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Interview de...
Srishti Dixit et Ashwanee Ramsurrun : «Pour renforcer sa résilience, Maurice doit réduire sa dette publique et mieux gérer son budget»
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Srishti Dixit et Ashwanee Ramsurrun : «Pour renforcer sa résilience, Maurice doit réduire sa dette publique et mieux gérer son budget»
Face à un contexte économique complexe et une digitalisation accélérée, Maurice doit adapter son secteur financier pour rester compétitif. Srishti Dixit et Ashwanee Ramsurrun livrent leur point de vue sur les défis actuels, les opportunités de diversification des services, ainsi que les stratégies pour accompagner les PME mauriciennes. Ils détaillent aussi les ambitions régionales et internationales de leur entreprise, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Inde.
Comment évaluez-vous l’état actuel du secteur financier à Maurice ?
Actuellement, le pays affiche une résilience modérée. Le Produit intérieur brut (PIB) réel a enregistré une croissance d’environ 4,7 % en 2024, mais celle-ci devrait légèrement ralentir en 2025. L’inflation reste maîtrisée, autour de 3,6 %, et le taux de chômage est stable, proche de 6 %. Toutefois, la dette publique demeure élevée – environ 88 % du PIB –, avec un déficit budgétaire persistant. Le déficit du compte courant s’est creusé, bien que les réserves de change restent solides et continuent d’augmenter régulièrement. Le pays conserve sa notation de qualité d’investissement, mais Moody’s a émis une perspective négative en raison des risques budgétaires, qui devraient toutefois s’atténuer progressivement grâce aux mesures annoncées dans le dernier Budget.
Quelles sont les principales menaces économiques qui pèsent sur ce secteur aujourd’hui ?
Le système financier mauricien est confronté à plusieurs menaces interconnectées. Premièrement, le niveau élevé de la dette publique par rapport au PIB limite la marge de manœuvre budgétaire et accroît la vulnérabilité face aux chocs externes. Deuxièmement, la base économique étroite, reposant essentiellement sur le tourisme et les services financiers offshore, rend le système sensible à la volatilité internationale. Troisièmement, la pression mondiale en faveur de la transparence fiscale remet en question la compétitivité de notre Centre financier international. Les risques réputationnels persistent également en raison de la surveillance continue exercée par l’Organisation de coopération et de développement économiques et le Groupe d’action financière.
Par ailleurs, les menaces liées à la cybersécurité s’intensifient avec la digitalisation croissante des services financiers. Un durcissement réglementaire mal géré pourrait décourager les investissements étrangers. Le changement climatique représente aussi un risque systémique pour la stabilité économique à long terme. Enfin, la lenteur des réformes structurelles pourrait, à terme, nuire à la confiance des investisseurs. De nouvelles juridictions financières émergent et concurrencent de plus en plus agressivement Maurice en tant que centre financier. De plus, la pénurie de compétences professionnelles s’aggrave, de nombreux talents qualifiés quittant le pays pour s’installer dans d’autres juridictions et pays plus attractifs.
Le taux d’endettement des ménages continue d’augmenter. Est-ce un signal d’alerte pour les institutions financières ?
C’est un signal d’alerte potentiel. Bien que les taux de défaut actuels restent gérables, l’augmentation de la dette des ménages peut fragiliser leur capacité de remboursement, notamment en cas de hausse des taux d’intérêt ou de détérioration des conditions économiques. Cela peut également refléter une dépendance excessive au crédit pour maintenir le niveau de vie. Les institutions financières doivent surveiller de près les ratios de service de la dette et renforcer leurs modèles d’évaluation des risques. Les autorités de régulation devraient encourager le prêt responsable et promouvoir l’éducation financière. Une approche proactive aujourd’hui permettrait d’éviter des problèmes systémiques à l’avenir. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’accès au crédit et la stabilité financière à long terme.
Le secteur bancaire est-il toujours dominant ou assiste-t-on à une diversification ?
Le secteur bancaire reste dominant à Maurice, notamment en termes de volume d’actifs et d’importance systémique. Toutefois, on assiste clairement à une diversification. Les institutions financières non bancaires, les fintechs, le secteur des assurances et les marchés de capitaux connaissent une croissance soutenue. L’essor des plateformes numériques et des modèles de financement alternatifs redéfinit le paysage financier. Les cadres réglementaires évoluent également afin de favoriser une inclusion financière plus large. Cette diversification renforce la résilience du système en réduisant la dépendance excessive au secteur bancaire traditionnel. Il s’agit d’une évolution positive vers un écosystème financier plus dynamique et équilibré.
Quelle est votre analyse de la relation entre croissance économique nationale et développement des services financiers ?
