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Liberté de la presse
Un précédent historique obtenu en Cour suprême
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Liberté de la presse
Un précédent historique obtenu en Cour suprême
Nad Sivaramen, Yasin Denmamode, Axcel Chenney, Husein Abdool Rahim, Ravi Yerrigadoo et Roshi Bhadain
Huit ans après l’ouverture d’une enquête policière autour d’un présumé complot visant l’ex-Attorney General Ravi Yerrigadoo, la Cour suprême a rendu un jugement en faveur de l’ancien journaliste de l’express, Axcel Chenney. Dans un arrêt rendu mardi, le 16 septembre, les juges Nicholas Oh San-Bellepeau et Raatna Seetohul-Toolsee ont annulé l’ordre qui l’obligeait à remettre à la police le contenu de deux téléphones et d’une clé USB, saisis en 2017. Selon la Cour, la procédure devant le juge des référés n’a pas respecté les droits constitutionnels du journaliste. Les magistrats ont relevé qu’aucune preuve n’avait été apportée pour démontrer que les données saisies «fell outside the ambit of journalism». Surtout, ils ont estimé qu’Axcel Chenney aurait dû avoir la possibilité de faire valoir ses droits – droit au silence, protection contre l’auto-incrimination et liberté de la presse, avant toute décision.
Un contentieux vieux de huit ans L’affaire remonte à septembre 2017, en pleine tempête médiatique autour du scandale bet365. Axcel Chenney, alors journaliste à l’express, avait été convoqué aux Casernes centrales avec le directeur des publications, Nad Sivaramen et Yasin Denmamode. La police soupçonnait le trio d’avoir comploté avec Husein Abdool Rahim, le fameux lanceur d’alerte (whistleblower) du scandale, pour provoquer la chute de Ravi Yerrigadoo, alors Attorney General. Des perquisitions avaient été menées au domicile d’Axcel Chenney, où deux téléphones et une clé USB furent saisis. Mais le journaliste avait refusé de livrer leur contenu, invoquant la protection de ses sources. Le commissaire de police d’alors avait immédiatement saisi un juge des référés pour contraindre Axcel Chenney à remettre les données, obtenant même un ordre en ce sens. C’est cet ordre qui vient d’être annulé, après un long combat judiciaire mené par l’avocate du journaliste, Me Yanilla Moonshiram. Elle avait notamment souligné que la demande avait été faite en l’absence de son client, ce qui portait atteinte à ses droits constitutionnels.
Le scandale bet365 en toile de fond
Le 11 septembre 2017, l’express révélait un scandale de blanchiment d’argent impliquant Ravi Yerrigadoo. Le lanceur d’alerte Husein Abdool Rahim affirmait que l’Attorney General l’avait aidé à récupérer quelque 20 000 euro gagnés sur la plateforme de paris en ligne bet365, et qu’avec ses proches alliés Sylvio Sundanum et Dick Kwan Tat, ils tentaient de mettre en place un système de blanchiment.
L’affaire a explosé lorsque Rahim a prêté serment dans un affidavit et produit une lettre officielle provenant du bureau de Ravi Yerrigadoo, ainsi qu’une note manuscrite. Mis en difficulté, Ravi Yerrigadoo a admis avoir signé la lettre officielle «dans le cadre de ses fonctions» mais a rejeté tout le reste, criant à la manipulation. Deux jours plus tard, sur ordre du Premier ministre Pravind Jugnauth, il a été contraint de démissionner.
Mais rapidement, l’image de Husein Abdool Rahim s’est effondrée. D’anciennes affaires d’escroquerie ont refait surface et une plainte pour sextorsion, déposée par son ex-petite amie, l’a discrédité davantage. Le 21 septembre, il a fait une volte-face en direct à la radio, clamant avoir été manipulé par l’express et l’ex-ministre Roshi Bhadain. Pourtant, il a maintenu la validité des documents officiels.
Dans la foulée, la police a lancé une vaste opération contre les journalistes de l’express. Des descentes ont été menées aux domiciles de Nad Sivaramen et de Yasin Denmamode, ainsi qu’au siège de La Sentinelle Ltée. Les trois journalistes, dont Axcel Chenney, ont été convoqués à plusieurs reprises au Central Criminal Investigation Department, parfois dans des conditions jugées abusives par leurs avocats. Ils ont été interrogés à répétition, parfois considérés comme «en état d’arrestation», parfois comme «libres sous caution», dans un flou juridique total. Leur refus de livrer leurs sources a été interprété comme un acte d’obstruction. À l’époque, Nad Sivaramen a dénoncé publiquement une tentative d’intimidation visant la presse indépendante.
Huit ans plus tard, le jugement de la Cour suprême résonne comme une victoire pour la liberté de la presse. Les juges ont rappelé que le droit des journalistes à protéger leurs sources est un pilier fondamental de la démocratie. Ils ont aussi insisté sur la nécessité d’un procès équitable.
Husein Abdool Rahim : l’homme aux multiples visages
Husein Abdool Rahim reste une figure controversée. Malgré une impressionnante liste d’accusations – fraude, blanchiment d’argent, corruption, chantage, sextorsion, viol –, il a jusqu’ici échappé à toute condamnation définitive. Deux procès, l’un pour viol d’une Française et l’autre pour escroquerie d’un policier, n’ont pas abouti. Connu pour ses combines, il s’est même fait passer pour un détective privé auprès d’un ressortissant anglais en 2020, allant jusqu’à inventer un faux meurtre pour extorquer de l’argent. Malgré ces antécédents, il circulait librement jusqu’à son arrestation récente. Sa dernière provocation en date : l’acquisition d’une Porsche Taycan Turbo GT flambant neuve, estimée à Rs 12,3 millions. Le 3 septembre dernier, un habitant de Goodlands a même porté plainte pour le vol de Rs 40 000 dans un gymnase de Grand-Baie, suspectant Husein Abdool Rahim. Une enquête est en cours.
La FCC lance un appel à témoins
La Financial Crimes Commission (FCC) enquête activement sur les activités financières de Husein Abdool Rahim. L’achat d’une Porsche de luxe attire particulièrement l’attention : comment un homme au casier aussi chargé peut-il justifier légalement de telles ressources ? La FCC a lancé un appel à témoins pour recueillir des informations sur ses transactions et sur d’éventuelles victimes. Elle garantit la confidentialité des témoignages et rappelle que chaque détail peut être déterminant. Selon ses responsables, d’autres acquisitions douteuses pourraient être concernées, et l’examen des relevés bancaires de Husein Abdool Rahim pourrait ouvrir la voie à une enquête plus vaste.
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