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L’affaire Maminiaina Ravatomanga

Une tache d’encre sur la réputation du centre financier

22 octobre 2025, 03:27

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Longtemps perçu comme un paradis fiscal pour les grosses fortunes, Maurice a consenti à des efforts considérables pour se débarrasser de cette étiquette qui nous collait à la peau.

Une section de la presse indienne, certes politiquement motivée, mais aussi les enquêtes du Consortium International des Journalistes d’Investigation, à travers les Mauritius Leaks, les Luanda Leaks, les Panama Papers, les Offshore Leaks et les Paradise Papers, ont, à maintes reprises, révélé que des multinationales et de richissimes individus, comme Jean-Claude Bastos et Isabel dos Santos, se sont servis de la juridiction, que ce soit à des fins d’optimisation fiscale, de round-tripping ou de détournement de fonds.

Cette mauvaise réputation que le centre financier mauricien traîne comme un boulet a été hautement préjudiciable pour nos intérêts économiques.

D’abord, Maurice a été forcé de revoir sa convention fiscale avec l’Inde, ce qui a fini par nous coûter notre place de la première juridiction pourvoyeuse d’investissements directs étrangers en Grande péninsule au profit de Singapour. Et surtout, elle a été à l’origine de l’épisode le plus sombre de l’offshore mauricien avec l’inclusion du pays sur la liste noire de l’Union européenne.

Malgré ces épreuves, on a su rebondir et rectifier le tir. Aujourd’hui, Maurice est pleinement conforme à toutes les recommandations du Groupe d’action financière et adhère à l’initiative BEPS (érosion de la base d’imposition et transfert de bénéfices) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Or, malgré ces avancées et les réformes réglementaires enclenchées jusqu’ici, on n’arrive toujours pas à détecter toutes les transactions suspectes.

Les mailles du filet ne sont pas suffisamment resserrées. Du coup, certaines personnes malintentionnées parviennent à utiliser notre juridiction financière, mais aussi le secteur de l’immobilier de luxe à des fins de blanchiment d’argent.

L’affaire Maminiaina Ravatomanga est un cas flagrant de la faille dans notre cuirasse. L’enquête initiée par la Financial Crimes Commission sur le patron du Groupe Sodiat qui, selon Forbes, est la deuxième plus grosse fortune à Madagascar, montre qu’il y a eu des mouvements suspects de fonds équivalents circa 150 millions de dollars sur ses comptes bancaires. De ce montant, les enquêteurs soupçonnent que 100 millions de dollars devaient atterrir à Dubaï, la prochaine destination de Maminiaina Ravatomanga.

N’était-ce la portée diplomatique de cette affaire très médiatisée et la piste fournie par un jeune Malgache de la Génération Z vivant à Maurice, la Financial Crimes Commission ne se serait peut-être jamais intéressée aux opérations financières douteuses et aux investissements de Maminiaina Ravatomanga dans l’immobilier de luxe, qui, soit dit en passant, lui donnent droit à un permis de résidence.

La Financial Crimes Commission n’a d’autre choix que d’enquêter et de geler les comptes bancaires de Maminiaina Ravatomanga contre lequel un Criminal Attachment Order a été émis par la Cour suprême. La Commission est, par ailleurs, en présence d’une correspondance du Conseil National de la Transition, accusant formellement ce proche de l’ancien président malgache déchu, Andry Rajoelina, de détournements massifs des fonds publics et de blanchiment d’argent.

Bloqué à Maurice, Maminiaina Ravatomanga pourrait être rapatrié vers la Grande île et voir son permis de résidence être invalidée. Aujourd’hui, la question se pose : l’immobilier de luxe est-il un sauf-conduit pour certaines grosses fortunes qui y verraient un moyen de blanchir de l’argent sale avec, cerise sur le gâteau, l’obtention d’un permis de résidence ? On le sait : c’est l’Economic Development Board qui traite les dossiers des citoyens non mauriciens désireux d’investir dans les régimes d’immobilier de luxe comme le Property Development Scheme contre un investissement minimum de 375 000 dollars. Est-ce que l’Economic Development Board se livre au même exercice de diligence raisonnable et de Know your customer (KYC) que la Financial Crimes Commission dans le cas des investisseurs internationaux ? Est-ce qu’il y a une vraie coordination entre l’Economic Development Board et la Financial Services Commission ? Si oui, alors, comment cela se fait-il que ces autorités compétentes n’aient jamais vu rien de suspect dans les transactions de Maminiaina Ravatomanga sur le territoire mauricien ?

Autant de questions auxquelles on espère avoir des réponses. Encore une fois, l’image de Maurice est écornée auprès de la communauté internationale. L’affaire Maminiaina Ravatomanga est, à n’en point douter, une mauvaise publicité pour le pays en tant que juridiction de substance, alors que l’Eastern and Southern Anti Money Laundering Group (ESAAMLG) sera en déplacement à Maurice du 8 au 12 décembre dans le cadre d’un FAFT Standards Training Course, dont l’objectif est de permettre aux acteurs concernés, notamment la Financial Services Commission, de renforcer leur compréhension des nouvelles normes du GAFI en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Ce sera une première étape en vue du prochain exercice d’évaluation de la juridiction mauricienne par le GAFI en 2027.

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