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Trafic de drogue

Quand Telegram devient le supermarché clandestin des stupéfiants

6 octobre 2025, 13:00

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Facebook X WhatsApp

À l’ère du numérique, le trafic de drogue ne se limite plus aux coins de rues sombres ou aux transactions discrètes en pleine nuit. Aujourd’hui, une partie de ce commerce illicite s’est déportée sur Telegram, une messagerie cryptée qui connaît une croissance fulgurante, notamment en Afrique. À Maurice, le phénomène prend de l’ampleur, et le constat est alarmant.

Hissen Caramben, chargé de recherche dans une agence internationale sur les questions de cybersécurité et de criminalité numérique, tire la sonnette d’alarme. Selon lui, «Telegram est devenu une véritable place de marché pour les trafiquants de drogue. C’est un réseau bien structuré, difficile à détecter, et souvent inaccessible aux autorités traditionnelles.» Contrairement à WhatsApp ou Facebook Messenger, Telegram permet de créer des chaînes publiques ou privées, où les administrateurs peuvent diffuser des informations à des milliers de membres sans qu’aucune interaction directe ne soit nécessaire. C’est précisément ce modèle qui attire les trafiquants.

WhatsApp Image 2025-10-03 at 15.58.43.jpeg Le policier Hissen Caramben s’inquiète de ce phénomène sur les jeunes.

Dans ces groupes, on retrouve une véritable «interface utilisateur» pour la drogue : menus codés, promotions, «livraison express», commandes personnalisées par message direct (MD) et même un système de notation des vendeurs. Les produits proposés vont du cannabis aux drogues dures en passant par des médicaments détournés, comme le Subutex ou la méthamphétamine. «Une fois que vous rejoignez un groupe, un administrateur vous guide. Vous voyez un “catalogue’’ avec des quantités, des prix, des codes couleurs. Par exemple, “MG vert’’ pour un gramme de marijuana. Vous payez, vous attendez la livraison, souvent par un livreur en scooter. Le tout sans jamais voir le visage du vendeur»*, explique Hissen Caramben.

Système sophistiqué difficile à infiltrer

Selon Caramben, les trafiquants utilisent un langage codé, des pseudonymes, des comptes temporaires et des applications de paiement cryptées. Les livraisons sont organisées avec une précision chirurgicale : lieux de dépôt définis, vidéos de confirmation, géolocalisation, et parfois même des «drops» anonymes où le client vient récupérer la drogue sans contact humain. La vérification se fait entièrement sur les réseaux sociaux. Dans une opération récente à l’échelle mondiale, 271 arrestations ont été réalisées suite à des traques numériques, démontrant l’ampleur du phénomène. «Il ne s’agit plus de petits deals à l’ancienne. Il s’agit d’une entreprise structurée, presque un Uber de la drogue.»

Hissen Caramben s’inquiète de l’impact sur la jeunesse mauricienne. De plus en plus de jeunes, parfois dès l’adolescence, sont impliqués dans ce réseau – que ce soit en tant que consommateurs, intermédiaires ou livreurs. *«Ces jeunes viennent souvent de familles en difficulté. Ils ne trouvent pas d’emploi, mais peuvent gagner des dizaines de milliers de roupies par mois en intégrant ce système. Résultat: déscolarisation, dépendance, criminalité.»*Certains revendent même les drogues dans les écoles, où des cas de consommation ont déjà été rapportés.
Malgré des efforts accrus, les autorités mauriciennes semblent dépassées par la sophistication de ces réseaux. Le manque de moyens technologiques, l’absence de GPS pour certains corps de police, et la méfiance généralisée envers les forces de l’ordre aggravent la situation. «Beaucoup de jeunes ne font pas confiance à la police. Ils ont peur ou pensent que cela ne sert à rien. Le système judiciaire semble lent, déconnecté de cette nouvelle réalité numérique», explique Hissen Caramben.

Et maintenant ? Digitaliser la lutte

Pour Hissen Caramben, la solution passe par une refonte complète des méthodes de lutte contre la drogue, adaptée au monde numérique. Il appelle à une meilleure collaboration entre les services de sécurité, des experts en cybersécurité, des sociologues et les communautés locales. Il évoque aussi la nécessité d’un programme scientifique et humain, et non uniquement répressif. Le but : démanteler les réseaux, mais aussi proposer des alternatives crédibles aux jeunes tentés par cette voie.

Telegram, longtemps vue comme une plateforme de messagerie neutre, est désormais utilisée comme outil principal par des réseaux de trafic de drogue à Maurice. La facilité d’accès, l’anonymat et l’absence de contrôle strict font de cette application un véritable paradis pour les criminels modernes. Aujourd’hui le défi est majeur : comment endiguer un phénomène qui évolue plus vite que les lois ? «Il est temps de parler, d’agir et surtout, d’innover. Sinon, c’est toute une génération qui risque d’être sacrifiée», conclut Hissen Caramben.

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