Publicité

Pourquoi une refonte de notre régulateur de la concurrence s'impose ?

8 octobre 2026, 10:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Pourquoi une refonte de notre régulateur de la concurrence s'impose ?

Maurice aime se présenter comme une plateforme économique sophistiquée et avant-gardiste. Pourtant, pour le citoyen moyen confronté aux réalités quotidiennes du marché local, tout comme pour l'entrepreneur qui tente de maintenir son activité à flot, cette sophistication ressemble à un vernis bien mince. D’un secteur bancaire hyper-concentré à la tarification opaque de la santé privée, et de réseaux monopolistique de distribution alimentaire à de rigides cartels d’assurances, l’économie mauricienne reste prisonnière d’un vieux paradigme. C'est un système lourdement dominé par des conglomérats historiques, des structures hautement cartélisées et des incitations omniprésentes à la recherche de rentes.

Nulle part cette impasse structurelle n'est plus punitive que dans le double fardeau qui écrase notre paysage économique : l'explosion du coût de la vie pour les familles et le coût de plus en plus prohibitif des affaires (cost of doing business) pour les petites et moyennes entreprises (PME). Au centre de cette crise se trouve la Commission de la concurrence de Maurice (Competition Commission of Mauritius - CCM).

Bien qu'animée de bonnes intentions et calquée structurellement sur les modèles de réglementation britanniques, la CCM apparaît de plus en plus cruellement édentée face à ses pairs mondiaux. Pour comprendre ce qu'est une régulation de marché réelle et musclée, Maurice doit regarder de l'autre côté de l'océan Indien, vers l'Australian Competition and Consumer Commission (ACCC) et la Competition and Consumer Commission of Singapore (CCCS) de Singapour — les références absolues en matière de vigies économiques modernes.

Le modèle intégré : Fusionner concurrence et protection des consommateurs

L'ACCC est crainte et respectée parce qu'elle ne se contente pas de rédiger des rapports : elle remodèle activement les marchés. Surtout, son pouvoir découle d'un mandat unifié qui fusionne directement le droit de la concurrence et la protection des consommateurs. C’est une stratégie calquée précisément par Singapour. En 2018, la cité-État a délibérément refondu son autorité de la concurrence pour en faire la CCCS, en absorbant explicitement la protection des consommateurs dans son mandat principal.

Pourquoi Singapour a-t-elle fusionné ces deux disciplines ? Parce que cette métropole technologique a compris que, dans une économie moderne, la concentration anticoncurrentielle du marché et l'exploitation des consommateurs sont les deux faces d'une même pièce. Lorsqu'un marché est fortement cartélisé ou dominé par un monopole, les entreprises ne se contentent pas de fixer les prix à huis clos : elles déploient activement des tarifications trompeuses, des clauses contractuelles abusives et des systèmes de faux avis en ligne pour piéger les consommateurs. En intégrant les deux unités sous un même toit, le régulateur singapourien peut déployer une réponse globale. Si un acteur dominant utilise son poids sur le marché pour abuser des consommateurs, le régulateur n'a pas à perdre de temps à débattre s'il s'agit d'un «problème de concurrence » ou d'un « litige de consommation» : il peut lancer une seule et unique action répressive dévastatrice qui s'attaque aux deux volets.

L'ACCC opère selon cette philosophie exacte : un marché n'est libre que s'il est juste, et un régulateur n'est utile que s’il peut punir rapidement les mauvais comportements. Elle poursuit de manière agressive les cartels aériens internationaux et les réseaux de fixation des prix des compagnies maritimes qui tentent d'escroquer les commerçants, tout en poursuivant simultanément les détaillants qui trompent les consommateurs dans les artères commerciales.

La concurrence comme moteur d'innovation

C'est une profonde erreur de considérer un régulateur de la concurrence efficace uniquement comme un outil de protection des consommateurs. Démanteler les cartels ne sert pas seulement à réduire les arnaques à court terme et à faire baisser le coût de la vie quotidien ; il s'agit de garantir notre survie économique future. Une plus grande concurrence agit comme le stimulant ultime pour l'innovation nationale et la compétitivité à long terme du pays.

