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Interview
Tinagaren Govindasami : «Le microchipping et l’enregistrement des chiens se feront également dans les cliniques privées dès la semaine prochaine»
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Interview
Tinagaren Govindasami : «Le microchipping et l’enregistrement des chiens se feront également dans les cliniques privées dès la semaine prochaine»
■ Tinagaren Govindasami, Directeur de la Mauritius Society For Animal Welfare (MSAW)
?Vous êtes à la tête de la MSAW, une institution qui milite pour la protection et le bien-être des animaux. Comment faites-vous pour que les Mauriciens puissent renouer confiance avec cette institution ?
Je souhaite améliorer l’image de la MSAW. Je suis conscient des expériences passées : beaucoup ont vu des choses horribles sur les réseaux sociaux, comme les images de chiens se mangeant entre eux dans un centre de la MSAW. Je le dis clairement : les personnes responsables doivent être tenues pour responsables. Mon approche est différente. Avec mes 21 années d’expérience à l’étranger, j’apporte une approche plus humaine, bienveillante et éducative. L’objectif est d’apprendre aux gens à mieux s’occuper de leurs animaux afin d’éviter les problèmes. Depuis longtemps, nous faisons face à de graves difficultés : de nombreux appels arrivent à la MSAW et aux services spécialisés, et plusieurs ONG œuvrent à sensibiliser la population sur l’importance de la stérilisation car nous avons beaucoup de chiens errants. C’est pourquoi, depuis mon arrivée à la MSAW, j’ai réorganisé et créé une nouvelle équipe, formée selon une approche différente, que ce soit pour la capture des chiens ou pour améliorer la vision globale du travail du personnel. Mon objectif est clair : instaurer des standards élevés, assurer la transparence de nos actions, renforcer la confiance et unir nos forces autour d’une équipe véritablement dédiée. Depuis quelques mois, nous avons déjà commencé à obtenir des résultats mais il reste encore des changements à faire, surtout avec des ressources limitées. Nous faisons cependant le maximum avec ce que nous avons. Je souhaite que la population comprenne qu’il y a beaucoup de débats autour de l’enregistrement obligatoire des animaux, mais qu’ensemble, nous pouvons trouver des solutions.
?Depuis le 1er octobre , l’enregistrement des chiens est bel et bien obligatoire, ce qui crée une certaine pression chez les propriétaires. Mais concrètement, de quoi s’agit-il ?
La pose de micro-puces existe depuis 7 ou 8 ans mais sans véritable enregistrement. Aujourd’hui, nous combinons les deux. La micropuce est un petit dispositif injecté sous la peau, exactement comme une piqûre de vaccin. C’est rapide et indolore pour le chien.
Pour enregistrer un chien, il suffit de se rendre à un point de la MSAW avec sa pièce d’identité, une preuve d’adresse et de payer les frais de Rs 350. Ainsi, le chien reçoit un identifiant officiel, comparable à une carte d’identité.
J’ai vu sur Facebook des personnes s’inquiéter de la collecte de données personnelles. En réalité, il ne s’agit que d’un code pour le chien. Ensuite, à l’aide d’un lecteur (scanner) passé sur la nuque de l’animal, on récupère le code unique inscrit dans la puce qui est relié à une base de données à la MSAW contenant les informations du propriétaire.
?Certaines pages ont publié des mèmes disant que c’est comme si le chien avait sa propre carte d’identité…
(Rire) J’ai vu ces publications et je dois dire que je les ai trouvées très drôles. C’est un peu ça : une ID Card pour identifier le chien et encourager les propriétaires à être plus responsables. Sur le terrain, nous rencontrons souvent des situations préoccupantes : des chiens poursuivent des enfants, blessent des personnes ou causent des accidents et le propriétaire ne fait rien. Quand nous intervenons, si nous ramassons 10 chiens dans les rues, 5 d’entre eux ont déjà des propriétaires. La loi en vigueur vise donc à mieux contrôler la situation. L’objectif est de responsabiliser les propriétaires. Trop souvent, nous avons constaté que des chiens errants posaient problème — morsures, agressions… Or, lors de plusieurs interventions, nous avons découvert que la moitié de ces chiens étaient en réalité des chiens domestiques, mal surveillés par leurs maîtres. La nouvelle loi nous donne désormais davantage de moyens : nous pouvons avertir les propriétaires et, en cas de récidive, porter l’affaire devant la justice. Le juge peut alors infliger une amende allant jusqu’à Rs 100 000, selon la gravité de l’infraction.
