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Pouvoirs malgaches
Quel camp choisir ? Et à quel prix ?
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Pouvoirs malgaches
Quel camp choisir ? Et à quel prix ?
Trois pouvoirs s’entrechoquent dans le sud-ouest de l’océan Indien après le séisme malgache : le pouvoir politico militaire (un couple certes illégitime, mais qui s’installe progressivement) ; le pouvoir économique et financier (celui de l’argent et des réseaux opaques, notamment celui qui gravite autour de Mamy Ravatomanga) ; et enfin le pouvoir diplomatique (celui des États qui prétendent ne pas s’ingérer tout en tirant les ficelles). C’est dans ce triangle d’influences que Maurice ‒ qui n’a pas encore pris position, mais s’aligne par défaut sur la condamnation de l’Union africaine ‒ doit désormais naviguer, au risque de perdre sa cohérence entre principes, prudence et profit.
La diplomatie adore les lignes claires. L’affaire Mamy Ravatomanga lui impose un labyrinthe. Qui Maurice reconnaît-elle aujourd’hui : le couple Rajoelina–Mamy, tuteur d’un ancien ordre où l’argent et l’État se confondent ? Ou le colonel Michaël, porté par la rue et par le CAPSAT, condamné par l’Union africaine pour une «prise de responsabilités» que d’aucuns nomment encore coup d’État ? Dans cette ambiguïté, une certitude : les décisions que nous prenons à Port-Louis engagent notre crédibilité financière, notre État de droit et la réputation de notre centre offshore.
Les faits sont têtus. Depuis le 11 octobre, l’histoire malgache s’écrit à Analakely : refus de tirer sur la génération Z, qui ne veut plus du couple Rajoelina–Mamy aux affaires ; basculement de corps armés ; destitution parlementaire ; colonel président prêtant serment à la Haute cour constitutionnelle. Entre-temps, un ex-chef d’État exfiltré par la France ; des avions qui se croisent entre Sainte-Marie, La Réunion, Maurice et Dubaï, dans le dos du Premier ministre par intérim mauricien ; et l’homme d’affaires Mamy, hospitalisé à Maurice, au cœur d’une procédure de la Financial Crimes Commission (qui a trouvé bien plus gros poisson que Dip ou Jagai) et d’une demande d’extradition. Puis débarque Fanirisoa Ernaivo, ex-magistrate devenue figure de la refondation, pour pousser la coopération judiciaire, dénoncer un projet de fuite «à la Ghosn» et sommer notre justice et l’Attorney General de choisir leur camp ‒ malgré les lobbies qui veulent jeter de la boue sur elle. De quel côté de l’histoire veut-on se ranger ?
Choisir quoi, exactement ? Le droit, d’abord. Notre Attorney General a raison sur un point : un «mandat» émis par des autorités contestées n’a pas force de loi chez nous. Sans base conventionnelle ni entraide formalisée, nous n’agissons pas. Mais l’argument s’arrête là où commence la demande d’extradition en bonne et due forme. Dès qu’elle est déposée, tout bascule dans la salle d’audience : recevabilité, double incrimination, garanties de procès équitable, risques politiques. C’est au juge ‒ pas au diplomate ‒ de dire le droit.
La politique, ensuite. Reconnaître le colonel ou se retrancher derrière la fiction d’une continuité rajoelinienne ? La région nous regarde. L’UA a suspendu Antananarivo ; la SADC négocie sur place ; Paris sermonne sur l’ordre constitutionnel tout en «accompagnant» des évacuations dont personne ne veut publier le manifeste. Dans cet entre-deux, Maurice doit parler le langage des principes : condamnation de toute rupture inconstitutionnelle, appui au retour à la normale, protection des personnes et des biens, et coopération judiciaire limitée par l’État de droit. Ferme, lisible, prévisible.
L’économie, surtout. Notre centre financier vit d’oxygène immatériel : confiance, conformité, constance. À chaque scandale venu d’ailleurs ‒ Angola hier, Inde avant-hier, Madagascar aujourd’hui ‒ la tentation est grande d’ouvrir les vannes aux capitaux «agiles». Mauvais réflexe. La seule stratégie gagnante, c’est la verticalité : KYC sans passe-droit, PEP scrutés, flux traçables, juges indépendants, FCC à équidistance des puissants. Il faut profiter de la présence de Mamy pour comprendre les failles de notre système financier (s’il y en a) et les relais locaux de ces Malgaches qui nous rappellent les Angolais. Autrement, nous rejouerons l’éternel va-et-vient entre attractivité et listes grises.
Reste la politique intérieure. Chez nous aussi, Mamy divise : alliés et adversaires se croisent dans les couloirs et sur les terrains de golf, conseillent Air Mauritius d’un côté, jurent fidélité à la transparence de l’autre. À l’exécutif de tenir la barre : pas d’ingérence dans la procédure, pas de signal brouillé au marché, pas de diplomatie à géométrie variable. La séparation des pouvoirs n’est pas une posture : c’est un cordon sanitaire.
«Qui reconnaître ?» La question est mal posée. Reconnaissons d’abord ce qui fait de nous une République : la loi, les traités, les juges. Si l’extradition est demandée, qu’elle soit instruite, contradictoire, publique. Si la refondation malgache veut notre coopération, qu’elle présente des garanties, pas des communiqués. Et si la France veut jouer les pompiers, qu’elle commence par allumer la lumière. Quant à la Commission de l’océan Indien, dont le secrétaire général est un ancien ministre de Rajoelina et qui ne peut commenter des affaires dites nationales ou bilatérales, elle semble écartelée entre deux pôles… Pour combien de temps encore ?
Dans cette affaire qui sent le règlement de comptes et la grande corruption, la boussole mauricienne tient en trois mots : droit, distance, décence. Le reste n’est que turbulence ‒ et une histoire de gros sous, qui avait déjà fait tomber une présidente de la République bien de chez nous, avec des fonds venus de l’étranger.
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