Lorsque les géants de l'entreprise sont autorisés à s'installer confortablement sur des monopoles protégés, ils ne subissent aucune pression du marché pour se moderniser, investir dans la recherche et le développement ou améliorer leurs capacités numériques. Pourquoi s'embêter à innover quand les marges bénéficiaires sont garanties par des barrières artificielles à l'entrée ? Cette culture de la complaisance affaiblit les conglomérats locaux et les rend profondément non compétitifs sur la scène internationale.

À l'inverse, des marchés intérieurs dynamiques et hautement concurrentiels obligent les entreprises à s'améliorer continuellement, à rationaliser leur logistique et à être à l'avant-garde des nouvelles technologies pour simplement survivre. En laissant la CCM s'étioler sans véritable pouvoir de sanction, nous subventionnons de fait l'inefficacité des entreprises et privons les entrepreneurs locaux d'un terrain équitable. Si Maurice veut cesser d'être une plateforme illusoire régionale pour devenir une puissance de l'économie mondiale moderne, elle a besoin d'un écosystème de marché où les entreprises gagnent en se montrant plus innovantes que leurs pairs, et non en négociant de meilleures rentes.

Le piège du financement : Marges bancaires élevées et frais étouffants

L'exemple le plus flagrant de l'intersection entre le coût élevé de la vie et le coût élevé des affaires se trouve probablement au sein de notre secteur bancaire de détail. Dans une économie saine et compétitive, les banques se disputent les clients en réduisant les frais et en offrant des taux attractifs. À Maurice, un cartel bancaire tissé serré maintient un écart de taux d'intérêt (spread) ahurissant — le gouffre entre ce que les banques versent aux déposants et ce qu'elles facturent aux emprunteurs.

Cette marge artificiellement large garantit des profits massifs et sans risque aux institutions financières historiques, tout en punissant le public. Les citoyens, qui voient leurs économies s'évaporer face à l'inflation, se voient proposer des taux de dépôt dérisoires, tandis que les PME qui cherchent à se développer sont étouffées par des coûts d'emprunt exorbitants. À cela s'ajoute une avalanche de frais de traitement opaques et non négociables, de frais de gestion de compte et de pénalités transactionnelles qui gonflent le coût quotidien de la gestion d'une entreprise. Sans un organisme de surveillance capable d'auditer ces structures oligopolistiques, la finance reste un goulot d'étranglement extractif plutôt qu'un catalyseur économique.

Pourquoi le gendarme mauricien semble édenté

Le contraste avec Maurice est saisissant. La CCM n'échoue pas par manque d'intelligence, mais en raison d'une castration systémique et législative. En maintenant la protection des consommateurs totalement distincte, sous la tutelle d'un département ministériel standard, plutôt que de l'intégrer dans un organisme de surveillance autonome et offensif comme l'ACCC ou la CCCS de Singapour, Maurice a fragmenté son action réglementaire.

De plus, le marché local est historiquement incestueux. Une poignée de groupes détiennent des monopoles verticaux et diversifiés dans l'importation alimentaire, la banque de détail, l'assurance et les soins de santé privés. Dans un écosystème aussi restreint, les incitations à la recherche de rentes dominent. Au lieu d'innover ou de s'affronter sur les prix, les acteurs dominants verrouillent leurs parts de marché par des accords de distribution exclusive, des mécanismes de tarification opaques et des relations de connivence que les petits entrepreneurs ne peuvent espérer bousculer.

Lorsque nous levons les yeux vers nos frontières, la paralysie réglementaire devient encore plus flagrante. En tant qu'État insulaire isolé, Maurice dépend entièrement de l'aviation internationale et du transport maritime. Pourtant, le secteur aérien opère depuis longtemps sous le flou de pratiques anticoncurrentielles, avec des liaisons régionales étroitement contrôlées, des capacités restreintes et un transporteur national fortement isolé des véritables forces du marché par le protectionnisme d'État.