Il existe une relation forte et mutuellement bénéfique entre la croissance économique et le développement des services financiers. Une économie en expansion génère une demande accrue en matière de crédit, de produits d’investissement et de solutions de gestion des risques. En retour, un secteur financier bien développé permet une allocation efficace du capital, soutient l’entrepreneuriat et attire les investissements étrangers.
À Maurice, l’essor du secteur financier a joué un rôle central dans le positionnement du pays en tant que centre financier régional. Toutefois, pour garantir une croissance durable, le développement du secteur financier doit être inclusif et encadré par une réglementation adéquate. Les deux dimensions doivent progresser ensemble afin d’assurer la résilience économique à long terme.
Quelles sont les initiatives que vous envisagez pour soutenir indirectement les petites et moyennes entreprises (PME), malgré l’absence d’opérations locales ?
Bien que notre entreprise n’opère pas actuellement sur le marché local ni ne serve directement les PME mauriciennes, nous reconnaissons pleinement leur rôle essentiel dans l’économie. Cela dit, nous voyons des opportunités de collaboration avec des institutions locales pour soutenir le financement des PME à travers des services de conseil, des outils numériques ou des initiatives de renforcement des capacités. L’inclusion financière peut également être renforcée grâce à des partenariats avec des fintechs, des méthodes alternatives d’évaluation du crédit et des modèles de financement adaptés. Nous sommes convaincus que le transfert de connaissances et les solutions évolutives peuvent accroître la résilience des PME. Le soutien à ce segment s’inscrit dans les objectifs plus larges de développement du secteur financier à Maurice.
Observez-vous une demande pour des services de planification financière ou de gestion de patrimoine ?
Oui, tout à fait. On observe une augmentation de la demande, en particulier parmi la classe moyenne émergente et les personnes disposant d’un patrimoine élevé. Les clients recherchent des approches plus structurées en matière de retraite, de succession et de planification fiscale. L’intérêt pour les plateformes d’investissement numériques et les services de conseil automatisés (robo-advisors) est également en hausse. Le positionnement de Maurice en tant que Centre financier international contribue à cette dynamique. Le marché évolue ainsi d’une simple épargne vers des solutions plus sophistiquées de gestion d’actifs et de patrimoine. Cette tendance reflète une prise de conscience financière croissante et une volonté de sécuriser leur avenir financier à long terme.
Quelles sont les tendances actuelles en matière de crédit et de financement à Maurice ?
Actuellement, on observe une forte croissance du crédit tant au niveau des ménages que des entreprises, avec une hausse significative des prêts accordés au secteur privé, malgré les récentes augmentations des taux d’intérêt. L’endettement des ménages continue de progresser, soutenu par la demande des consommateurs, tandis que les entreprises contractent davantage de dettes pour financer leur fonds de roulement et leurs investissements stratégiques. Le taux de prêts non performants reste faible, ce qui témoigne d’un environnement de crédit sain.
Au-delà des prêts bancaires traditionnels, le financement par des fonds spécialisés ainsi que des options de prêt alternatives, comme les plateformes de prêt entre particuliers (peer-to-peer), commencent à émerger. On note également un intérêt croissant pour les prêts liés à la durabilité, en lien avec la montée des préoccupations ESG (environnementales, sociales et de gouvernance) dans le financement des entreprises. Globalement, le marché du crédit évolue vers des solutions de financement plus diversifiées et innovantes.
Comment ONS FinServ adapte-t-elle ses services financiers pour répondre aux besoins spécifiques de marchés aussi variés que l’Inde, le Moyen-Orient et l’Afrique ?
ONS FinServ développe stratégiquement sa présence sur des marchés internationaux clés. Notre priorité est l’Inde, en tirant parti de l’infrastructure financière avantageuse de Maurice pour faciliter les investissements transfrontaliers et proposer des solutions de financement adaptées. Nous nous engageons également activement au Moyen-Orient, en particulier aux Émirats arabes unis, afin de répondre à la demande croissante de services financiers et d’opportunités d’investissement dans la région.
Par ailleurs, nous explorons des opportunités en Afrique, avec l’ambition de jouer un rôle de passerelle entre le Moyen-Orient et le continent africain, en offrant des solutions financières complètes favorisant la croissance et le développement économiques. Notre stratégie d’expansion internationale s’inscrit dans notre vision de devenir un acteur de référence dans la fourniture de services financiers intégrés sur ces marchés dynamiques.
Les réglementations de la Financial Services Commission (FSC) sont-elles suffisamment souples pour permettre l’innovation financière ?
