines.»
Il est sensible au terme de plusieurs projets de la COI, prévu fin 2027, 2028. «Il va falloir trouver de nouveaux financements pour de nouveaux sujets.» Avec en ligne de mire, le projet Horizon 2030, financé par l'AFD et l'UE, «dont l'objectif, justement, est de permettre à la COI de se mettre aux normes pour répondre aux critères européens». Au sein de la COI, «nous voulons vraiment jouer notre rôle de puissance du sud-ouest de l'océan Indien.»
Le partenariat avec La Réunion
La seconde réunion de la Commission mixte Maurice-Réunion a eu lieu chez nous, le 25 avril 2025. «Six accords avaient été signés lors de la dernière commission mixte, sur des sujets divers : le tourisme, les tortues marines, la sécurité maritime. Elle se réunira à nouveau en 2027.»
*****
Culture et patrimoine : Des chantiers de taille
La Déclaration d’intention relative à une coopération en matière de préservation du patrimoine architectural mauricien a été signée le 25 avril 2025, par le ministère des Arts et de la culture, l’ambassade de France, Business Mauritius et l’organisation non gouvernementale SOS Patrimoine en péril. «On va rentrer dans la deuxième phase. Il y a un comité de pilotage actif», affirme Alexis Loyer. «Il faut mettre en place une structure publique-privée qui va permettre de gérer le patrimoine à Maurice sur la base d'une expertise apportée par la France. Non seulement gérer la rénovation du patrimoine, mais aider à la valorisation, que cela se traduise par des ressources pour financer ces patrimoines.»
Les projets pilotes retenus concernent le musée de Mahébourg, l’ancienne Cour suprême, le jardin de Pamplemousses. «C'est vraiment quelque chose auquel la France est très attachée. Avec Maurice, nous avons une relation qui est tournée vers l'avenir, la jeunesse. Mais pour autant, on n'oublie pas toute cette histoire commune.»
Pour ce qui est de la stratégie en matière d'industrie culturelle et créative que poursuit l'Institut français de Maurice, «la dimension régionale est très importante pour mutualiser les coûts.» Et ainsi permettre à des festivals, comme celui du film féminin ou à des artistes de tourner dans les différentes îles.
*****
Liens familiaux avec Maurice
Alexis Loyer est d'origine bretonne. «J'ai des ancêtres qui étaient sur des navires de la marine française au moment où les Français ont cédé l’île Maurice aux Anglais en 1810. Mon père, qui était un expert en généalogie, a retrouvé cela au cours de ses recherches.» L’ambassadeur de France affirme également «avoir des cousins» à Maurice.
Outre son parcours dans l’administration française, il a aussi travaillé pour des entreprises de lobbying-conseil dans le privé, «dans des pays du Golfe».
Publicité
Publicité
Les plus récents