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Cybercriminalité

Quand les escrocs s’habillent aux couleurs de la presse

16 septembre 2026, 12:53

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Quand les escrocs s’habillent aux couleurs de la presse

Photo d'illustration.

Le phénomène prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Des publications qui ressemblent à s’y méprendre à de véritables articles de presse circulent sur Facebook et d’autres plateformes, reprenant les logos de journaux connus, leur mise en page, ainsi que les noms et photographies de journalistes. Derrière cette apparence soigneusement travaillée se cachent toutefois des contenus qui n’ont jamais été publiés par les rédactions concernées. Dans certains cas, ces faux articles servent même de porte d’entrée à des escroqueries financières.

Le véritable danger est là, derrière un faux article peut se cacher une véritable tentative d’escroquerie. Et lorsqu’un logo de presse, le nom d’un journaliste ou la photographie d’une personnalité sont utilisés pour rassurer les victimes potentielles, c’est la crédibilité de toute la profession qui est mise à contribution.

Un exemple récent illustre particulièrement bien cette nouvelle forme de manipulation. Une publication circulant sur les réseaux sociaux reprend l’identité visuelle de l’express, avec le logo du journal, une présentation similaire à celle du site d’information et le nom ainsi que la photographie d’un journaliste. Le titre affirme que «des milliers de Mauriciens gagnent déjà plus de Rs 50 000 par semaine» grâce à un prétendu projet associé à Arnaud Dalais et s’interroge sur les raisons pour lesquelles les banques traditionnelles «tireraient la sonnette d’alarme». Pour un internaute qui ne prend pas le temps de vérifier la source, tout est fait pour donner l’impression qu’il s’agit d’un véritable article publié par l’express.

Un détail permet pourtant de déceler la supercherie. L’adresse internet affichée en haut de la capture d’écran n’est pas celle du site officiel du journal, mais un autre nom de domaine. Le logo, la présentation et la photographie du journaliste ont donc été utilisés pour créer une apparence de crédibilité autour d’un contenu provenant d’une source étrangère au média. Cette technique est particulièrement efficace parce qu’elle exploite la confiance que le public accorde aux médias établis. Le lecteur ne voit pas seulement une publicité ou une publication anonyme, il croit lire une information qui aurait été vérifiée et publiée par une rédaction professionnelle.

Le recours au nom et à la photographie de journalistes constitue une autre étape dans cette stratégie. Les professionnels de la presse peuvent ainsi se retrouver, à leur insu, associés à des investissements, des produits financiers ou des déclarations qu’ils n’ont jamais présentés au public. Leur identité devient en quelque sorte un outil marketing pour les fraudeurs. La présence d’une signature et d’une photographie donne au faux contenu une apparence d’authenticité supplémentaire et peut convaincre des internautes qui auraient été méfiants face à une publicité ordinaire.

Le phénomène ne se limite d’ailleurs pas aux prétendues opportunités d’investissement. D’autres faux articles font croire à l’arrestation ou à l’interrogatoire de journalistes, voire à leur implication dans des affaires judiciaires. Là encore, les mêmes recettes sont utilisées.

Cette évolution est d’autant plus préoccupante que les réseaux sociaux permettent à ces contenus de se propager en quelques heures. Une capture d’écran peut être enregistrée, recadrée puis partagée dans des dizaines de groupes Facebook ou WhatsApp, sans que le lien original soit vérifié. Une fois détachée de son contexte, l’image peut être perçue comme une preuve alors qu’elle ne constitue en réalité aucune garantie d’authenticité. Le simple fait qu’un logo de journal apparaisse sur une publication ne signifie donc pas que celle-ci provient du média concerné.

Les promesses de gains rapides constituent l’un des principaux ressorts de ces opérations. Dans le cas de la publication récente, l’annonce de revenus de Rs 50 000 par semaine est utilisée comme principal argument pour attirer l’attention. Les internautes sont généralement invités, directement ou indirectement, à cliquer sur un lien, à communiquer leurs coordonnées ou à effectuer un premier versement. La mise en scène médiatique permet de franchir une première barrière, celle de la méfiance du lecteur.

La Banque de Maurice a déjà mis en garde par le passé contre la circulation de faux articles faisant la promotion de prétendus investissements à hauts rendements sur les réseaux sociaux. Le 29 août, elle a également publié un nouvel avertissement concernant un contenu diffusé en ligne qui prétendait bénéficier du soutien de la Banque et de banques commerciales. Ces avertissements montrent que le recours à de fausses informations et à de fausses références institutionnelles est devenu un procédé récurrent dans les arnaques financières.

Le phénomène prend une dimension supplémentaire avec l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle. Des fraudeurs peuvent désormais produire des images, des vidéos et des enregistrements donnant l’impression qu’une personnalité connue recommande un investissement ou affirme avoir réalisé d’importants bénéfices. Début septembre, IBL avait ainsi alerté le public après la circulation de contenus frauduleux utilisant son nom, son logo et des représentations générées par intelligence artificielle de son Group CEO, Arnaud Lagesse, afin de promouvoir de prétendues opportunités d’investissement.

Les médias eux-mêmes deviennent donc des marques dont l’identité visuelle peut être détournée. Pour les rédactions, le problème ne se limite pas à une simple imitation graphique. Il s’agit également d’une atteinte à leur crédibilité et, dans le cas des journalistes personnellement ciblés, à leur réputation professionnelle.

Face à cette multiplication des faux contenus, les internautes doivent adopter un réflexe devenu indispensable : vérifier avant de croire et, surtout, avant de partager. Lorsqu’un article semble provenir d’un média connu, la première vérification consiste à se rendre directement sur le site officiel du journal et à rechercher le titre ou les mots-clés de l’article. L’adresse du site doit également être examinée attentivement. Un logo peut facilement être copié ; le nom de domaine, lui, constitue un premier élément permettant de détecter une imitation. Il faut également se méfier des titres promettant des rendements exceptionnels, particulièrement lorsqu’ils sont accompagnés d’un formulaire, d’un numéro de téléphone ou d’une invitation à investir.

Dans le cas d’un prétendu article annonçant l’arrestation d’un journaliste, le même principe s’applique. Une information aussi grave devrait pouvoir être retrouvée sur les plateformes officielles du média ou être confirmée par plusieurs sources crédibles. Une simple capture d’écran diffusée sur Facebook ne peut en aucun cas être considérée comme une preuve.

Du côté de la police, on nous explique : «Avec le nombre grandissant d’activités en ligne, la police constate une augmentation significative des cas de cybercriminalité. La majorité de nos enquêtes intègrent désormais un volet lié aux modes de communication digitaux. En ce qui concerne les infractions en ligne, les contenus portant préjudice à une personne demeurent particulièrement récurrents. La Police conduit les investigations sur ces faits criminels et engage des poursuites en fonction des conclusions issues des enquêtes. S’agissant de la suppression de publications diffamatoires sur les réseaux sociaux, toute requête doit être soumise via la plateforme MAUCORS du CERT-MU. Il est à noter que certaines personnes sollicitent uniquement le retrait du contenu, sans souhaiter engager de procédure d’enquête policière et potentiellement judiciaire.»

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