La FSC a accompli des progrès pour concilier réglementation et innovation. Son cadre réglementaire vise à garantir la stabilité du système financier et la protection des investisseurs, tout en s’adaptant progressivement aux nouvelles technologies financières. Des initiatives récentes, comme les environnements de type «sandbox», permettent aux entreprises fintech de tester leurs produits dans un cadre contrôlé, ce qui constitue une avancée positive.
Cependant, certains acteurs du secteur estiment que certaines procédures d’octroi de licences et exigences de conformité restent relativement rigides, ce qui pourrait freiner l’innovation rapide. Cela dit, la FSC est activement engagée dans un dialogue avec les professionnels du secteur pour faire évoluer la réglementation, notamment dans des domaines tels que les actifs numériques et la blockchain.
Dans l’ensemble, bien que perfectible, l’approche de la FSC évolue dans le bon sens, avec pour objectif de favoriser l’innovation sans compromettre l’intégrité du système financier. Un dialogue constant et une certaine souplesse seront essentiels pour maintenir la compétitivité de Maurice en tant que centre financier.
Le cadre réglementaire mauricien est-il compétitif par rapport à d’autres juridictions offshore ?
Maurice offre un cadre réglementaire solide et transparent, en conformité avec les normes internationales, ce qui constitue un atout compétitif majeur. La FSC applique des exigences strictes en matière de conformité, renforçant la confiance des investisseurs. Comparé à d’autres centres offshore, Maurice allie stabilité réglementaire, conventions fiscales avantageuses et environnement d’affaires efficace.
Cependant, certains concurrents proposent des procédures d’octroi de licences plus rapides ou des coûts moindres, ce à quoi Maurice répond par des réformes continues. Sa position géographique stratégique et un système juridique fiable renforcent également son attractivité. Globalement, Maurice demeure une juridiction offshore privilégiée, réussissant à équilibrer efficacement réglementation et facilitation des affaires.
Quel impact les exigences de conformité internationale ont-elles sur vos opérations ?
Les exigences internationales de conformité telles que la Lutte contre le blanchiment d’argent, la Foreign Account Tax Compliance Act et le Common Reporting Standard (CRS) ont considérablement accru la complexité et le coût de nos opérations. Nous devons maintenir des processus rigoureux de diligence raisonnable et de reporting pour respecter ces normes, ce qui nécessite des investissements importants en technologies et en formation du personnel.
Bien que ces réglementations améliorent la transparence et réduisent les risques de criminalité financière, elles posent également des défis opérationnels, notamment en matière de gestion des données et d’intégration des clients. Toutefois, se conformer pleinement à ces exigences est essentiel pour préserver notre réputation et notre accès aux marchés internationaux.
Dans l’ensemble, ces obligations nous poussent à améliorer en continu nos dispositifs de conformité et nos contrôles internes, ce qui renforce finalement l’intégrité de notre activité.
Quels sont les défis rencontrés dans la digitalisation des services financiers ?
La digitalisation du secteur financier à Maurice fait face à plusieurs défis majeurs. Tout d’abord, les infrastructures existantes, parfois anciennes, ralentissent l’intégration des nouvelles technologies. Il existe également un déficit de compétences, avec un manque de professionnels formés dans le domaine des fintechs au niveau local. Les risques liés à la cybersécurité augmentent parallèlement à l’adoption du numérique, nécessitant une vigilance constante.
Les cadres réglementaires évoluent, mais peinent parfois à suivre le rythme rapide de l’innovation technologique, ce qui crée une certaine incertitude. Par ailleurs, la confiance des clients et le niveau d’alphabétisation numérique doivent être améliorés pour encourager l’adoption des services digitaux. La connectivité dans les zones rurales reste limitée, ce qui freine l’accès inclusif aux services financiers. Malgré ces obstacles, les investissements continus et les initiatives gouvernementales contribuent progressivement à relever ces défis pour favoriser un écosystème financier plus numérique.
L’intelligence artificielle et les big datas influencent-ils déjà les décisions de crédit et d’investissement dans votre entreprise ?
Oui, l’intelligence artificielle (IA) et les big datas sont désormais au cœur de nos processus de décision en matière de crédit et d’investissement. Ils permettent une évaluation des risques plus précise en analysant de grands ensembles de données diversifiées, au-delà des seuls indicateurs financiers traditionnels. Cela conduit à des décisions plus rapides, basées sur les données, et à une meilleure anticipation du comportement des emprunteurs.
Les outils d’IA aident également à détecter les fraudes et à identifier les tendances émergentes du marché. Si le jugement humain reste indispensable, ces technologies améliorent l’efficacité et réduisent les biais. Notre entreprise investit continuellement dans ces capacités d’IA pour rester compétitive et optimiser la performance de nos portefeuilles. Globalement, l’IA et les big datas transforment notre manière d’évaluer les risques et les opportunités.