?Pourquoi cette loi est-elle adoptée en urgence, alors que beaucoup la perçoivent désormais comme brutale ?
Depuis une dizaine d’années, les ONG, les vétérinaires et même le ministère ont alerté sur la surpopulation canine, conséquence du manque de responsabilité des maîtres et des croisements incontrôlés. Cette situation engendre des coûts élevés pour la société, que ce soit pour la capture, la stérilisation ou la gestion des refuges.
Grâce à cette loi, nous voulons réduire le nombre d’animaux errants, encourager la stérilisation et mieux encadrer les adoptions. Par exemple, depuis mai, grâce à nos campagnes, environ 330 chiens ont été adoptés via la MSAW.
Lorsque l’on observe les chiens errants, certains ressemblent à des Cane Corso ou à des Malinois. Pourquoi cela arrive-t-il ? Malheureusement, certains propriétaires laissent leurs chiens errer sans surveillance. Voilà pourquoi cette loi est nécessaire.
?Comment la loi sur le «microchipping» contribuera-t-elle à réduire la population de chiens errants ?
Cela va limiter la reproduction non contrôlée. Les propriétaires seront davantage incités à garder leurs chiens sous surveillance, à assurer leur enregistrement et à respecter l’Animal Welfare Act.
Scénario : la MSAW ramasse un chien qui n’a ni médaillon ni micropuce. Face à la loi sur le «microchipping», le propriétaire risque une amende. Pour l’éviter, il peut soit renier le chien, soit prétendre qu’il ne lui appartient pas.
Si le propriétaire renie son chien, nous le recueillons, le réhabilitons et lui trouvons une nouvelle famille. Si le propriétaire se manifeste finalement et présente des excuses, nous lui rendons son chien, l’encourageons à l’enregistrer et lui émettons un avertissement pour qu’il ne reproduise pas la même erreur. L’objectif est simplement qu’il prenne ses responsabilités et que l’on évite des accidents.
?Certains craignent que la micropuce encourage l’abandon…
Je ne le pense pas. L’abandon existait déjà avant cette loi. Le futur sera meilleur grâce à elle. Cette loi ne va pas inciter à l’abandon. Au contraire, elle oblige les propriétaires à assumer leurs responsabilités et offre une seconde chance aux chiens abandonnés, notamment par l’adoption et l’éducation. Le buzz actuel vient du fait que beaucoup ne comprennent pas nos objectifs. Avec cette loi, les propriétaires deviendront plus responsables et seront conscients du risque d’une amende.
?Certains déplorent qu’il n’y ait qu’un seul centre d’enregistrement, à Rose-Hill. Pour un habitant du nord, par exmple, il devient compliqué de payer le transport et de venir avec ses chiens.
Oui, cette question a été abordée. Nous commençons à Rose-Hill et à PlaineMagnien. Mais à partir de la semaine prochaine, nous irons dans différentes régions. Nous utiliserons nos caravanes pour nous déplacer et le calendrier de nos interventions sera communiqué très bientôt. Le week-end prochain, nous travaillerons également avec les ONG pour mettre en place des points d’enregistrement supplémentaires. Un calendrier pour l’ensemble de l’année est prévu, incluant nos campagnes de sensibilisation.
?Pourquoi ne pas collaborer avec les cliniques vétérinaires privées à travers l’île pour faciliter l’enregistrement et la décentralisation ?
Nous travaillons déjà avec des vétérinaires privés pour les campagnes de stérilisation et, bientôt, pour la pose des micropuces. Un protocole d’accord (MOU) a été rédigé et sera transmis au ministère pour approbation. Tout cela se fait dans le respect de la Data Protection Act, afin que les informations liées aux chiens et à leurs propriétaires restent sécurisées. La semaine prochaine, nous commencerons à collaborer avec les cliniques privées pour le microchipping et l’enregistrement.
?Le communiqué sera-t-il publié dans le cadre des campagnes de sensibilisation ?
Oui, il sera disponible sur les réseaux sociaux et diffusé également dans les médias.
?Ce paiement de 350 roupies est-il unique ou la puce expirera-t-elle, nécessitant un nouveau paiement ?
Non, il s’agit d’un paiement unique. Cette puce sera très utile, même dans les cas où des chiens se perdent. Si quelqu’un retrouve un chien et le conduit à la MSAW, nous pourrons scanner la puce et retrouver rapidement le propriétaire.
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