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Flacq

Sa licence révoquée : une pharmacie vendrait toujours des médicaments

26 septembre 2026, 15:00

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Sa licence révoquée : une pharmacie vendrait toujours des médicaments

■ Le reçu de gauche est «falsifié» par la pharmacie sans licence et celui de droite est la facture originale de la pharmacie en règle avec la loi.

Une pharmacie peut-elle continuer à vendre des médicaments après la révocation de sa licence ? C’est sur une situation pour le moins troublante que nous avons enquêté à Flacq. Plusieurs sources auprès des autorités compétentes nous ont confirmé que l’établissement concerné n’est plus autorisé à vendre des médicaments, sa licence pour opérer comme pharmacie ayant été révoquée.

Pourtant, lors d’un achat-test effectué cette semaine dans cette pharmacie qui se trouve à quelques mètres du poste de police, nous avons pu y acheter un médicament sans difficulté. Plus troublant encore, lorsque nous avons réclamé une preuve d’achat, le reçu qui nous a été remis portait le nom et les coordonnées d’une autre pharmacie. Cela soulève ainsi plusieurs questions concernant la vente de médicaments dans cet établissement, l’utilisation de reçus portant l’identité d’un autre commerce, la présence d’un pharmacien habilité à y exercer et les conditions dans lesquelles les médicaments qui y sont proposés seraient obtenus.

L’établissement avait déjà fait l’objet d’une intervention des autorités le 10 février 2015, lorsque des officiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) y avaient procédé à une inspection. Cette affaire avait donné lieu à sept accusations sous la Dangerous Drugs Act contre la pharmacienne. Il lui était notamment reproché de ne pas avoir correctement consigné dans le registre prévu à cet effet différentes opérations relatives à l’acquisition et la vente de médicaments dangereux entre janvier et février 2015. Des différences avaient été relevées entre certaines quantités inscrites dans le registre et le stock physiquement présent.

La pharmacienne avait reconnu l’existence d’excédents concernant certains médicaments, tout en expliquant la situation par des difficultés internes liées notamment à un manque de personnel. Cette procédure s’était soldée par son acquittement au tribunal de district de Flacq. Dans son jugement, le magistrat avait considéré que l’accusation n’avait pas apporté suffisamment d’éléments dans les sept accusations portées pour établir sa culpabilité au-delà de tout doute raisonnable. Nous n’avons pas obtenu de document officiel permettant de confirmer la nature de ces produits ou s’ils avaient fait l’objet d’une saisie.

Cette affaire ne permet toutefois pas de déterminer, à lui seul, le statut actuel de cette pharmacie. Mais les informations obtenues montrent que la licence pour opérer comme pharmacie a été révoquée. Elle ne serait donc plus autorisée à vendre des médicaments. Toutefois, elle pourrait continuer à commercialiser certains produits ne nécessitant pas cette autorisation – remèdes à base de plantes, produits de beauté ou paramédicaux. Nos interlocuteurs sont formels sur ce point.

C’est précisément ce que nous avons voulu vérifier en nous y rendant cette semaine. Nous avons demandé à l’employée présente un médicament qui nous a été remis et nous avons payé sans problème. Nous avons ensuite expressément réclamé un reçu. L’employée nous a remis un sachet gris contenant le médicament et la preuve de notre achat. En examinant ce document, nous avons découvert une anomalie importante, le reçu portait le nom et les coordonnées d’une autre pharmacie, située à quelques mètres de celle où la transaction venait d’être effectuée. Le médicament et le reçu obtenu lors de cet achat-test ont été conservés.

Nos vérifications ont ensuite permis de comparer ce document avec un reçu normalement délivré par la pharmacie dont le nom figure sur le reçu obtenu. Les différences entre les deux sont frappantes. Le reçu normalement émis par cette pharmacie comporte un numéro de facture et différentes références permettant d’identifier précisément la transaction. Celui qui nous a été remis lors de notre achat-test ne correspond pas au format habituellement utilisé par l’autre établissement et s’apparente plutôt à un reçu reproduit en plusieurs exemplaires, sur lequel apparaissent le nom et le cachet de cette pharmacie, mais sans les mêmes caractéristiques, ni les références des factures habituelles. Sa provenance et son utilisation dans un autre commerce nécessitent néanmoins des explications. Selon les renseignements recueillis, la propriétaire de l’établissement concerné aurait travaillé comme pharmacienne pendant un certain temps dans la pharmacie dont le nom apparaît sur ce reçu. C’est dans ce contexte qu’elle aurait eu accès à ce type de document.

