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Questions à …
Rishi Seeruttun : «Montrer d’autres façons de peindre et d’accrocher au mur»
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Questions à …
Rishi Seeruttun : «Montrer d’autres façons de peindre et d’accrocher au mur»
■ Rishi Seeruttun sous l’installation de Mala Ramyead. La couleur des parasols renvoie à celle de partis politiques.
La troisième édition de l’exposition collective «Kontanporin» est visible au rez-de-chaussée et au premier étage du Caudan Arts Centre jusqu’au mercredi 14 octobre.
Quelles sont les nouveautés par rapport aux précédentes éditions ?
Il y a 12 artistes qui exposent. Il y a pas mal de gens qui nous ont approchés pour intégrer le collectif. Mais ce sont des gens qui ne travaillent que pour une exposition. Nous, on veut des artistes qui travaillent tout le temps, qui ont fait leurs preuves, qui ont une thématique.
Et l’équilibre entre les artistes connus et les jeunes talents ?
Il y a quatre jeunes. Ce sont des gens qui montrent quelque chose de nouveau à chaque fois. Nous accueillons Audrey Albert et sa thématique sur les Chagos. Elle montre un film court où son grand-père raconte ses souvenirs des Chagos et des photos de natifs et de descendantes. Il y a aussi les superpositions photographiques de Catherine Li, primée au Samudra Art Prize (NdlR : Catherine Li a gagné le Best Work Award 2026). Laëtitia McVeay fait des recherches sur les biomatériaux : le charbon, la terre, les pigments.
■ «Troolooloo» est un assemblage d’objets trouvés par Nirmal Hurry.
Le sculpteur Devanand Bungshee nous a rejoints. Il a fait toutes les grandes sculptures du front de mer : SSR, SAJ, mais il a aussi une collection privée, commencée il y a une trentaine d’années. Elle est extraordinaire et mérite d’être vue. Nous l’avons en partie transportée au Caudan Arts Centre.
L’art contemporain intrigue, repousse, effraie parfois. Quel est l’esprit de cette exposition ?
L’art contemporain est à 80 % philosophique et 20 % visuel. C’est toute la réflexion qui mène à la création de l’œuvre. Il y a des gens qui voient les œuvres mais ne les comprennent pas. Quand l’artiste leur explique sa démarche, c’est là qu’ils la comprennent.
On veut montrer qu’il y a d’autres façons de travailler que la manière classique de peindre et d’accrocher au mur. Kontanporin, c’est ce que le collectif d’artistes apporte de plus à ce qui existe déjà. Prenez les sculptures de Nirmal Hurry (NdlR : une série d’oiseaux à partir de pièces mécaniques). Il dialogue avec la matière. Regardez son crabe Troolooloo, réalisé à partir d’un réservoir à essence de moto. C’est une pièce ramassée il y a 15 ans. Nirmal Hurry se décrit comme un collectionneur impulsif d’objets trouvés. Mais son travail n’est pas d’exposer telle quelle la matière qu’on a jetée, mais de la transformer.
C’est l’une des définitions de l’art contemporain ?
C’est notre contribution. Ne pas proposer les mêmes choses à chaque fois. Quand on fait ça, le public a l’impression que les artistes ne travaillent pas. On ne voulait pas non plus d’un bazar, mais on voulait que le public ait assez d’espace pour circuler autour des œuvres, réfléchir, s’asseoir pour voir les choses.
On retrouve Ismet Ganti (NdlR : décédé le 10 février 2025)…
Kontanporin a commencé par un dialogue entre Ismet Ganti et moi. Il a laissé un patrimoine de milliers d’œuvres inédites. Le gros problème, c’est qu’il n’y a pas assez d’espaces pour faire connaître les artistes aux nouvelles générations.
Il y a une National Art Gallery qui n’a ni espace d’exposition ni collection historique…
Alors, qu’est-ce qu’on peut faire, nous, si on n’expose pas régulièrement ? L’année dernière, après le décès d’Ismet Ganti, nous étions très déçus de ne pas l’avoir eu à Kontanporin. Cette année, sa famille a accepté que l’on montre ses tableaux. On veut garder ses travaux vivants.
Quelle sera la prochaine étape ?
On a passé trois belles années au Caudan Arts Centre. Nous avons jeté des bases solides. Maintenant, on discute de l’avenir avec l’Institut français de Maurice (IFM). Le calendrier du collectif est déjà chargé de février à juillet 2027. Nous sommes 23 artistes, mais tous n’exposeront pas en même temps. Il y aura une programmation sur six mois avec des masterclasses et des tables rondes. Kontanporin, ce n’est pas juste une mode ou un groupe figé. Rester toujours au même endroit, ça nous étouffe. À l’IFM, il n’y a pas de murs pour exposer, ce sera un défi. On veut faire des œuvres in situ, des œuvres monumentales.
Pourquoi est-ce important de sortir des sentiers battus ?
On parle trop souvent des mêmes choses : l’esclavage, la coolitude, la condition des artistes et de Milbert (NdlR : naturaliste et peintre français, auteur de «Voyage pittoresque à l’île-de-France, au cap de Bonne Espérance et à l’île de Ténérife», paru en 1812). Après, il y aura la biennale (NdlR : le Budget 2026-2027 a annoncé l’organisation de la Biennale de l’océan Indien). J’accueille cette biennale favorablement.
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