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Survol taïwanais refusé : deux poids, deux mesures
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Survol taïwanais refusé : deux poids, deux mesures
Trois petits États appliquent le droit et leur politique constante—et se retrouvent mis en accusation. Les grandes puissances, elles, s’autorisent toutes les nuances. À chacun ses principes ?
Le refus par Maurice, les Seychelles et Madagascar d’autoriser le survol de leur espace aérien à un appareil lié à Taïwan a déclenché une salve de critiques dans certaines capitales occidentales. Le vocabulaire employé—«abus», «pressions», «intimidation»—trahit moins une analyse juridique qu’un réflexe politique.
Car sur le plan du droit, il n’y a guère de débat. La Convention de Chicago relative à l’aviation civile internationale est sans équivoque—chaque État exerce une souveraineté pleine et entière sur son espace aérien. L’article 1 en consacre le principe, et l’article 3 rappelle qu’un aéronef d’État ne peut survoler un territoire étranger sans autorisation préalable. Le survol n’est pas un droit. Il est une permission.
Il est donc pour le moins paradoxal de voir qualifier «d’abus» l’exercice même de cette souveraineté. Pourquoi, dès lors, une telle agitation ? Parce que la question n’est pas seulement aérienne. Elle est éminemment politique.
La dite République de Chine (Taïwan) n’est reconnue que par une poignée d’États—une douzaine à peine, dont Eswatini en Afrique. Mais elle bénéficie, dans le même temps, de relations d’une densité remarquable avec des pays qui, officiellement, ne la reconnaissent pas.
Ambiguïté assumée, diront certains. Ambivalence organisée, diront d’autres.
Maurice, pour sa part, a fait un choix clair dès 1972, sous le gouvernement de Sir Seewoosagur Ramgoolam : reconnaître Beijing en République populaire de Chine comme seul gouvernement légitime. Ce choix n’a pas varié dans son principe. Certes, il y a eu, à l’occasion, quelques glissements mineurs—souvent davantage imputables à un manque de perspicacité qu’à une inflexion délibérée—mais ils ont été rapidement corrigés. L’essentiel toutefois demeure : une politique étrangère marquée par la constance, la lisibilité et le respect des engagements pris.
Dans ce contexte, accorder un survol à un appareil officiel de Taïwan ne relève plus d’un simple geste technique. Cela aurait pu être interprété comme une forme de reconnaissance de facto. Refuser, c’est rester fidèle à une ligne. Accorder, c’était l’altérer.
Le choix était donc moins politique qu’il n’y paraît : il était logique. Et pourtant, les critiques fusent. Les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni expriment leur «préoccupation». L’un parle «d’abus» du système aérien international, tout en dénonçant les «pressions» exercées sur Taïwan par Beijing.
La contradiction est difficile à ignorer. Car, ces mêmes acteurs reconnaissent tous la politique d’une seule Chine, la République populaire, qui est d’ailleurs membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Et dans le même souffle, ils entretiennent avec Taïwan des relations soutenues, visibles, parfois quasi diplomatiques. Les États-Unis fournissent une assistance militaire. Le Royaume-Uni maintient une représentation qui ne dit pas son nom. L’Union européenne multiplie les initiatives de coopération.
Ce qui, chez eux, relève de la «nuance stratégique» devient, chez d’autres, matière à suspicion. Deux poids, deux mesures!
Plus troublant encore : l’invocation répétée des «pressions» exercées sur Taïwan. Une préoccupation légitime, sans doute. Mais qui gagne à être replacée dans un contexte plus large. Les décennies de sanctions imposées à Cuba, ou les refus de visas opposés à certains représentants étrangers appelés à participer à des réunions des Nations unies à New York, témoignent d’autres formes de contrainte—moins commentées, mais bien réelles. Il est d’ailleurs de notoriété bien établie—un véritable secret de polichinelle dans les milieux diplomatiques—que les grandes puissances, toutes sans exception, recourent, elles-mêmes, à des formes de pression pour amener d’autres États à s’aligner sur leurs positions, en particulier lorsque ces États sont plus petits ou plus vulnérables.
Les principes, pour être crédibles, ne peuvent être sélectifs.
Attribuer les décisions de Maurice, des Seychelles et de Madagascar à une influence extérieure relève d’un raccourci commode. C’est aussi, implicitement, nier leur capacité à décider par eux-mêmes. Comme si la souveraineté des petits États était, par nature, suspecte.
C’est une lecture non seulement contestable, mais révélatrice. Ces pays ne disposent pas de la puissance militaire ou économique des grandes nations. Mais ils disposent de ce qui, à long terme, fonde toute crédibilité internationale : la constance et la cohérence. Le refus de survol en est l’expression.
Pendant ce temps, les mêmes capitales poursuivent leurs échanges avec Beijing. Ursula von der Leyen de la Commission de l’UE s’y est rendue récemment, tout comme Keir Starmer, premier ministre britannique, et Donald Trump y est attendu prochainement—un déplacement simplement différé par ses priorités du moment au Moyen-Orient. Les intérêts économiques, eux, ne connaissent guère d’hésitation.
Le réalisme, manifestement, a ses constantes. Pour les petits États, ce réalisme passe par autre chemin—la clarté des positions et la maîtrise des équilibres.
Refuser un survol n’est pas un geste d’hostilité. C’est un acte de cohérence. La conclusion s’impose avec d’autant plus de force : La souveraineté n’est pas à géométrie variable. Lorsqu’elle est invoquée par les uns et contestée chez les autres, elle cesse d’être un principe pour devenir un instrument.
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