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Nabiihah Juman

Un geste rare contre le népotisme d’État

18 août 2025, 03:30

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Il y a parfois des gestes qui résonnent plus fort que mille discours. Dans un pays où les nominations de proches de politiciens au sommet des institutions publiques sont devenues une habitude presque banale, la décision de Nabiihah Juman mérite d’être saluée.

En annonçant, moins d’une semaine après sa nomination, qu’elle renonçait à son poste de commissaire à la Competition Commission, la fille du député travailliste Eshan Juman a rappelé qu’il existe encore une chose plus précieuse qu’un fauteuil public : l’intégrité.

Dans son message, elle affirme avoir accepté ce poste bénévolement, avec enthousiasme, pour servir le pays. Mais face à la polémique et aux critiques, elle a choisi de se retirer, estimant que l’honneur et la liberté de parole de sa famille priment.

Par ce geste, elle rend aussi à son père la liberté de critiquer les dérives du pouvoir, comme il l’avait démontré en dénonçant des nominations maladroites faites par Rezistans ek Alternativ à la National Empowerment Foundation.

Cette décision de Nabiihah Juman tranche avec d’autres attitudes, moins courageuses. On ne peut pas s’attendre, par exemple, à ce que le gendre de Paul Bérenger imite la fille d’Eshan Juman et se retire du fauteuil — bien trop grand pour lui — à Airport Holdings, en reconnaissant ses limites en matière de gestion de flux de trésorerie. Bien au contraire, on assiste à une justification maladroite : ce n’est pas lui, c’est l’autre qui a choisi. Comme si les responsabilités s’évaporaient dans les brumes des conférences de presse.

Même lorsqu’une nomination est méritée, le lien de parenté avec un élu jette une ombre. Dans l’opinion, il ne reste qu’une image : celle de dés pipés. Les citoyens ne voient plus un professionnel mais un «protégé», un membre du cercle, un bénéficiaire d’un réseau familial. Et cette perception, à elle seule, suffit à miner la crédibilité de l’institution concernée.

Le problème n’est pas uniquement moral, il est structurel. Les conseils d’administration des institutions publiques, les boards des compagnies parapubliques, sont censés exercer un rôle indépendant de contrôle et d’orientation. Lorsque ces sièges sont occupés par des proches du pouvoir, cette indépendance devient un mythe.

Il faut cesser de traiter cette question comme un simple malaise ponctuel. Ce qu’il faut, c’est un cadre légal clair : interdire aux proches parents d’un politicien au pouvoir d’occuper des postes de responsabilité dans le secteur public ou parapublic tant que celui-ci est en fonction. Cette règle existerait non pour humilier les familles mais pour protéger les institutions, garantir l’égalité des chances et éviter tout conflit d’intérêts réel ou perçu.

Une telle loi sur la moralité publique poserait un principe simple : tant que vous avez un élu dans votre famille directe, vous vous abstenez de briguer un poste public stratégique. Dans plusieurs démocraties, cette mesure est déjà appliquée, non pas comme un luxe mais comme une exigence élémentaire de gouvernance.

Les postes publics appartiennent à la nation, pas aux familles politiques. Les confier à des fils, filles, gendres, cousins, beaux-frères ou conjoints, c’est transformer la Fonction publique en patrimoine familial. C’est institutionnaliser un copinage, qui finit par contaminer l’ensemble du système.

On nous avait promis, à l’aube du changement, que la méritocratie remplacerait le népotisme, que des panels de sélection indépendants choisiraient les meilleurs profils. On nous avait juré que les nominations politiques appartiendraient au passé. Quelques mois plus tard, le scénario est le même : des agents politiques placés dans des organismes clés, des proches d’élus nommés à la tête de compagnies publiques, des recrutements sans appel transparent à candidatures.

Le plus inquiétant, c’est que ce phénomène traverse les alternances politiques. Ceux qui, hier, dénonçaient la «république des copains», reproduisent, une fois au pouvoir, les mêmes pratiques, simplement avec d’autres noms sur les cartes de visite. La table du banquet reste la même, seule la liste des convives change. Et chaque législature devient une nouvelle saison de la même série, avec les mêmes intrigues et les mêmes dialogues, mais une distribution renouvelée.

Être élu, ce n’est pas seulement profiter du prestige et des privilèges du pouvoir. C’est aussi accepter des contraintes. Parmi elles, celle de renoncer, pour la durée du mandat, à placer ses proches dans des postes publics. Ce n’est pas une punition, c’est une preuve de respect envers l’État et les citoyens.

Nabiihah Juman a montré que ce sacrifice est possible, même lorsqu’on estime pouvoir servir avec compétence. Elle a compris que, dans le climat actuel, toute nomination familiale est une arme à double tranchant, qui finit par affaiblir plus qu’elle ne renforce.

C’est maintenant aux législateurs de transformer cet acte individuel en règle générale. Une loi sur la moralité publique, claire et contraignante, permettrait de redonner leur indépendance aux boards, de restaurer la confiance des citoyens et de prouver que le service public est un espace au-dessus des jeux d’influence.

En attendant, saluons le geste de Nabiihah Juman. Car dans un pays où l’on s’accroche aux postes comme à des privilèges acquis, renoncer volontairement pour défendre l’honneur et la transparence est un acte rare. Reste à espérer qu’il ne demeure pas isolé, et que les décideurs cessent d’embarrasser ceux qui les entourent en distribuant les postes comme un Père Noël à la hotte percée.

(Éditorial écrit vendredi soir et publié samedi matin)

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