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Roshan Kokil : «Ouvrir les portes à l’expertise étrangère sans compromettre la souveraineté nationale»

15 novembre 2025, 16:00

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Roshan Kokil : «Ouvrir les portes à l’expertise étrangère sans compromettre la souveraineté nationale»

Roshan Kokil, ex-ASP.

Face à la montée des crimes complexes – cyber attaques, blanchiment d’argent, trafic de drogue ou encore terrorisme –, l’État propose d’amender la Police Act (19/1974) afin de permettre au commissaire de police (CP) de retenir les services d’enquêteurs étrangers spécialisés. Cette réforme, défendue par l’ex-assistant surintendant de police (ASP) Roshan Kokil, lecturer et coach en Cursus Law and Criminal Justice, vise à renforcer la capacité d’enquête de la Mauritius Police Force (MPF) en intégrant des experts internationaux dans les dossiers les plus sensibles. Si la mesure s’aligne sur les pratiques globales et répond à un besoin réel d’efficacité, elle soulève néanmoins des interrogations sur la souveraineté nationale, la confidentialité et l’équilibre entre compétence locale et expertise étrangère. L’ex-ASP Roshan Kokil nous en dit plus.

? Quelle est la proposition principale présentée dans le document ?

La proposition vise à amender la Police Act pour permettre au commissaire de police (CP) de recruter des enquêteurs étrangers spécialisés afin d’assister dans les enquêtes criminelles complexes ou transnationales.

? Pourquoi cette réforme est-elle jugée nécessaire aujourd’hui ?

Parce que la criminalité moderne, souvent transnationale et technologiquement avancée, dépasse les capacités des méthodes policières traditionnelles. La MPF manque parfois de spécialistes en cybercriminalité, comptabilité légale ou contre-terrorisme.

? Quels avantages la présence d’experts étrangers pourrait-elle apporter ?

Ils apporteraient des compétences techniques de pointe et une expérience internationale, et pourraient aider à résoudre plus rapidement les affaires sensibles. Leur impartialité perçue renforcerait également la confiance du public dans certaines enquêtes controversées.

? Comment cette mesure pourrait-elle bénéficier au développement local ?

Les experts étrangers devraient former et encadrer les officiers mauriciens, assurant ainsi un transfert de compétences et un renforcement durable des capacités locales.

? Quelles sont les principales inquiétudes soulevées par cette réforme ?

Les critiques évoquent des risques pour la souveraineté nationale, la fuite d’informations sensibles, et l’absence de cadre juridique clair sur la responsabilité et la discipline de ces officiers étrangers.

? Comment éviter les risques liés à la confidentialité et à la sécurité nationale ?

Mon analyse recommande d’insérer des clauses de confidentialité strictes dans les contrats, et de limiter l’accès des experts étrangers à des informations définies et contrôlées par le CP.

? Les enquêteurs étrangers seront-ils soumis à la législation mauricienne ?

J’aurais souhaité que tout enquêteur étranger travaillant à Maurice ait le devoir de se conformer aux lois mauriciennes, notamment en matière de confidentialité, de manipulation des preuves et de conduite professionnelle.

? Quel rôle le ministre de l’Intérieur devrait-il jouer dans ce processus ?

Chaque engagement d’expert étranger devrait être préalablement ratifié par le ministre de l’Intérieur afin d’assurer un contrôle politique et institutionnel.

? Comment maintenir la transparence vis-à-vis du public ?

Des rapports périodiques au Parlement devraient être exigés pour informer sur les collaborations étrangères et garantir que ces engagements servent réellement l’intérêt national.

? Que recommandez-vous pour préserver la cohésion interne de la MPF ?

Je souligne que l’introduction d’experts étrangers doit être perçue comme complémentaire et non comme une substitution à la compétence locale afin d’éviter toute démotivation ou division au sein des forces de l’ordre.

? En quoi cette réforme s’inscrit-elle dans la dynamique internationale ?

Elle suit la tendance mondiale vers la coopération interjuridictionnelle, soutenue par des organismes comme Interpol, Afripol ou encore l’United Nations Office on Drugs and Crime, où l’échange d’expertise et la collaboration sont devenus essentiels face aux crimes transfrontaliers.

? Quelle conclusion tirez-vous sur cette réforme ?

Je considère cette réforme comme une avancée modernisatrice, à condition qu’elle soit encadrée par des garanties légales solides, qu’elle favorise la formation locale et qu’elle protège la souveraineté nationale.

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