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Blueprint de l’Éducation

Une feuille de route introuvable

24 octobre 2026, 18:00

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Une feuille de route introuvable

■ Entre inquiétudes syndicales, interrogations sur le calendrier et incertitudes autour du NCE et de l’admission au collège, les acteurs du secteur réclament davantage de clarté en vue du Blueprint. © Beekash Roopun

Plus d’un an après les Assises de l’Éducation, la feuille de route censée dessiner l’avenir de l’école mauricienne se fait toujours attendre. Pendant que le Blueprint reste derrière les portes institutionnelles, certaines réformes sont déjà annoncées, voire engagées. Cette situation alimente l’impatience, mais surtout l’inquiétude des enseignants, des parents et des responsables du secteur secondaire.

Le nouveau Blueprint devrait être présenté prochainement, a annoncé le 20 octobre le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, lors d’une rencontre avec des responsables du ministère à la MITD House, à Phoenix. Cette annonce ne dissipe pas les interrogations : elle les ravive.

Le document est en effet attendu depuis les Assises d’avril 2025, qui avaient recueilli 2 638 propositions, dont 1 217 pour le secondaire. Le ministère avait alors expliqué que ces contributions devaient être analysées avant la finalisation du Blueprint. Le principe de la consultation ne fait guère débat : une réforme de l’éducation ne peut se concevoir sans les enseignants, les parents, les élèves et les syndicats. Mais plus de 18 mois après, une question s’impose : combien de temps faut-il encore avant que la consultation débouche sur une vision claire et publique ?

En août dernier, une étape semblait franchie: la version finale aurait été transmise au Prime Minister’s Office (PMO), avant une éventuelle présentation au Conseil des ministres. Mais pour ceux qui vivent l’école au quotidien, un document transmis au PMO ne suffit pas. Tant qu’il n’est pas rendu public, enseignants, parents et établissements naviguent entre annonces, informations partielles et hypothèses.

Les enjeux sont considérables. Plusieurs pistes évoquées ces derniers mois pourraient modifier en profondeur le parcours scolaire: création ou évolution des National Schools, nouvelle formule d’admission après le Primary School Achievement Certificate (PSAC), éventuelle abolition du National Certificate of Education (NCE), changement du système de notation, évolution du Foundation Programme. Le paradoxe est là : les grandes lignes de la réforme circulent déjà, alors que le document censé en présenter la cohérence d’ensemble reste inaccessible.

Pour les acteurs du secondaire, la situation devient problématique. «Alors que le Blueprint n’est toujours pas accessible, les enfants ont déjà composé le NCE et le PSAC», souligne un responsable du secteur. La prochaine cohorte du PSAC accédera au Grade 7 l’année prochaine et sait, dans le système actuel, qu’elle sera ensuite concernée par le NCE. Or, si celui-ci doit disparaître, quand et comment la transition sera-t-elle organisée ?

L’égalité des chances en question

On ne peut pas changer les règles du jeu après que les élèves ont commencé la partie. Selon ce responsable, un changement devrait prévoir une période de transition permettant à une cohorte engagée dans l’ancien système d’aller au bout de son parcours, les anciennes épreuves et mécanismes devant s’éteindre progressivement (phase out).

Pour Vinod Seegum, négociateur syndical de la Government Teachers’ Union, le véritable test du Blueprint sera sa capacité à construire une école plus inclusive. «Le Blueprint doit jeter les bases d’une éducation inclusive, qui rassemble au lieu d’exclure», insiste-t-il. La réforme doit, selon lui, trancher une question fondamentale: veut-on un système qui classe et exclut dès le plus jeune âge, ou un système qui forme des citoyens pleinement intégrés à la société ?

Il regarde avec scepticisme la perspective d’un retour à une «rat race», voire à une «cut-throat competition». Une telle compétition favoriserait, dit-il, les enfants de milieux aisés, capables de recourir massivement aux leçons particulières, et fragiliserait ceux qui disposent de moins de ressources. L’enjeu serait particulièrement sensible autour de l’admission dans les collèges nationaux : une course aux établissements les plus prestigieux, nourrie d’examens très compétitifs, accentuerait les inégalités plutôt que de les réduire. «L’école doit être un lieu d’épanouissement au lieu d’une bataille de survie ou de vie», estime-t-il.

Derrière le débat sur les examens et les collèges se profile une question plus large : peut-on parler d’égalité des chances quand les enfants ne partent pas avec les mêmes ressources ? Pour Vinod Seegum, le Blueprint doit tirer les leçons du passé. Les enfants ne sont ni identiques ni interchangeables : certains ont des aptitudes académiques, d’autres excellent en art, en musique ou en sport. La réforme devrait donc dépasser une vision centrée sur la seule performance académique.

Le déficit de communication inquiète

Il plaide aussi pour une meilleure prise en compte de l’expérience des enseignants de terrain, «ceux qui ont évolué dans les écoles», dans la conception des politiques éducatives. Son plaidoyer dépasse d’ailleurs les programmes: depuis 1990, il défend l’enseignement obligatoire des valeurs humaines dès le préscolaire (respect, collaboration, entraide, compassion, solidarité, empathie, sens de la patrie). L’école, dit-il, ne doit pas seulement produire des résultats, mais des citoyens responsables et plus humains.

Au-delà du contenu, c’est le manque de visibilité sur le calendrier qui suscite des critiques. Vinod Seegum juge ce délai exceptionnellement long pour un Blueprint et déplore le stress généré chez les parents, les enseignants et les élèves. La situation serait aggravée par un «déficit de communication» autour de dossiers sensibles : mode d’admission au collège, révision du Foundation Programme, éventuelle abolition du NCE.

Des questions circulent aussi sur les raisons du retard : faut-il encore attendre des valida- tions institutionnelles ? Le Cabinet a-t-il déjà examiné le projet ? Ces hypothèses ne sont pas établies publiquement et appellent des réponses officielles. Car plus l’attente se prolonge, plus l’incertitude devient elle-même un problème.

Le gouvernement peut légitimement prendre le temps de produire un document cohérent. Mais une réforme éducative ne se résume pas à la publication d’un texte : elle doit être expliquée, préparée et mise en œuvre progressivement. Modifier le NCE ne concerne pas qu’un examen ; cela touche l’orientation, les collèges, les enseignants, les parents et surtout les élèves.

De même, changer le système d’admission sans transition pourrait créer une rupture difficile à gérer pour les cohortes déjà engagées dans l’ancien modèle. Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de savoir quand le Blueprint sera publié, mais comment la réforme sera appliquée sans sacrifier une génération à l’incertitude.

Après les consultations, les propositions, les ébauches et les validations, l’école mauricienne attend autre chose qu’une nouvelle annonce : une vision. Une vision qui dise quel système éducatif Maurice veut construire, quelle place elle entend donner à la compé- tition, comment elle garantira l’égalité des chances et comment elle accompagnera les élèves qui ne correspondent pas au seul modèle de la réussite académique.

Le Blueprint devait être une feuille de route. Encore faut-il que ceux qui doivent la suivre puissent enfin la lire.

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