Quelle place occupe la cybersécurité dans votre stratégie opérationnelle ?
La cybersécurité est une priorité majeure dans notre stratégie opérationnelle. Avec l’expansion des services digitaux, protéger les données sensibles et garantir l’intégrité des systèmes est essentiel pour préserver la confiance des clients et assurer la conformité réglementaire. Nous investissons massivement dans des technologies de sécurité avancées, une surveillance continue et la formation du personnel pour réduire les risques.
Les menaces cybernétiques évoluant rapidement, nous adoptons une approche proactive et multicouche en matière de défense. Des plans de réponse aux incidents et des audits réguliers font partie intégrante de notre dispositif. En définitive, une cybersécurité robuste soutient la continuité des activités et protège notre réputation dans un marché concurrentiel.
Quelles réformes économiques ou financières seraient nécessaires pour renforcer la résilience du secteur ?
Pour renforcer sa résilience, Maurice doit réduire sa dette publique et mieux gérer son budget. Il est également essentiel de renforcer les cadres réglementaires pour suivre le rythme des innovations fintech et des risques émergents.
Améliorer l’inclusion financière, notamment pour les PME, permettra de diversifier la participation économique. Les investissements dans les infrastructures numériques et la cybersécurité doivent se poursuivre pour soutenir l’évolution des services financiers. Par ailleurs, encourager les partenariats public-privé peut stimuler une croissance durable. Enfin, les efforts continus visant à améliorer la transparence et la gouvernance renforceront la confiance des investisseurs et la stabilité à long terme.
Comment voyez-vous l’évolution du secteur financier mauricien d’ici cinq ans ?
Au cours des cinq prochaines années, Maurice devrait renforcer sa position en tant que centre financier international grâce à des réformes stratégiques et à l’innovation. La stratégie quinquennale du gouvernement vise à améliorer le climat des affaires, accélérer l’innovation en matière de produits, développer la finance durable, promouvoir les partenariats mondiaux et renforcer les compétences d’une main-d’œuvre qualifiée et diversifiée.
Parmi les initiatives clés figurent l’introduction d’une monnaie numérique, la Digital Rupee, ainsi que la mise en place d’un cadre réglementaire pour la titrisation, destiné à favoriser l’inclusion financière et le développement du marché des capitaux. La FSC soutient également plusieurs projets d’innovation dans la fintech. Ces efforts devraient attirer davantage d’entreprises du secteur technologique, rendant les services financiers plus compétitifs et innovants. Malgré certains défis, tels que la consolidation budgétaire et la compétitivité extérieure, les perspectives pour le secteur restent positives, avec une croissance prévue d’environ 3,4 % à moyen terme.
Maurice possède une position stratégique en Afrique. Cela suffit-il à en faire un hub financier régional attractif pour les entreprises ?
La situation géographique stratégique de Maurice, au carrefour de l’Afrique, de l’Asie et du Moyen-Orient, constitue sans aucun doute un atout majeur. Le pays agit comme une passerelle naturelle vers les marchés africains et facilite les investissements transfrontaliers grâce à un vaste réseau de conventions de non-double imposition. Maurice bénéficie également d’un environnement politique stable, d’un cadre juridique inspiré du droit anglais, ainsi que d’un secteur financier bien établi – des éléments essentiels pour renforcer la confiance des investisseurs.
Cependant, la localisation à elle seule ne suffit pas à garantir le succès en tant que hub financier régional. Maurice doit continuer à renforcer son cadre réglementaire afin de rester souple et propice à l’innovation, notamment dans un contexte de transformation rapide de la fintech et de la finance numérique. L’investissement dans les technologies et les infrastructures demeure crucial pour répondre à la demande croissante et améliorer la qualité des services.
Le développement de produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des entreprises africaines renforcera également la proposition de valeur du pays. Les partenariats avec d’autres centres financiers du continent permettront d’élargir son rayonnement et son influence.
La formation et la rétention des talents représentent un autre pilier fondamental, afin de disposer d’une main d’œuvre compétente en technologies financières émergentes et conforme aux normes internationales. Enfin, des efforts doivent être faits pour améliorer la connectivité et l’alphabétisation numérique à l’échelle régionale.
En somme, la position stratégique de Maurice constitue une base solide, mais des efforts soutenus en matière d’innovation réglementaire, d’investissement dans les infrastructures et de coopération régionale seront nécessaires pour asseoir sa place en tant que hub financier régional de premier plan.
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