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Fonds de stabilisation des prix

Subventions : quelques roupies pour un panier toujours hors de portée

21 août 2025, 09:54

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Subventions : quelques roupies pour un panier toujours hors de portée

■ Pour beaucoup de Mauriciens, quelques roupies économisées sur le lait, l’huile ou le fromage ne suffisent pas à compenser la hausse constante des prix et le poids des dépenses mensuelles.

Le gouvernement a lancé un Fonds de stabilisation pour limiter la hausse des prix des produits de première nécessité. Entre scepticisme des consommateurs, limites de l’application des subventions et exemples internationaux de politiques plus ciblées, la question se pose : Ces initiatives suffiront-elles à soulager réellement les foyers ?

Le Fonds de stabilisation vise à limiter la hausse des prix de produits de première nécessité et à soulager les ménages. Cette promesse se concrétise dans le Budget 2025-26 avec la mise en place du Price Stabilisation Fund, doté d’une enveloppe de Rs 10 milliards sur cinq ans, avec un premier apport de Rs 2 milliards. Le samedi 16 août, le gouvernement a présenté les premières mesures qui seront financées par ce fonds.

Le prix du pain maison reste inchangé, tandis que, dès le 26 août, cinq produits de première nécessité – lait en poudre, huile de soja, fromage, lait pour bébé et couches – bénéficieront de subventions pour une durée de six mois. Cette opération, qui représentera environ Rs 400 millions, se traduira par une réduction de Rs 50 par kilo de lait en poudre, Rs 15 par litre d’huile de soja, Rs 55 par boîte de lait infantile, 50 sous par couche bébé et Rs 10 pour le fromage à pâte fondue. Selon le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, ces baisses ciblées visent à atténuer l’impact du coût de la vie et à préserver le pouvoir d’achat des familles, en particulier celles ayant de jeunes enfants.

À l’échelle internationale, de nombreux pays subissent une inflation persistante, avec des hausses du prix de l’énergie et des matières premières. Ces pressions mondiales se répercutent directement sur l’économie mauricienne, car le pays importe une grande partie des denrées alimentaires ainsi que carburants et matières premières. En conséquence, les coûts d’importation augmentent, ce qui alimente la hausse des prix locaux.

Malgré les différentes initiatives mises en place, le quotidien des ménages reste difficile. Une récente enquête d’Analysis, filiale de Kantar, révèle que l’indice de confiance des consommateurs mauriciens a fortement chuté, traduisant les inquiétudes face à la hausse persistante du coût de la vie. La majorité des sondés constatent une augmentation des prix, qui pèse directement sur leur pouvoir d’achat et se traduit par une plus grande prudence dans leurs achats. Parallèlement, plusieurs commerces rapportent une baisse de leurs ventes.

Qu’il s’agisse de produits alimentaires, de médicaments ou de loyers, les dépenses incontournables absorbent une part croissante du budget familial. Avec des revenus souvent jugés insuffisants, les salaires peinent à suivre l’inflation, limitant la capacité des foyers à épargner et à concrétiser des projets comme l’achat d’un moyen de transport, la construction d’une maison ou l’éducation des enfants.

Cette situation alimente un sentiment d’essoufflement économique et accroît l’inquiétude quant à l’avenir financier des familles. Cette vigilance s’explique ainsi par le souhait des ménages de mieux gérer leur budget dans un contexte de vie chère, malgré certaines mesures de soutien comme la suppression de la TVA sur plusieurs produits de première nécessité – légumineuses, huile, fromage, légumes surgelés ou articles pour bébé. Par ailleurs, la suppression progressive, sur deux ans, de certaines allocations prévues par la Social Contribution and Social Benefits Act, à l’exception des bénéficiaires inscrits au registre social (SRM), pèse également sur le pouvoir d’achat.

Express.mu (620 x 330) (43).png ■ Entre promesses électorales et réalité quotidienne, les baisses annoncées par le gouvernement samedi dernier peinent à répondre aux besoins réels des familles.

Alors que le coût de la vie continue d’augmenter et que de nombreux produits ont doublé depuis huit mois, cette nouvelle mesure de subvention répondelle vraiment aux attentes des consommateurs ? Selon le Deputy Prime Minister (DPM), Paul Bérenger, ces subventions, bien que temporaires, visent à atténuer l’impact de l’inflation. Pourtant, dans les rues de Plaines Wilhems, Anne-Sophie, mère célibataire de deux enfants, reste sceptique. «Est-ce que ces petits changements atténueront vraiment l’impact de l’inflation? On nous avait promis un soulagement du panier ménager. Aujourd’hui, certains produits ont doublé de prix. Et ces quelques roupies de réduction sont présentées comme un miracle. On nous a vendu de fausses promesses. C’est symbolique, pas concret», déclare-t-elle.

À Port-Louis, Rohini R. dénonce l’absence de vision à long terme. Pour elle, il ne s’agit pas seulement d’une question de prix, mais d’un système tout entier qui est en panne. «Si le gouvernement voulait réellement agir, il aurait revu les subventions de manière structurelle, pas distribué des miettes pour faire croire à l’action. Ces mesures ne font que masquer l’inaction.» Par ailleurs, Umar, père de trois enfants, insiste sur la détresse quotidienne des familles. Selon lui, dépenser plus de Rs 6 000 par mois en alimentation rend dérisoires les quelques roupies économisées sur le lait ou l’huile. «Ce dont nous avons besoin, c’est d’un vrai plan pour stabiliser les prix et protéger notre pouvoir d’achat. Sinon, ces annonces sont juste de la communication.»