«Aucune autorisation accordée»

Nous avons retrouvé et interrogé le responsable de la pharmacie dont le nom apparaît sur le reçu obtenu lors de notre achat. Celui-ci affirme n’avoir jamais autorisé l’établissement concerné à utiliser le nom, les coordonnées, le cachet ou les reçus de sa pharmacie pour effectuer ses propres transactions. Il aurait découvert la situation après avoir reçu, à plusieurs reprises, des appels de personnes souhaitant obtenir des renseignements sur des produits qu’elles pensaient avoir achetés dans son établissement.

Après vérification, il aurait constaté que des documents portant le nom de sa pharmacie avaient été remis à des clients de l’autre commerce. Le responsable aurait porté plainte à la police et informé les instances compétentes, il y a quelques mois. Or, malgré ces démarches, notre propre achat-test démontre qu’un document portant toujours le nom de sa pharmacie a été remis cette semaine après une transaction effectuée dans l’établissement concerné. Cet élément est d’autant plus important que le responsable affirme «n’avoir donné aucune autorisation» à cet effet.

Un autre volet de notre enquête concerne la présence d’un pharmacien autorisé à exercer dans les locaux. Selon les explications obtenues auprès des autorités compétentes, la propriétaire ne pourrait pas elle-même officier comme pharmacienne responsable de son établissement dans les circonstances décrites. Un autre pharmacien répondant aux exigences réglementaires devrait normalement assurer cette fonction lorsque l’établissement est dûment autorisé.

Mais nos interlocuteurs attirent surtout l’attention sur une question plus fondamentale ; dès que la licence pour opérer comme pharmacie est révoquée, la simple présence d’un autre pharmacien ne permet toujours pas à l’établissement de vendre des médicaments. Il convient ainsi de distinguer le statut personnel d’un professionnel enregistré comme pharmacien sur la licence permettant à un établissement déterminé d’exercer légalement comme pharmacie.

Selon d’autres renseignements additionnels, les autorités seraient de nouveau intervenues dans l’établissement en décembre dernier. Cette intervention ne semble toutefois pas avoir mis un terme à la situation qui nous a été rapportée puisque, plusieurs mois plus tard, nous avons nous-mêmes pu y acheter un médicament. Cette constatation soulève inévitablement une autre interrogation, comment l’établissement s’approvisionne-t-il en médicaments s’il n’est plus autorisé à les commercialiser ?

Négations de manquements

Selon nos informations, des fournisseurs ou distributeurs pharmaceutiques continueraient à approvisionner le commerce et des factures existeraient pour certaines de ces transactions. L’examen de ces documents pourrait permettre d’établir sous quel nom les commandes sont passées, quelle entité est facturée et dans quelles circonstances des médicaments continueraient à parvenir à un établissement qui n’est plus autorisé à les vendre.

Compte tenu de la gravité des différents éléments recueillis, nous avons contacté la propriétaire de l’établissement par téléphone afin de recueillir sa version des faits. Nous l’avons interrogée sur la vente de médicaments alors que sa licence a été révoquée ; des explications concernant le reçu portant le nom et le cachet d’une autre pharmacie qui nous a été remis lors de notre achat-test ; les conditions de l’activité pharmaceutique de son établissement et la présence d’un pharmacien habilité à y officier.

La propriétaire a nié en bloc les différents manquements exposés. Invitée à expliquer plus précisément pourquoi un document portant le nom d’une autre pharmacie nous avait été remis après l’achat d’un médicament et à répondre aux autres éléments recueillis au cours de notre enquête, elle n’a pas souhaité nous fournir davantage d’explications.

Le responsable de l’autre pharmacie affirme, de son côté, n’avoir jamais autorisé l’utilisation de son nom, de son cachet ou de ses reçus. Il appartient désormais aux autorités compétentes d’établir dans quelles circonstances ces activités se poursuivent, d’où proviennent les médicaments commercialisés, comment ils sont approvisionnés et quelle est l’origine exacte des documents remis aux clients.

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