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Questions à…

Rajesh Mohur : «Les Mauriciens ont désormais un Saint pour eux qui parle Kreol»

6 septembre 2025, 17:00

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Rajesh Mohur : «Les Mauriciens ont désormais un Saint pour eux qui parle Kreol»

■ Rajesh Mohur habite toujours dans la maison de Carlo à Milan où les parents du Saint viennent en vacances mais ils vivent désormais à Assise.

Les catholiques seront plus particulièrement en liesse demain, dimanche 7 septembre, pour la canonisation de Pier Georgio Frassati et de Carlo Acutis lors d’une messe, qui sera célébrée sur la place St Pierre à Rome par le Pape Léon XIV. De ces deux saints, Carlo Acutis est le plus proche de nous car il a eu pour accompagnateur le Mauricien Rajesh Mohur, qui vit encore dans sa maison familiale à Milan. Le Mauricien lui avait beaucoup parlé de Maurice et lui avait même enseigné le kreol et la comptine Larivier Tanie. Cette canonisation, censée avoir lieu le 27 avril dernier, a été reportée en raison du décès du Pape François. À l’époque, nous avions interviewé Rajesh Mohur par téléphone et ses réponses sont toujours d’actualité. Les voici.

Comment les catholiques d’Italie se préparent-ils à la canonisation de Carlo ?

De nombreux catholiques d’Italie auraient voulu se rendre à Rome pour participer à la canonisation mais tous ne pourront le faire. Beaucoup suivront la retransmission de la messe à la télévision. Mais de nombreux pèlerins italiens n’arrêtent pas de défiler devant la tombe de Carlo où son corps est exposé à l’église Santa Maria Maggiore, connue aussi comme le Sanctuaire de Spogliazone à Assise. Ils participent régulièrement aux processions, surtout les jeunes.

Que ressentezvous par rapport à cette canonisation ?

Je suis très content que Carlo soit canonisé. C’est une fierté pour moi. Je pense aussi qu’il est un exemple pour le monde, surtout pour les jeunes. Cette canonisation leur permettra de découvrir sa vie et leur montrera qu’ils doivent suivre ses pas.

Quels souvenirs conservez-vous de Carlo ?

L’Italie a été une terre d’accueil pour moi. J’ai travaillé et j’ai rencontré la famille de Carlo à travers une agence de travail. Quand j’ai débarqué à leur domicile pour l’interview et que j’ai sonné, c’est Carlo qui est venu m’ouvrir. Il m’a immédiatement pris la main et m’a accompagné auprès de ses parents. L’interview était censée durer une demi-heure mais ça a duré plusieurs heures car Carlo m’a emmené dans le salon et a sorti tous ses jouets pour me les montrer. Et puis il a demandé à sa maman si elle pouvait me garder à dîner. Elle était surprise, d’autant plus qu’il y avait plusieurs baby-sitters filles qualifiées qui étaient venues en interview mais il n’avait pas agi de la sorte avec elles. Carlo a alors répliqué que je suis son zucchero, soit son sucre, et que j’allais l’accompagner tous les jours à l’école. Cela m’a énormément touché. À le regarder, il était comme un petit ange. C’est ainsi que notre histoire commune a commencé.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué avec Carlo ?

Il était un enfant issu d’un milieu privilégié mais malgré cela, il ne menait pas une vie luxueuse. Il n’était pas tenté par les choses matérielles. Il menait une vie simple et lorsque les gens lui offraient de l’argent pour Noël, pour son anniversaire ou pour la fête de Pâques, il ne le dépensait pas mais l’économisait. Je vivais avec la famille. En week-end, on allait faire un tour en ville dans les jardins et dès qu’il croisait des pauvres, il prenait ses économies et les partageait avec eux. Il allait adorer l’Eucharistie tous les jours.

Parlez-nous de votre conversion.

