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Trump, faiseur de paix ou pyromane ?
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Trump, faiseur de paix ou pyromane ?
Donald Trump savoure son triomphe. Deux ans après l’apocalypse de Gaza, les armes se sont tues, les otages israéliens ont été libérés, Tsahal s’est retiré, et des familles palestiniennes reprennent la route vers ce qui fut leur foyer. À Charm El-Cheikh, devant un parterre de dirigeants, le président américain s’est présenté en «faiseur de paix» et a revendiqué, dans un discours théâtral à la Knesset, rien de moins que «l’aube d’un nouveau Moyen-Orient». Une mise en scène à la hauteur de son ego, saluée par The Wall Street Journal comme «la promesse d’un âge d’or», conspuée par Arab Digest comme «une pause humanitaire qui ne change rien à la logique de l’occupant».
Personne ne contestera que Donald Trump a débloqué une situation qui semblait sans issue. L’émotion des foules à Tel-Aviv ou les retrouvailles des prisonniers palestiniens libérés en témoignent. Mais il faut être naïf pour croire que la paix est à portée de main. Derrière le cessez-le-feu imposé «par la force», selon The Washington Post, se profilent toutes les fragilités d’un statu quo précaire : que fera le Hamas, désarmé et exclu ? Qu’adviendra-t-il de l’extrême droite israélienne, déterminée à poursuivre sa colonisation ? Et surtout, quelle place pour un État palestinien encore nié par Israël et contesté à Washington ?
Car pendant que Trump joue au pacificateur, une dizaine de pays occidentaux, dont la France et le Canada, ont annoncé la reconnaissance de l’État de Palestine. Une gifle diplomatique à laquelle l’ancien magnat réagit avec fureur. Sa colère dépasse le conflit israélo-palestinien : elle vise l’architecture même du multilatéralisme que les États-Unis ont pourtant contribué à bâtir après 1945.
Depuis son premier mandat, Donald Trump voue aux organisations internationales une haine presque viscérale. Il accuse l’OMS d’être un instrument chinois, l’UNESCO d’être pro-palestinienne et l’ONU d’abriter des membres du Hamas dans ses agences. Il a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, quitté l’OMS et l’UNESCO, sanctionné les juges de la Cour pénale internationale et réduit d’un milliard de dollars la contribution américaine au système onusien.
Cette croisade contre le multilatéralisme est un paradoxe historique. L’ordre libéral né de la Seconde guerre mondiale, dominé par Washington et ses alliés, a largement profité aux Occidentaux. C’est eux qui fixent les règles, contrôlent les nominations, dictent les normes. Mais le centre de gravité se déplace : le Sud global réclame une redistribution du pouvoir et entend peser sur la gouvernance mondiale. Face à cette contestation, l’Amérique trumpienne répond par l’unilatéralisme le plus brutal : «America First» signifie désormais «America seule».
L’Organisation des Nations unies fête ses 80 ans dans un état de fatigue inquiétant. Conçue en 1945 pour empêcher les guerres entre États, elle se trouve démunie face à des conflits désormais internes, menés par des milices ou des groupes transnationaux. Le droit de veto, vestige de l’équilibre de 1945, paralyse le Conseil de sécurité. Et toute tentative de réforme bute sur l’opposition des cinq membres permanents.
Pourtant, l’ONU demeure indispensable. Ses agences spécialisées – OMS, OIT, UNESCO, PNUE – agissent au quotidien pour la santé, l’éducation, le travail, l’environnement. Les 71 opérations de maintien de la paix depuis 1948 ont souvent empêché le pire. Mais son budget (3,7 milliards de dollars) reste dérisoire, 20 fois inférieur aux seules dépenses militaires américaines. Et le retrait américain fragilise davantage encore cette institution déjà court-circuitée par l’OTAN, l’OCDE ou les multinationales.
Plus profondément, la crise actuelle interroge notre conception même de la paix. Comme le rappelait Boutros Boutros-Ghali, l’absence de justice sociale est la principale cause des guerres. Réduire la paix à la simple «non-guerre», selon la vision sécuritaire héritée de Hobbes, condamne à percevoir l’autre comme une menace et entretient le cycle de la violence. Il faut au contraire penser la paix comme coexistence, santé sociale, reconnaissance mutuelle. «La paix, c’est connaître l’autre et faire de ses richesses notre bien commun», dit le politologue Bertrand Badie.
C’est précisément là que le «moment Trump» révèle son ambivalence. Oui, il a obtenu un cessez-le-feu et c’est mieux que la guerre. Mais son mépris pour les règles communes et son projet d’un ordre international taillé sur mesure pour l’empire américain sapent les bases mêmes d’une paix durable. À vouloir imposer la paix sans justice, à humilier l’ONU au lieu de la réformer, il risque de précipiter l’ordre mondial dans une ère d’instabilité chronique.
L’histoire, de Versailles à Dayton, nous enseigne que des accords signés par des hommes à la morale douteuse peuvent faire taire les armes. Mais elle enseigne aussi que la paix ne se décrète pas à coups de tweets ni de menaces budgétaires. Elle se construit, patiemment, avec les autres, pas contre eux. Et sur ce terrain-là, Donald Trump n’est pas encore un faiseur de paix. Il n’en est que le metteur en scène.
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