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Plumes engagées
Treize ans : pas encore de moustache, déjà un dossier
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Plumes engagées
Treize ans : pas encore de moustache, déjà un dossier
Ashwin Sharma Ramparsad.
À l’heure du tout à l’image et du buzz sans suite, «l’express» souhaite faire découvrir la plume de poètes, de chanteurs, d’écrivains et de tous ceux qui jettent leur âme sur le papier, et qui mettent en mots des réflexions profondes.
Comment un enfant de 13 ans se retrouve-t-il dans la rue, au milieu des cocktails Molotov ? A-t-il sauté un barreau de fenêtre ? Des parents insouciants ? Des parents ivres ? Nisa-la bonto? Je pose la question ; je n’ai pas la réponse. Mais je sais ceci : à 13 ans, on croit au père Noël. Au terrain de foot. Aux filles. À la musique. Aux jeux. On n’est pas zoke, guetteur pour les barons de la drogue, dans la rue, à siffler, à prévenir quand la police arrive. Un enfant qui connaît l’horaire de la police mieux que celui de ses cours n’est plus un enfant. C’est un outil.
Moi qui côtoie des enfants, qui en ai tant connu, je le dis : à l’adolescence, on est une pâte à modeler. L’environnement la façonne. Et quiconque a de mauvaises intentions peut la modeler à son tour, se servir de cet esprit malléable. L’enfant n’est pas mauvais. Il est malléable. C’est bien plus dangereux. Une pâte à modeler ne choisit pas la main qui la serre : elle prend la forme de celui qui la tient. Bruno Mooken le demande directement dans Spektater : «Si dime li grandi, li vinn vakabon, kisann-la ki antor?»
Alors, posons les vraies questions. Qui a mis un enfant de 13 ans devant ? Et qui est resté derrière ? On nous dit que ces émeutiers auraient été «financés et instrumentalisés» par des réseaux de trafiquants. La police évoque des toxicomanes payés pour attaquer des postes. Rien n’est prouvé, et une accusation n’est pas une condamnation. Mais si c’est vrai, regardez la chaîne. En haut, le baron, dans sa villa, les mains propres. Au milieu, l’intermédiaire. En bas, un gamin de 13 ans, payé de quelques billets, qui tient l’allumette. Le gamin aura sa photo au journal. Le baron aura son dîner.
La responsabilité commence par les parents, à la maison ; ça ne commence pas par la société : quand elle arrive, il est déjà trop tard. Pas le voisin, pas l’ami, pas le pédagogue avec sa panoplie de théories, pas le coach : les parents. La violence ne sert à rien : elle ne répare rien, elle n’éduque personne. C’est aux parents d’éduquer leurs enfants, de savoir où ils sont à 20 heures, avec qui et pourquoi. Un enfant qui rentre à minuit sans qu’on lui demande d’où il vient n’est pas libre. Il est abandonné. Hors de la maison, quand le parent n’y est plus ou n’y arrive plus, d’autres prennent le relais : le coach, le religieux, le pédagogue. Et nous ne pouvons pas toujours attendre les autorités. Voisins, oncles, grands frères du quartier, citoyens : quelle est notre part ?
Cliché, certes, mais : l’oisiveté est la mère de tous les vices. Alors occupons-le. Impliquons le jeune dans ses études, faisons-lui comprendre son rôle social, son rôle spirituel, le parent qu’il sera un jour. Que l’école ne soit pas une prison et la maison une deuxième prison sans échappatoire. Un enfant enfermé cherche une porte, n’importe laquelle. Il doit s’épanouir, pas s’étouffer. Un enfant qu’on asphyxie finit par manquer d’air et n’a d’autre choix que de défoncer la fenêtre et d’eklate partou, n’est-ce pas Jérémy ?
Et quand l’enfant commet une faute ? On corrige. On ne déteste pas l’enfant, on déteste son comportement. Corriger, ce n’est pas écraser : c’est expliquer pourquoi ce geste était mauvais et quelle autre façon existait de faire passer son message. C’est ce que le prof doit faire. Il ne ferme pas la porte. Il montre la bonne. Un enfant à qui l’on dit seulement «non» reviendra. Un enfant à qui l’on dit «autrement» grandira.
Ki pe arive ar nou zanfan? La réponse nous regarde, tous, surtout les spectateurs que nous sommes devenus. Parents, pédagogues, profs et ceux qui restent dans l’ombre. Un enfant sur le trottoir un soir de couvre-feu n’est pas qu’un coupable. C’est une facture. Signée par nous tous, payée par lui.

Bio
Ashwin Sharma Ramparsad
Enseignant de français à Maurice et doctorant en éducation à l’Open University, il mène des recherches sur le professionnalisme et l’autonomisation des enseignants dans le secondaire.
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