De même, le secteur du transport maritime — l'artère même de notre distribution de nourriture et de marchandises — est fréquemment vulnérable aux alliances maritimes internationales qui fonctionnent comme des cartels légalisés. Tandis que ces transporteurs mondiaux dictent les taux de fret, les surcharges et les allocations de conteneurs, les entreprises locales n'ont d'autre choix que d'absorber des coûts qui s'envolent. Que fait la CCM ? Elle mène des «études de marché». Elle confirme que les monopoles existent, mais elle reste légalement impuissante à les briser car bon nombre de ces arrangements sont abrités derrière des traités internationaux, des exemptions étatiques ou des obstacles juridictionnels transfrontaliers. À Maurice, une amende pour comportement anticoncurrentiel est souvent perçue par les géants corporatifs comme un simple coût mineur des affaires, plutôt que comme une menace existentielle pour leur modèle économique.

Cinq piliers pour reconstruire la CCM

Si Maurice veut briser l'emprise de ses cartels enracinés, sécuriser ses chaînes d'approvisionnement et réduire radicalement le coût de la vie et des affaires pour ses citoyens, la CCM doit être modernisée de fond en comble en s'inspirant des modèles australien et singapourien :

1. Fusionner la concurrence et la protection agressive des consommateurs : En suivant le modèle de la CCCS de Singapour, Maurice doit intégrer légalement la protection des consommateurs au sein de la CCM. Ce gendarme unifié doit disposer du pouvoir autonome de poursuivre sous un même toit non seulement les cartels cachés, mais aussi les tromperies actives des consommateurs, les faux avis en ligne et les hausses de prix artificielles.

2. Supprimer les exemptions des secteurs stratégiques : Le gouvernement doit amender la Competition Act afin de lever les boucliers juridiques automatiques qui protègent les monopoles d'État et les accords de transport internationaux de tout contrôle antitrust. Si des compagnies aériennes ou maritimes s'entendent pour fixer les prix ou restreindre les créneaux vers Maurice, elles doivent faire face à toute la rigueur du régulateur.

3. Introduire des codes de conduite obligatoires pour les secteurs critiques : Maurice ne peut pas se fier à la bonne foi volatile de ses distributeurs alimentaires dominants ou de ses réseaux de santé privés. Le gouvernement doit accorder à la CCM le pouvoir légal d'imposer des codes de conduite obligatoires — assortis de sanctions financières massives et accélérées en cas de non-respect.

4. Instaurer un «Droit aux données de consommation» pour briser les marges bancaires : Pour briser le cartel bancaire, la CCM devrait imposer des protocoles d'open-banking. Forcer les banques et les compagnies d'assurance à autoriser une transférabilité numérique et fluide des données permettra instantanément aux consommateurs et aux PME d'abandonner les institutions historiques trop chères au profit de concurrents agiles et plus abordables, entraînant ainsi une baisse des écarts de taux d'intérêt (spreads) et des frais prédateurs.

5. Adopter des amendes vertigineuses basées sur le chiffre d'affaires : Le moyen de dissuasion ultime contre la recherche de rentes est la ruine financière. Les sanctions pour fixation des prix ou partage de marché doivent être proportionnelles au chiffre d'affaires mondial ou du groupe de l'entreprise, faisant du comportement de cartel un risque financier qu'aucun conseil d'administration ne peut se permettre de prendre.

Lire conjointement The Theory of Moral Sentiments et The Wealth of Nations révèle qu'Adam Smith n'a jamais défendu un capitalisme dérégulé. Si l'intérêt personnel stimule l'économie via la «main invisible», il ne profite à la société que s'il est contenu par une morale partagée. Par conséquent, une main visible — l'État — est strictement nécessaire pour faire respecter la justice, freiner les monopoles et financer les infrastructures publiques essentielles. En bref, les gouvernements doivent être pro-marché, et non pro-big business.

Maurice ne peut plus se permettre une économie où une poignée d'élus extraient des rentes du système national pendant que le public en paie le prix. Transformer la CCM d'un observateur passif en un régulateur intégré, de style ACCC, n'est plus une simple recommandation économique — c'est une nécessité démocratique.

*\Pistes et formulations suggérées par l'IA ; arguments et texte final de mon fait.

Publicité