Les jeunes ressentent également la pression. Kaviraj, étudiant à l’Université de Maurice, souligne le manque de considération pour leurs dépenses : avec le logement, le transport et les frais universitaires, chaque roupie compte. Pour lui, ces petites économies sur le lait ou le fromage sont insuffisantes. «On attend des mesures plus substantielles pour que le gouvernement comprenne réellement notre quotidien.»

Certaines réactions sont encore plus incisives. Selina, mère de famille à Vacoas, ironise sur le cycle politique répétitif : «C’est drôle comment chaque gouvernement promet de faire baisser les prix, et à chaque fois, on finit par payer encore plus. On dirait que la subvention est faite pour les annonces, pas pour nous. C’est frustrant de voir la politique primer sur nos vies. Voilà les 60-0 que nous avons votés.» En parallèle, Harish, ouvrier, critique l’ampleur limitée des mesures. Selon lui, si les prix ne baissent pas de manière significative, ces subventions ne font que montrer que le gouvernement n’a pas de plan sérieux pour lutter contre l’inflation. «C’est comme jeter une goutte d’eau dans l’océan.»

Même les retraités ne sont pas épargnés par la hausse des prix. Maria Antoinette, 70 ans, explique qu’avec sa pension, elle doit choisir entre certains produits de première nécessité. Selon elle, ces baisses sont tellement minimes que cela ne change rien à son budget. «On nous dit que c’est un soulagement, mais pour moi, c’est juste de la poudre aux yeux.»

Cependant, derrière ces annonces et réactions individuelles, certains acteurs du marché estiment que l’impact réel des subventions reste limité. Selon un importateur, qui a souhaité rester anonyme, la liste des marques bénéficiant du fonds ne reflète pas l’ensemble du marché. «D’autres marques largement consommées ne sont pas incluses, alors qu’elles auraient pu coûter moins cher avec le subside.» L’importateur cite notamment l’huile comestible. Ayant importé 16 conteneurs, il constate que ses clients sont pénalisés car leurs produits ne bénéficient pas de subvention, alors que le but affiché est de soulager la population.

Pour lui, le subside devrait s’appliquer à toutes les marques. Sans subvention, il avait déjà négocié un prix inférieur à Rs 65 ; avec le soutien de l’État, il aurait pu le faire descendre sous Rs 60. L’opérateur critique également la mise en œuvre. Selon lui, la politique ne peut pas se limiter à quelques entreprises : chaque importateur à sa clientèle. «Face à la vie chère, le portefeuille reste le facteur déterminant dans leurs achats.» Il regrette l’absence de consultation avec tous les acteurs du secteur, estimant que cela limite la pertinence et l’efficacité des mesures.

Par ailleurs, une source proche du dossier à la State Trading Corporation (STC) précise que la politique de subventions combine mesures immédiates et actions à moyen terme. À court terme, il y a les subsides via ce fonds et l’élimination de la TVA sur certains produits. À moyen terme, des négociations directes avec les fournisseurs devraient permettre d’obtenir des prix compétitifs, comme c’est le cas du lait et de l’huile Smart, sur lesquels aucune marge n’est appliquée et qui sont de bonne qualité. Au final, selon la STC, les consommateurs auront un accès facilité à ces produits.

De plus, la stratégie reste évolutive. Après six mois, le ministère évaluera l’efficacité du mécanisme, enlèvera certains produits qui ne méritent pas d’être subventionnés et en ajoutera d’autres à la liste. Parallèlement, la Mauritius Revenue Authority (MRA) mène déjà des discussions avec les acteurs du secteur pour définir le mécanisme de remboursement des subventions. «Il s’agit d’une première phase. Le comité poursuivra ses travaux pour envisager une deuxième phase», précise le ministre Michael Sik Yuen.

Enfin, Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), critique la stratégie du gouvernement face à la hausse des prix. Selon lui, les subventions universelles sur cinq produits de base – farine, huile, fromage, lait et couches – profitent davantage aux foyers aisés qu’aux ménages vulnérables. Il plaide pour des subventions ciblées, inspirées d’exemples internationaux. À titre d’illustration, en Inde, le système de distribution publique fournit des denrées subventionnées à plus de 800 millions de personnes grâce à l’identité biométrique Aadhaar.

En Iran, dès 2010, les subventions sur les carburants et l’alimentation ont été remplacées par des transferts monétaires directs à 90 % de la population, améliorant l’équité malgré l’inflation. Au Nigeria, des aides conditionnelles ciblées ont été mises en place pour les plus démunis, tandis qu’à La Réunion, les mesures ciblées, comme les tarifs d’électricité subventionnés atténuent le coût de la vie sans perturber le marché local.

À Maurice, le financement des subventions universelles repose sur le Price Stabilisation Fund, mais cette approche exerce une forte pression sur les finances publiques. Selon Suttyhudeo Tengur, l’introduction d’une carte intelligente ou de bons numériques permettrait de diriger les aides vers ceux qui en ont réellement besoin, protégeant le pouvoir d’achat des plus modestes tout en préservant l’espace budgétaire nécessaire au développement.

Pour lui, la politique actuelle n’est pas durable. Il plaide pour une transition vers des subventions ciblées, soutenues par des outils numériques, afin d’allier justice sociale, discipline budgétaire et résilience économique. Maurice peut encore s’inspirer des meilleures pratiques mondiales pour redresser le cap de manière responsable.

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