Depuis que j’ai quitté Maurice, j’étais en recherche spirituelle. C’est dans la nature humaine de chercher la vérité en tout. J’étais en quête de vérité spirituelle car je me sentais vide à l’intérieur, malgré que je pratiquais l’hindouisme. Après ma rencontre avec Carlo, ma vie a complètement changé. Car ce petit garçon que j’accompagnais depuis l’âge de quatre ans jusqu’à son décès à 15 ans, tenait toujours à s’arrêter à l’église pour faire l’adoration de l’Eucharistie avant d’aller à l’école. Et chaque matin, je restais à quelques mètres derrière lui et j’observais ses réactions. Il se rendait devant le tabernacle comme si qu’une personne l’y attendait, qu’il y avait une présence là-bas. Il était en silence, comme en conversation muette. Presque tous les jours, il en était ainsi. J’étais intrigué. Il m’a alors expliqué que Dieu est présent dans le tabernacle car c’est là que se trouve son corps, son sang, son âme. Il m’a dit que notre génération est chanceuse car il y a 2000 ans, les disciples du Christ devaient parcourir des kilomètres pour aller à sa rencontre alors que maintenant, pour le rencontrer, il suffit d’entrer dans l’église la plus proche de notre maison et nous recueillir devant le tabernacle. Il m’a expliqué l’importance de l’Eucharistie et que lorsqu’on est en communion avec le Seigneur, on ira au Paradis où l’on rencontrera aussi la Vierge Marie et tous les saints. Et que lorsqu’on ouvre son cœur au Seigneur, on n’a aucune tentation. Il m’a dit que lorsqu’on participe à la messe et que l’on fait sa première communion, notre vie va changer. Ses explications mais aussi ses actions ont mené à ma conversion. Carlo était toujours préoccupé par les pauvres et leur faisait l’aumône. Un jour, avant d’entrer à l’église, il avait vu un clochard qui dormait dehors sur un carton. Il était préoccupé et ne voulait pas aller à l’école. J’ai insisté avec lui en lui disant qu’on verrait cela à son retour de l’école. Dès qu’il est rentré à la maison, il a parlé de ce clochard à sa maman et lui a remis l’argent que ses grands-parents lui avaient offert pour son anniversaire en lui demandant d’acheter un sac de couchage pour ce sans-abri. Cela a été fait immédiatement. Nous avons été à la rencontre du clochard et lui avons remis le sac de couchage. Il a aussi demandé à sa maman d’offrir un repas au quotidien à ce clochard et c’est moi qui le préparais. Carlo et moi allions lui livrer le repas tous les jours. Il y avait beaucoup d’émigrés qui travaillaient aux alentours du quartier où il vivait à Milan et Carlo avait sympathisé avec eux et avait toujours une parole gentille à leur intention. Il ne faisait aucune différence entre les races et les différentes nationalités. Il ne mettait aucune barrière entre eux et lui. Lors de ses funérailles, plusieurs d’entre eux sont venus et étaient en larmes. Ils n’avaient jamais vu une personne aussi adorable, aussi généreuse. Ces actions quotidiennes de Carlo m’ont beaucoup touché et m’ont fait changer. J’ai réalisé que le vide que je ressentais au fond de mon cœur commençait à être comblé. Et cela m’a incité à demander le baptême. Carlo avait fait sa maman m’acheter des DVD sur la vie du Christ, de la Vierge, des saints et il m’expliquait des choses en lien avec la Bible. Il l’expliquait de façon extraordinaire. J’ai suivi des cours de catéchisme pendant deux ans et demi et sa maman et son papa ont été ma marraine et mon parrain le jour de mon baptême. Carlo m’a dit que le jour où je serai baptisé, ce serait un grand jour pour moi car je serais en contact perpétuel avec le Seigneur, qu’il agirait dans ma vie et que tout changerait. Et c’est vrai.

Avez-vous pensé regagner Maurice après la mort de Carlo ?

Je dois avouer que j’étais très découragé car j’étais très attaché à lui. Je n’avais plus envie de vivre dans la maison familiale où j’avais tant de souvenirs de lui. Un jour, il m’est apparu dans un rêve et m’a dit de ne pas être découragé, qu’il ne m’a pas quitté, qu’il veille sur moi et le fera toujours. Il m’a dit de ne pas craindre la mort car après elle, il y a l’éternité dans le Paradis. Il a dit que si je suivais tous les commandements de Dieu et que je faisais Dieu passer en premier dans ma vie, j’iras au Paradis.

Savait-il, de son vivant, qu’il serait un jour canonisé ?

Lorsque sa leucémie fulgurante a été découverte et qu’il se savait mourant, il a dit à sa mère que son désir était d’être enterré à l’église Santa Maria Maggiore à Assises. En rêve, il lui a dit qu’il, il deviendrait le serviteur de Dieu, qu’il serait béatifié et canonisé. Toutes ces étapes, il les avait prévues. Il lui a aussi dit qu’après son décès, elle aurait des jumeaux. Et cela a été le cas. Son corps resté intact à l’ouverture de sa tombe est un cadeau qu’il a offert au monde entier. Je considère que Carlo possédait toutes les qualités d’un saint. Il avait le cœur sur la main pour les enfants pauvres, il donnait des leçons aux enfants de sa classe qui étaient en retard sur leur programme d’études. Quand il savait que la famille d’un de ses copains de classe divorçait, il invitait celui-ci à la maison pour passer du temps et il lui remettait une Bible avant son départ, en lui recommandant de prier Dieu et que tout irait bien.

Lui avez-vous parlé de Maurice ?

Depuis que je m’occupais de Carlo, je lui avais appris le kreol. Je lui ai fait chanter Larivier Tanie qu’il a aussi appris. J’ignorais qu’en lui apprenant le kreol, cela aurait été un jour utile à mes compatriotes qui peuvent lui parler et le prier en kreol. Dans des moments difficiles, implorez-le en kreol et communiquez avec lui en kreol. Je lui ai beaucoup parlé de Maurice et il avait envisagé d’y venir un jour. Mais le Seigneur en a décidé autrement. Sa canonisation devrait être une fierté pour les Mauriciens car ils ont désormais un Saint qui comprend le kreol et qui sait chanter Larivier Tanie. Carlo est un Saint pour Maurice.

Quel était le message de Carlo que vous avez retenu le plus ?

Carlo disait que les gens vivent des moments difficiles parce qu’ils se sont éloignés de Dieu et que le bonheur ne se trouve ni dans l’argent, ni dans la drogue, ni dans les choses matérielles mais dans l’Eucharistie. C’est dans l’Eucharistie qu’il y a toutes les réponses. J’ai fait l’expérience du Dieu réel dans l’Eucharistie. Le message personnel que je retiens de lui a eu lieu le jour de mon baptême. Au sortir de l’église, les parents de Carlo ont voulu me faire un beau cadeau et m’emmener dans un des restaurants chinois les plus prestigieux de Milan. J’ai dit à Carlo que c’était un beau cadeau pour moi comme pour lui. Il m’a rappelé que le plus beau cadeau que j’ai reçu est le baptême.

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