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Santé mentale
Qu’en est-il avec l’âge ?
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Santé mentale
Qu’en est-il avec l’âge ?
Dr Vicky Naga, médecin gériatre ; Safia Adamjee, psychologue spécialisée en psychogérontologie.
La santé mentale nous concerne tous, quel que soit notre âge. A l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, nous nous intéressons au bien-être des personnes âgées et à l’importance de préserver leur santé physique, mais aussi mentale. Safia Adamjee, psychologue spécialisée en psychogérontologie et Dr Vicky Naga, médecin gériatre, nous expliquent.
Avec l’âge, devient-on automatiquement plus fragile psychologiquement ? Non, répond Safia Adamjee. « Vieillir n’est pas une maladie et certaines personnes peuvent avoir une grande capacité d’adaptation, notamment grâce à leur vécu. » Bien sûr, certaines situations peuvent toutefois nous rendre plus vulnérable, comme une maladie, le décès d’un proche, une retraite non anticipée, une perte d’autonomie ou encore un changement de logement.
De son côté, le Dr Naga évoque plutôt la notion de fragilité chez la personne âgée. « Elle est une personne fragile et toute modification de son environnement physique ou social peut avoir un impact sur sa santé mentale. » Cette fragilité physique peuvent être évaluée objectivement lors d’un examen clinique, permettant ensuite de classer les personnes en trois catégories.
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Catégorie 1 : la personne âgée qui vieillit en bonne santé, reste autonome et qui ne présente pas de troubles cognitifs. Elle gère son quotidien, son budget et ses médicaments elle-même, et peut utiliser les transports en commun sans difficulté.
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Catégorie 3 : la personne grabataire, présentant des troubles cognitifs et totalement dépendante pour les actes de la vie quotidienne.
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Entre les deux se trouve la personne dite « fragile ». Elle reste encore relativement autonome, mais un événement comme une maladie, une chute ou un changement dans son environnement peut rapidement entraîner une perte d’autonomie et la faire basculer vers la catégorie 3.
Pour le Dr Naga, tout l’enjeu de l’évaluation gériatrique standardisée repose sur le dépistage de ces signes de fragilité et des symptômes gériatriques : dénutrition, chutes à répétition, troubles cognitifs, incontinence urinaire ou fécale, anxiété ou encore dépression. Le dépistage repose sur des critères objectifs et permet alors, lorsque nécessaire, d’orienter la personne vers le professionnel le plus adapté.
Ce qui joue sur le moral et le mental
Parmi les difficultés les plus souvent rapportées, l’isolement est le problème le plus récurrent. Il peut entraîner un sentiment d’inutilité et favoriser l’anxiété ou des troubles du sommeil. Pour les personnes confrontées à une maladie, à un AVC ou à une autre pathologie pouvant entraîner une perte d’autonomie, il peut aussi y avoir le sentiment d’être un poids pour la famille et l’entourage. « Il y a plusieurs facteurs qui expliquent le problème de santé mentale chez la personne âgée : l’entrée dans la maladie, la perte de la santé, la perte d’autonomie, la perte de revenue… » souligne le Dr Naga. Selon le médecin gériatre, tous ces changements se vivent de manière personnelle, sont acceptées rapidement ou rejetées.
Et puis, il y a cette fameuse retraite. Certains l’attendent avec impatience, tandis que d’autres ne l’anticipent pas et peuvent avoir du mal à vivre ce changement. Elle peut parfois coïncider avec l’annonce d’une maladie, mais aussi s’accompagner d’une baisse de revenus qui bouleverse le quotidien. À cela s’ajoutent de nouvelles journées, désormais rythmées différemment, avec parfois le sentiment de ne plus avoir de but. « Les premières semaines, on est très bien, jusqu’à ce qu’on réalise que c’est le nouveau quotidien, sans forcément avoir des journées meublées ou un but. En plus, quand on n’a pas de loisirs, cela joue sur le moral, c’est le vide » , explique Safia Adamjee.
Lorsque la santé mentale est affectée, le Dr Naga peut être amené à prescrire des antidépresseurs à certains patients. « Alors qu’il y a des solutions souvent simples : avoir une activité, maintenir des liens sociaux, préparer sa retraite », souligne-t-il.
Les signes d’alerte
Le plus important est de rester attentif aux changements de comportement et dans le quotidien. Souvent, c’est l’entourage, voire le médecin traitant, qui donne l’alerte. Problème de mémoire, perte du langage, confusion, agressivité verbale ou physique, trouble du sommeil, perte d’appétit… sont autant de signes qui peuvent nécessiter une consultation. « Attention, ces signes ne signifient pas forcement qu’il y a un trouble cognitif, » prévient le Dr Naga. Il s’agit de faire un bilan, et de trouver les causes, curables et non curables. Surtout, on évite de poser un diagnostic soi-même et on privilégie la consultation auprès d’un médecin de famille, qui connaît le dossier du patient et peut assurer un suivi dans le temps, ajoute Safia Adamjee.
Comme le rappelle l’OMS, la santé est un tout. C’est « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Si la santé physique occupe souvent le devant de la scène, elle ne doit pas faire oublier l’importance de la santé mentale. Les deux sont étroitement liées et contribuent, ensemble, au bien-être de la personne âgée.
Cultiver sa santé mentale
Préserver sa santé mentale et cognitive passe aussi par le maintien d’une vie active, aussi bien sur le plan physique qu’intellectuel. « Il faut, dès le début, entretenir son corps et son esprit », explique le Dr Vicky Naga. Mots croisés, échecs, lecture, pêche ou toute autre activité appréciée peuvent contribuer à maintenir les capacités cognitives. Il n’est jamais trop tard pour apprendre ! « Certaines études montrent que lorsqu’on apprend une nouvelle activité avec l’âge, on sollicite davantage son cerveau, qui ne fonctionne plus seulement dans les automatismes », souligne Safia Adamjee. Découvrir un nouveau jeu, apprendre une compétence ou s’intéresser à un nouveau sujet permet ainsi de stimuler les fonctions cognitives. Au-delà de l’apprentissage, ces activités sont aussi l’occasion de maintenir des liens sociaux et d’éviter l’isolement.
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